Lansana Béa Diallo député au parlement belge: « …aux jeunes, je dirai tout simplement de ne pas désespérer. La Guinée c’est difficile, mais c’est possible. »

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En séjour de travail à Conakry, le député belgo-guinéen Lansana Béa Diallo a accordé un entretien à laplumeplus.com, dans lequel il explique ses projets pour les jeunes de son pays.

Laplumeplus.com : Lansana Béa Diallo, dans quel cadre êtes-vous en Guinée ?

Béa Diallo : je suis venu pour plusieurs choses surtout dans le cadre d’un projet que je veux mettre en place spécifiquement ici notamment pour lutter contre l’immigration clandestine. Et ce projet est important surtout avec l’actualité aujourd’hui, ça tombe vraiment bien. Mais au delà de ça, c’est un projet qui est transversal et qui vise à mettre un réseau de tous les guinéens de l’extérieur qui ont des projets, qui sont dans une dynamique d’association pour pouvoir développer une structure qui permet de garder les jeunes en Guinée. L’objectif, c’est favoriser l’emploi et l’employabilité.

Sur le terrain, c’est sera des financements de projets ?

Il y a non seulement des financements de projets, mais aussi des approches d’accompagnement, de formation etc. Les projets vont porter sur le développement économique local, apprendre aux gens à entreprendre. C’est un projet qui s’intéressera aussi au ramassage et au recyclage des déchets. Je crois qu’il y a énormément des choses à faire ici en Guinée, mais il faut que cela profite réellement aux guinéens plus particulièrement.

On peut dire que ce projet vient à point nommé. De plus en plus de jeunes guinéens sont tentés par l’immigration clandestine et on voit ce qui se passe en Libye. Quelle lecture faite-vous de cette situation ?

Cela me fait mal, mais ça fait des années que cela se passe, les gens le savent. Il a fallu que CNN montre les images pour que les chefs d’Etats commencent à réagir. C’est pour cette raison aussi que je me dis, l’importance c’est de permettre à ces jeunes d’avoir une perspective d’avenir dans les pays d’origines. Quand ils ne font pas des études qui leur permettent d’avoir un revenu, c’est difficile.

Vous êtes en Belgique, mais est-ce que vous avez investi en Guinée ?

Structurellement, non ! Je n’entreprends pas, je n’ai pas entrepris en Guinée depuis très longtemps. J’ai eu beaucoup de déception. L’approche que j’ai aujourd’hui est plus collective. Il s’agit d’apprendre aux gens à entreprendre et aller chercher les moyens financiers pour les aider à développer leur entreprise, leur économie, pour leur permettre de faire leur business-plan. Cela leur permettra de profiter de la richesse du pays.

Vous aviez investi dans les domaines des transports, de l’éducation…vous dites finalement que vous êtes déçu, est-ce à dire qu’on vous a trompé ?

Non, je ne parlais pas de tromperie, peut être que j’ai été naïf à l’époque, mais maintenant j’ai beaucoup plus d’expérience. Cette expérience va me permettre justement de mettre en place tout une dynamique qui va changer peut être l’approche que nous avons au niveau de notre pays la Guinée.

Quelle analyse faites-vous de la gestion actuelle de la Guinée ?

La gestion est assez large comme question. Je pense qu’il y a une dynamique positive qui est mise en place notamment avec la chance que nous avons que notre président soit le président de l’union africaine. Il a profité pour mettre la lumière sur le pays, pour attirer des investisseurs, mais il faut que toute cette image profite aux guinéens et qu’il y ait un effet. Cet effet, je ne le vois pas aujourd’hui. Je vois une ville sale, je vois des jeunes qui ont envie de mourir pour aller en Europe, aux Etats-Unis. C’est ce qu’il faut casser en mettant en place une possibilité d’avoir un véritable emploi.

On sait également que vous êtes député en Belgique, au delà, qu’est-ce que vous faites d’autres ?       

C’est un travail à temps plein hein ! Je suis député dans deux parlements en Belgique et c’est mon troisième mandat. Je vais faire 15 ans en 2019. Je suis élu local aussi. Je suis le premier adjoint au maire dans une très grande commune belge dont le budget est la moitié de celui de la Guinée pour vous dire que le défi est colossal. J’ai des compétences dans l’emploi, le sport, la réinsertion socioprofessionnelle, j’ai la gestion du personnel de ma commune. J’ai un travail qui me prend énormément de temps. D’ailleurs quand je suis entré en politique, j’ai dû vendre toutes les entreprises que j’avais parce que c’était très compliqué de gérer les deux.

