Interview : Elhadj Djouma BAH, fondateur de l’IUHEG, institut universitaire des hautes études de Guinée « Faites confiance à l’école guinéenne, travaillez fort. Il n’y a pas de mauvaise école, il y a un mauvais apprenant. »

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Elhadj Djouma Bah, fondateur de l'IUHEG

Elhadj Djouma BAH, est le fondateur de l’institut universitaire des hautes études de Guinée. Il a reçu l’équipe de laplumeplus.com pour aborder plusieurs questions liées à l’enseignement supérieur guinéen. L’IUHEG qu’il dirige fait aujourd’hui parti des plus grandes institutions privées du pays. Lisez plutôt !

Laplumeplus.com : pour commencer, retracez-nous votre parcours

Elhadj Djouma BAH : je suis fondateur de l’institut universitaire des hautes études de Guinée et des écoles Bah-Kann. Je suis diplômé, ingénieur agronome de formation. Depuis vingt ans je suis dans le business, donc je suis un homme d’affaire. J’ai été formé d’abord en Guinée jusqu’au niveau du bac et après j’ai fait la fac des sciences agronomiques de Pita, j’ai fait un peu Faranah avant de bénéficier d’une bourse d’étude supérieure en république populaire démocratique de Corée qu’on appelle communément Corée du nord. Après j’ai fait des études postuniversitaires au Japon à l’université Tsukuba avant de revenir m’installer à Hongkong pendant un an où j’ai fondé une entreprise qui s’appelait Afrique-Asie import export. Je suis rentré définitivement en Guinée en 1994 et j’ai ouvert depuis, plusieurs entreprises : les établissements Bah-Kann, Afrique-Asie-Import-export, la société guinéenne de transport et de commerce, les sociétés Diallo-Bah-Kann (une société de transport des produits pétroliers) et depuis 2008, je suis dans l’éducation. J’ai fondé cette université qui fêtera le 18 octobre 2018 ses dix ans  d’existence.    

Quelle est l’origine de l’IUHEG, en clair comment l’idée vous est venue ?  

Elhadj Djouma BAH : En tant que citoyen de ce pays, j’ai toujours eu dans ma tête l’idée de contribuer au développement social et économique de notre pays. Et comme vous le savez, l’éducation et la formation c’est la base de tout développement.   Alors j’ai estimé que je dois beaucoup à mon pays, celui qui m’a formé, qui m’a offert la possibilité d’aller à l’extérieur. Malheureusement à mon retour je n’ai pas pu travailler dans l’administration publique pour restituer le peu qu’on m’a donné. Et donc j’ai estimé que j’avais une dette que je devais payer et la meilleure façon à mon sens de la payer c’est de contribuer à la formation des jeunes guinéens pour qu’ils soient utiles à la nation, qu’ils soient utiles à leurs familles, à eux mêmes. Voilà l’origine, l’idée, d’où est partie cette aventure. Je me réjouis de participer tant soit peu à la formation des jeunes guinéens qui à leur tour sont aujourd’hui dans beaucoup de secteurs, dans beaucoup d’entreprise qui feront de leur mieux pour participer au développement de notre pays.

La création de l’IUHEG est-elle personnelle ou collective ?

Elhadj Djouma BAH : Dans le cadre de la création d’entreprises, je travaille toujours avec des collègues. Je n’aime pas l’isolement. J’ai un collaborateur, un ami que j’ai connu au Japon en 1989 et depuis nous sommes resté de très bons amis et le destin a voulu que nous soyons de très bons partenaires dans le business. C’est donc avec lui, avec plaisir d’ailleurs que nous avons fondés tout ce que nous avons fait à date. Il est à part entière fondateur de cet institut, il s’appelle monsieur Ibrahima Kann, il est guinéen aussi. Il a fait ses études en Egypte, le hasard du destin nous a tous conduits au Japon, on s’est retrouvé là. Donc je travaille avec lui.

Comment se présente l’institut universitaire des hautes études de Guinée en termes d’effectifs, de personnel ?  

