Elhadj Sékou Moussa Kéïta, directeur général du centre d’étude et de recherche en environnement : « L’université Senghor d’Alexandrie veut ouvrir un campus en Guinée… »

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Celui qui dirige depuis 2013 le CERE, centre d’étude et de recherche en environnement de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry a fait ses premiers pas à l’école dans la préfecture de Faranah. La première et la deuxième partie du bac, il les fera à Kankan. Par la suite, Elhadj Sékou Moussa Keita intègre l’IPK, l’institut polytechnique Julius Nyéréré devenu université Julius Nyéréré. Homologué depuis la 4eme année, il poursuivra son chemin à la station autonome de Sérédou. Cette station sera remplacée plus tard par le centre de recherche sur les plantes médicinales et cultures industrielles de Sérédou. En 1988, Elhadj Keita arrive à Conakry à la direction nationale de la recherche. Il est affecté à Gamal pour enseigner et au bout d’une année, professeur Keita est admis à la bourse d’excellence de l’ACDI à Ottawa. Au Canada, il obtient un master en sciences biologiques. Son retour en Guinée coïncide à la création du CERE, service qu’il fini par intégrer.

Professeur Sékou Moussa Keita, retourne au Canada pour un stage de quatre mois. Notre invité décroche un Phd à l’université de Montréal.

Laplumeplus.com : comment se présente votre centre de formation ?

Elhadj Sékou Moussa Kéïta : le CERE a été créé par la volonté conjointe du gouvernement guinéen et celui du Canada pour essayer de voir dans quelle mesure il faut renforcer la capacité des guinéens en terme de suivi et de protection de l’environnement. C’est un projet qui était financé par l’agence canadienne de développement international ACDI. Quand il a été créé, il y a eu la formation des cadres. Après les stages, il y a eu des formations en master et doctorat. Le CERE est créé en 1993 et le premier cours de DEA a commencé en 1997, c’était donc la première promotion. Après quatre promotions en DEA, on a converti le DEA en master dans l’esprit du LMD. Le CERE comporte trois départements : un département d’évaluation environnementale, un département de biodiversité et aménagement du territoire et un département de milieux récepteurs. Il faut comprendre par là au niveau du laboratoire la section de microbiologie, la section de chimie organique et celle inorganique. Donc le CERE, sa vocation première c’est la formation. Nous formons au master, nous faisons aussi de la recherche tant avec les mémoires de  nos étudiants qu’avec des projets qu’on a réussi à monter et qui sont financés. Et aussi on fait certaines prestations de service surtout au niveau du laboratoire de chimie et de la géomatique quand il y a des possibilités de le faire aussi bien pour la biodiversité que dans le cadre de l’inventaire de la faune et de la flore.

Ce master, sa seizième promotion est en classe. L’appel à candidature est lancé pour la dix-septième et cette année on a créé le programme de doctorat qui comporte dix étudiants qui sont en classe.

Ce sont des formations payantes ?

Oui ce sont des formations payantes. Le master a coûté depuis sa création jusque l’année dernière environ six millions de francs guinéens pour les deux ans. Compte tenu des difficultés dans la gestion du matériel que nous avons ici, nous avons élevés les frais à dix millions pour les deux ans. Cela n’a pas tellement dérangé parce que les gens savent ce que ça coûte. Le doctorat c’est dix millions par an, là aussi c’est pour quatre ans.

Pour avoir les candidats, nous faisons un appel à candidature qui est diffusé. Les gens prennent les documents, ils remplissent, ils déposent et on fait le tri. Pour les candidats qui ont leurs documents au complet, ils sont conviés à un teste écrit qui est corrigé. Les admis sont soumis à un teste oral et parmi ces admis, nous prenons un effectif qui est convenable parce que les places sont limitées.

Et les formateurs, sont-ils issus de vos ressources internes ou viennent t-ils d’ailleurs ?

La grande partie est issue du CERE. Mais vous savez avec le Canada, à chaque professeur canadien on a homologué un professeur guinéen. Ils ont travaillé ensemble de telle sorte que le retrait du Canada n’a pas autant coûté en manque de ressources en enseignement. En même temps, nous avons eu la présence d’esprit d’avoir les guinéens en association c’est-à-dire le premier professeur en droit de l’environnement c’était feu Mamadou Saliou Diallo qui était le conseiller du ministère de l’environnement qui est décédé. Paix à son âme ! Il a été le titulaire de ce cours.

Il y a par exemple le directeur général du CERESCOR, de même que d’autres cadres du CERESCOR et d’autres services qui sont nos professeurs. Nous avons fait une note de service pour faire d’eux des professeurs certifiés. A Boussourah il y en a, au CERESCOR, à SENASOL, au ministère de l’environnement…

Vous avez un centre de recherche, mais on dit souvent qu’il n’y a pas de recherches en Guinée. Est-ce que vous faites des recherches ? Si oui, sont-ils connus du public ?