Il y a une forte communauté guinéenne en Belgique. Est-ce que vous êtes lié à cette communauté ?

Bien sûr, c’est inévitable et souvent d’ailleurs beaucoup de personnes quand on leur dit vous êtes Diallo, ils disent ce son mon frère, mon cousin. C’est ma famille, ils sont très fiers de le dire. J’ai un très fort lien avec eux et on essaie de travailler ensemble sur des projets d’éducation notamment par rapport à nos enfants puisqu’il y a beaucoup d’enfants guinéens qui sont nés en Belgique. Il est donc important de mettre des outils en place  pour les accompagner. Il y a aussi beaucoup de guinéens qui n’ont pas de papiers et qui n’arrivent pas à s’en sortir et qui se demandent s’ils ne reviendront pas volontairement en Guinée.

Est-ce que Béa Diallo est tenté de faire la politique en Guinée ?

C’est compliqué. Evidemment on a toujours envie de dire j’ai acquis une expérience, 15 ans en tant que parlementaire en Europe, j’ai un bagage, 12 ans comme élu local dans une grande commune qui gère des budgets importants qui sont la moitié du budget de la Guinée. Je voudrai bien venir contribuer peut être au développement économique de mon pays à travers la politique, mais aujourd’hui, il n’en est pas question. Je pense que les conditions qui sont misent en place ne me permettraient pas d’être optimal et de pouvoir travailler de manière autonome et structurelle pour mener des vrais projets.

Donc on ne peut pas s’attendre à ce que vous créiez dans l’immédiat un parti politique ?

Ehh, astaghfiroullah ! (rire). Vous avez trop de partis politiques dans ce pays et d’ailleurs c’est serait très compliqué de créer un parti politique.

Alors, vous pouvez intégrer un des partis

Intégrer un parti qui existe déjà, non ! Ce que je veux maintenant, c’est créer une dynamique collective. Les guinéens doivent comprendre que ce n’est pas un homme qu’il leur faut, mais c’est des hommes et femmes compétents pour que le pays puisse avancer. S’il y a une dynamique collective qui a envie qu’une personne porte un projet collectif qui est le leur et que je suis cette personne là, pourquoi pas si j’arrête ma carrière de politique en Belgique. Mais aujourd’hui, je suis bien dans ce que je fais, dans le travail que je mène.

Côté famille, Béa Diallo est marié ? A-t-il des enfants ?

Je suis marié, j’ai quatre enfants effectivement. J’ai deux grandes filles, j’ai un fils maintenant qui a dix-neuf ans qui s’appelle Ibrahima et une petite fille qui a quinze ans et demi et qui aura seize ans en avril. Donc, j’ai de grands enfants. Je suis un papa très heureux puisque je suis très fier de mes enfants. Et surtout mes enfants s’identifient beaucoup à leur pays d’origine. Comme mon père m’a toujours dit, n’oublie pas d’où tu viens ! Mes enfants se sentent 100% guinéens dans leur culture, dans leur religion et dans leur manière de parler. Mon fils et ma fille m’en gueulent tout le temps parce qu’ils veulent absolument apprendre le pular, le soussou. Ils veulent que je leur trouve un professeur de peul parce que quand ils viennent ici c’est difficile. Donc je vais m’y atteler pour qu’ils maitrisent la langue.

Quel message particulier aux jeunes de Guinée ?       

Je leur dirai tout simplement de ne pas désespérer. La Guinée c’est difficile, mais c’est possible. Je pense, en Europe, on dit que l’avenir c’est l’Afrique et que la Guinée en particulier est l’avenir de ce continent, mais cet avenir ne doit pas profiter aux occidentaux, il doit profiter aux africains et aux guinéens en particulier. Je dis à la jeunesse d’y croire. Moi en tout cas j’ai décidé de venir à côté d’eux beaucoup plus souvent pour me battre avec eux et peut être demain j’arrêterai définitivement d’être en Europe pour venir les accompagner dans ce combat.

Laplumeplus.com : merci à vous

Merci à vous mes frères.

Interview réalisée par Mouctar Bourwal Bah et Mamadou Samba Sow              

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