Elhadj Djouma BAH : L’institut universitaire des hautes études de Guinée est créé dans le cadre de l’amélioration des conditions d’études de nos jeunes et les conditions de l’enseignement pour nos professeurs. Nous comptons quatre facultés : la faculté des sciences économiques et de gestion, la faculté des sciences et des nouvelles technologies, la faculté des lettres et sciences humaines et la faculté de droit (sciences juridiques et politiques). Aujourd’hui, nous avons un effectif qui tourne autour de 650 étudiants au niveau de la licence. Nous avons aussi greffé à l’institut universitaire des hautes études de Guinée, l’école professionnelle et technique Bah-Kann qui forme aussi dans des domaines de la gestion, de l’informatique, du bâtiment, de la plomberie et cet institut aussi compte 250 étudiants. Donc nous tournons autour de mille étudiants, l’université et l’enseignement professionnel réunis.

Comme je vous l’ai dit en introduction, nous avons décidés il y a deux ans d’étendre notre formation au niveau de l’enseignement général. Nous sommes entrain de finir la construction des bâtiments et leur équipement et nous comptons par la grâce du tout puissant ouvrir cette école au début de cette année. Elle s’appelle les écoles Bah-Kann pour symboliser toute l’amitié qui me lie à mon ami. Nous avons donné le nom à nos familles. Au-delà, c’est un symbole d’amitié, un symbole de réussite, de confiance mutuelle. Nous voudrions que cela se traduise dans l’enseignement, la formation de nos jeunes enfants. Nous allons démarrer de la maternelle au lycée.

Bâtiment principal de l’IUHEG, Institut universitaire des hautes études de Guinée

Au-delà des bâtiments, est-ce que votre établissement dispose d’équipement car souvent on reproche aux écoles guinéennes de n’avoir que des bâtiments et tables-bancs ?  

Elhadj Djouma BAH : L’éducation repose sur plusieurs secteurs. Il y a le cadre, les infrastructures, les équipements, les ressources humaines. L’un sans l’autre, c’est difficile. De tout cela, les ressources humaines sont les plus importantes. Notre stratégie c’est de recruter le maximum de formateurs pétris de compétence et de pédagogie et d’avoir les outils et les équipements nécessaires pour accompagner les enseignants. Et aussi d’avoir un cadre convivial pour permettre aux apprenants et à ceux qui leur dispensent les cours de travailler dans un environnement propre, idéal et comme tous les étudiants du monde. Naturellement nous comptons des laboratoires, des salles d’informatique, nous avons le mobilier qu’il faut. Nous n’avons pas la prétention d’avoir tous les laboratoires, mais nous nous inscrivons dans cette logique là. Cette année nous avons consacrés de gros efforts à l’amélioration du cadre infrastructurel. Nous venons d’entamer l’équipement de ces nouvelles infrastructures et la troisième phase sera celle qui va nous permettre d’avoir les laboratoires, les supports de la formation pour faire en sorte que les enfants guinéens se retrouvent dans le même cadre que les enfants sénégalais, ivoiriens, français, canadiens pour briser si vous voulez ce complexe d’infériorité par rapport aux autres pays.

Justement vous avez une expérience en dehors de la Guinée. Est-ce que vous mettez cet atout là en valeur pour que l’IUHEG soit en contact avec d’autres universités. Vous avez parlé du Japon, pays dans lequel vous avez séjourné, tout comme Hongkong. Le contient asiatique est en plein essor en terme de sciences, de technologie. Est-ce que vous avez pensés à cet aspect ?

Elhadj Djouma BAH : Naturellement dans le cadre de la gouvernance universitaire, il y a un volet qu’on appelle partenariat. Notre institut a tout d’abord pensé au partenariat sud-sud. Nous avons entrepris des démarches, nous avons conclu des partenariats avec une université du Maroc, nous sommes en contact avec des écoles et universités au Sénégal. Nous avons signés un partenariat avec BEM-Bordeaux qui forme dans le management. Nous avons envoyés des étudiants pour le postuniversitaire pour le master. Nous avons voulu délocaliser avec cette école des programmes de master ici en Guinée. Nous avons des contacts informels avec l’université Cheikh Anta Diop. En ce qui concerne l’Asie, nous sommes entrain d’explorer. Nous sommes intéressés par des pays comme l’Inde qui est un pays en voie de développement, très avancé en technologie. Mais au-delà, il faudrait que les guinéens comptent sur eux d’abord.  Si nous avons les infrastructures, les équipements, nous avons aussi des talents, des bons professeurs. Nous pouvons par nous-mêmes commencer à évoluer en faisant la recherche, en faisant de la publication, des inventions. L’Asie y est arrivée juste après la deuxième guerre mondiale. Il n’y a pas de raison que l’Afrique n’y arrive pas si elle met l’ensemble de ses forces au service de la science et de la technique.

