L’incivisme en milieu scolaire : un fléau à combattre

0
475

Globalement, l’incivisme a pris corps dans tous les domaines de la vie de notre  pays (administratif, politique, social, scolaire,…). Pour ma part, je me focaliserai uniquement sur ‘’l’incivisme en milieu scolaire et universitaire : manifestations, causes, conséquences et solutions.’’

Rappelons que le civisme, selon la définition fournie dans le Livret du citoyen 2017 : « est l’attachement à la collectivité dans laquelle on vit, le dévouement au bien commun : agir pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers. C’est une valeur citoyenne qui se manifeste à travers le respect de l’individu pour le bien public, les lois du pays et les institutions de la république. » Le concept ‘’incivisme’’ est donc, pour couper court, le contraire du civisme.

Parlant des manifestations de l’incivisme en milieu scolaire, il faut noter entre autres :

  • Le manque de ponctualité et d’assiduité des élèves, enseignants et encadreurs ;
  • L’usage intempestif des téléphones pendant les heures de cours pour des appels, des SMS, la connexion, des photos,…
  • L’absence ou le non respect des symboles de la république (drapeau, hymne national,…) ;
  • L’indiscipline des élèves vis-à-vis des enseignants ;
  • Les violences physiques et morales ;
  • La transformation des murs en urinoirs ;
  • Le jet des papiers usés et sachets plastiques par terre ;
  • Le vandalisme des biens (bus, bureaux,…) ;
  • La corruption généralisée ;
  • Le harcèlement sexuel et moral ;
  • Les écritures fantaisistes sur les murs et tables-bancs
  • Le viol ; etc.

En ce qui concerne les causes de l’incivisme en milieu scolaire et universitaire, nous pouvons noter :

  • La démission parentale : l’école n’est qu’ « une société en miniature » et, la cellule de base de toute société c’est la famille. Ce qui revient à dire que l’éducation de base ou éducation primaire doit être véhiculée au sein de la famille. Les enfants les plus polis à l’école sont, avant tout, des enfants qui ont bénéficié d’une très bonne éducation au sein de leurs différentes familles.
  • L’ignorance du règlement intérieur : A mon sens, il n’existe pas d’établissements scolaires ou universitaires sans ‘’règlement intérieur’’. Ce dernier détermine les droits et devoirs des uns et des autres (enseignants, élèves, encadreurs,…) ainsi que les différents interdits. Mais, en dépit de l’existence du règlement intérieur, les actes inciviques ne cessent de proliférer. Ceci est du, en grande partie, à la non vulgarisation de ces textes régissant le fonctionnement normal des établissements scolaires et universitaires ou, tout au moins, au manque de suivi de leur stricte application.
  • La déliquescence du système éducatif : l’école guinéenne n’est plus un miroir pour le reste de la société. Elle a complètement perdu son rôle primordial d’instance d’éducation ; c’est-à-dire, de moulage des citoyens modèles. Pourtant, comme je l’ai souligné dans des précédentes analyses, l’école n’est pas seulement un lieu de transmission de savoirs scientifiques ou techniques ; elle est aussi et surtout, un four d’où l’on fabrique des bons citoyens, des individus modèles, capables de transformer positivement la société pour le bonheur de tous.
  • La démission de l’Etat : Aujourd’hui plus qu’hier, nous vivons dans un laisser-aller total concernant surtout le secteur de l’éducation. Le libéralisme incontrôlé qualifié parfois de « libéralisme sauvage » a occasionné la prolifération des écoles et universités privées qualifiables à de simples centres commerciaux où tout est permis. Cette démission de l’Etat se matérialise dans plusieurs endroits par le non respect même de ses symboles tels le drapeau et l’hymne national.
  • L’incompétence et/ou l’irresponsabilité de certains encadreurs : Le choix des encadreurs à tous les niveaux du secteur de l’éducation, dans le privé comme dans le public, est très fondamental. L’ordre et la discipline ne peuvent être rétablis dans un établissement scolaire ou universitaire que par des cadres compétents et responsables, capables de réfléchir à des stratégies adéquates tout en donnant le bon exemple. Ce qui n’est pas le cas dans la plus part des écoles et universités où, les responsables sont les premiers à transcender les règles qui régissent leur fonctionnement normal.
  • La consommation des stupéfiants (drogue) : Nombreux sont les établissements scolaires et universitaires devenus de nos jours des lieux de vente et de consommation des stupéfiants, notamment la drogue. L’université Général Lansana CONTE de Sonfonia en est une parfaite illustration où, selon nos enquêtes, des étudiants se livrent à la consommation de la drogue au vu et au su de tout le monde derrière les bâtiments se trouvant au près du stade de football et derrière les restaurants et bars-cafés se trouvant à la rentrée du campus. Ces drogués, une fois en classe, s’attroupent au fond de la salle ou « Colombie » tout en empêchant le Professeur de dispenser convenablement son cours à travers des bavardages insensés.

Je tiens à souligner que les causes ci-haut citées sont loin d’être exhaustives. Ce qui est sûr, l’incivisme en milieu scolaire et universitaire engendre d’innombrables conséquences dont entre autres :

  • La recrudescence des violences à l’école et dans la cité
  • La baisse continue du niveau des apprenants
  • La dépravation des mœurs
  • Et, à la longue, le retard accru du

Pour endiguer donc l’incivisme en milieu scolaire et universitaire ; par ricochet, dans la société, je suggère les solutions ci-après :

  • La valorisation de l’éducation civique et la morale afin de fabriquer des citoyens modèles
  • La création dans chaque établissement scolaire et universitaire d’une police scolaire
  • L’instauration de la « conduite » comme discipline dans les écoles et universités
  • L’organisation par les ministères concernés, des campagnes d’éducation et de sensibilisation à la citoyenneté ; ceci, en parfaite collaboration avec les ONG œuvrant dans le secteur
  • L’implication effective des différents acteurs du secteur de l’éducation dans l’organisation de la SENACIP.

En somme, nous pouvons, sans risque de nous tromper, noter que l’incivisme est, de nos jours, une réalité incontestable dans les écoles et universités guinéennes. Ses causes sont tant bien endogènes qu’exogènes et, il orchestre d’innombrables conséquences affectant ainsi le processus de développement normal du pays.

N’est-ce pas la raison pour laquelle certains observateurs assimilent l’incivisme à l’esclavage et à la colonisation ?

Aboubacar Mandela CAMARA, sociologue/enseignant-chercheur/consultant. Tél. : 00224 628 13 36 09/Email : aboucamus86@yahoo.fr

Partagez

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here