Les recherches sont connues pour ceux qui lisent. Parce que quand on fait, on publie (rire). Vous avez des bulletins du CERE ici dans lesquels nous avons nos résultats tant avec les étudiants que pour d’autres collègues d’autres services pourvu que cela soit lié à l’environnement. Le bulletin en question est publié. Il y a deux ans, nous envoyions gratuitement des exemplaires à la présidence, à la primature, au ministère de l’environnement, l’enseignement supérieur et à la plupart des services centraux qui sont intéressés par l’enseignement et la recherche. Certains répondent qu’ils ont reçu, d’autres ne répondent pas. Alors je ne suis pas certains que plusieurs lisent, mais quand on dit qu’on ne fait pas de recherches, peut-être que ceux qui le disent ont raison, mais nous, nous en faisons. Donc en dehors des résultats des étudiants que nous encadrons, nous faisons des petits financements de projets. C’est vraiment médiocre à travers notre subvention, nous demandons des soumissions de projets, ceux qui sont meilleurs, nous finançons. S’il y a un résultat là-dedans, on publie. Nous avons un programme ambitieux  qu’on a appelé programme fédérateur en ce qui concerne la biodiversité de la ville de Conakry. Mais le financement a manqué. Nous sommes entrain de reprendre ces travaux avec une opportunité qui est à l’horizon. Nous avons aussi travaillé avec l’université des Nations sur des travaux à Bantignel (Pita) et à Moussaya. Les collègues ont eu de très bons résultats qui sont publiés.

Nous avons fait l’inventaire de la forêt classée de l’ENATEF de Mamou, les résultats sont publiés. Nous avons fait d’autres inventaires. Et aussi, nous avons fait de la cartographie pour certains services.

C’est la raison pour laquelle le PGRN en fermant a eu confiance en nous en nous confiant toutes ses données. La consultation de ces données est gratuite il suffi tout simplement de faire une demande. Nous avons une bibliothèque de proximité et les lecteurs c’est presque nos étudiants malgré le fait que nous avons expliqués aux gens que cette bibliothèque est riche. On vient même de commencer une bibliothèque numérique. Quand j’ai amené des documents de la COP, nous avons informés mais rare sont ceux qui viennent se ressourcer. Souvent, nous soumettons des projets au ministère, mais nous n’avons pas de financements. C’est ce qui fait le problème dans ce pays.

Est-ce qu’étudier au CERE a des avantages ?

Nous faisons un peu le suivi des anciens, les institutions nous disent qu’ils sont revenus comme de nouvelles personnes. Tous ceux qui ont aussi eu des bourses pour d’autres doctorats, ils nous écrivent en nous remerciant de leur avoir donné une formation solide. Ils disent que les gens n’avaient pas cru qu’ils avaient une telle capacité, tant pour ceux qui sont  partis au Japon, en Chine et en France, à Montréal. Ils nous disent qu’ils sont toujours fiers du CERE.

Vous êtes au sein de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Peut-on dire que vous êtes un centre autonome ?

Oui, le dernier décret du chef de l’Etat a fait de nous un centre de recherche universitaire sous la tutelle de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Mais nous avons notre autonomie financière. On ne nous dérange en rien dans la gestion financière. Mais tous les actes administratifs et juridiques que nous faisons sont signés par l’administration centrale de l’université. Le diplôme que nous donnons aux étudiants, c’est sous la co-signature du directeur du CERE et de monsieur le recteur. L’électricité et l’eau que nous consommons sont données par l’université. Nous sommes à l’aise dans cette tutelle.

Il semble aussi que vous venez d’avoir un nouveau partenaire étranger.

Nous avons eu la visite du recteur de l’université Senhgor d’Alexandrie qui voulait ouvrir un campus Senghor en Guinée ce qui a été accepté. Monsieur le recteur a porté sa confiance en ma personne pour être le coordinateur de ce campus. L’appel à candidature est lancé et nous avons un effectif raisonnable. J’avais des soucis à un moment donné parce qu’il y avait très peu de candidats mais je crois qu’il est possible que ce campus ouvre d’ici la fin de l’année. Je suis entrain d’appeler les gens. Si cela se passe bien, c’est encore une autre chance pour les guinéens d’être formés en Guinée avec de très bons programmes parce qu’il y aura des enseignants guinéens, de la sous-région et d’ailleurs qui viendront donner les cours. La plupart des cours c’est dans l’après midi pour que ceux qui sont dans l’administration n’aient pas de difficultés.

Quels types de programmes vous allez offrir ?

Il y a la gestion des projets, nous avons un aspect international de développement de projets…je n’ai pas tout le programme en tête. L’année prochaine, nous allons choisir des thématiques qui sont beaucoup plus pertinentes pour la Guinée telles que la santé communautaire, l’environnement physique, l’environnement humain, les changements climatiques.

C’est l’université Gamal qui va abriter le campus universitaire. Le moment venu, un lancement officiel sera fait.

Comment faire pour être étudiant du campus Senghor de Guinée ?

Dans l’appel à candidature, il y a un site campus Senghor Guinée. Il est expliqué comment remplir en ligne. Pour ce premier projet, il y a environ 21 candidats. 20 sont potentiellement admis. Nous sommes entrain de voir dans quelle mesure on peut être sûr du payement des frais. Dans l’autre master deux, il y a environ six candidats, je ne suis pas sûr qu’il ouvre parce qu’ils nous ont dit qu’il faut un minimum de 17 étudiants et un maximum de 25 étudiants. Mais les choses évoluent au fur et à mesure.

Elhadj Keita, merci

C’est moi qui vous remercie !

Entretien réalisé par Mamadou Samba Sow. Téléphone : 622.02.05.65/664.68.73.94

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