L’autre aspect porte sur les relations entre l’Etat et les universités privées. Le gouvernement a décidé de ne pas orienter des étudiants dans le privé. Plusieurs institutions d’enseignement sont menacées alors que vous, vous êtes entrain de procéder à une extension de votre université. Cela veut dire que vous n’êtes pas sous menace ?

Elhadj Djouma BAH : Je ne sais pas qu’est-ce que vous appelez menace. Mais nous pensons que nous ne sommes pas menacés. Nous avons eu une relation de coopération avec le gouvernement guinéen qui a un moment donné estimé qu’il avait besoin d’utiliser les services de l’enseignement supérieur privé pour encadrer les jeunes bacheliers. Cette année comme vous l’avez dit ça n’a pas été le cas. Pendant plusieurs années ça été systématique. Tous les admis au baccalauréat étaient orientés au public ou au privé. Le gouvernement pour des raisons qui lui sont propres a décidé cette année de ne pas orienter. Nous avons été informés tardivement. Ça nous a pris au dépourvu. Il y a eu un comportement que nous n’avons pas bien apprécié, c’est la façon dont ça été mené. Sinon dans tous les pays du monde, le privé ne compte pas que sur la subvention de l’Etat pour survivre. Cependant, nous souhaitons que ça soit dans un cadre défini, concerté entre l’Etat et les universités parce que comme vous pouvez le savoir si par exemple au cours d’une année vous avez trente mille admis au bac et que les besoins nationaux et les capacités d’accueil de nos universités publiques ne peuvent encadrer que vingt mille étudiants, vous aurez naturellement dix mille qui vont rester. Nous pensons que ces dix mille constituent un vivier à partir duquel les universités privées vont recruter. Mais si l’Etat décide de facto d’envoyer tous les admis dans les universités publiques, en ce moment nous appelons cette politique là, une politique qui vise l’extinction des universités privées toute chose qui ira contre le gouvernement parce que dans tous les pays libéraux du monde, l’Etat n’a pas vocation à assurer à 100% la formation de tous les jeunes de la nation. Vous le connaissez au tant que moi, si aujourd’hui il n’y avait pas d’écoles privées dans le système de l’enseignement général dans notre pays, beaucoup de nos enfants seraient dans la rue sans éducation. Grâce aux initiatives privées, à l’existence des école privées, aujourd’hui tous les enfants dans tous les quartiers peuvent aller à l’école et donc avoir un minimum d’éducation pour leur avenir.

Un message particulier à tous ceux qui vont vous lire et surtout aux étudiants et encadreurs de cet institut

Elhadj Djouma BAH : Aux responsables et au personnel de l’institut universitaire des hautes études de Guinée, je voudrai leur dire grand merci pour le soutien et la qualité de l’enseignement qu’il ne cesse de déployer en faveur de nos étudiants, c’est extrêmement important. Sans eux, on ne serait pas là. Aux étudiants et étudiantes qui nous ont fait confiance pendant toute cette période, je voudrai leur dire grand merci. Je voudrai qu’ils continuent à croire aux initiatives privées de notre pays, qu’ils continuent à croire à l’école privée, à croire à l’institut universitaire des hautes études de Guinée, nous serons là sans démagogie pour les accompagner afin de leur donner une formation qui leur permettra de prendre part à des compétitions avec tous les autres jeunes venus de tous les autres horizons. Vous le savez et je ne le note avec satisfaction, nous avons eu des étudiants qui sont allés en compétition sous-régionale et qui sont revenus avec la coupe. C’était à l’actif de tout le système éducatif de notre pays parce que tout le monde qualifie le système guinéen de médiocre par rapport aux autres. Cependant, ces jeunes sont allés, ils ont montré de quoi ils étaient capables.   Aujourd’hui, les trois sont en France. Le ministère nous a accordé un appui financier pour leur permettre d’aller. Ils sont allés pour une formation de six mois qui sera sanctionnée par une attestation. Ils vont revenir continuer le cycle. Je pense que ce sont des efforts encourageants. Nous avons aujourd’hui beaucoup de nos jeunes qui travaillent dans les entreprises privées. J’ai des retours qui ne sont pas mauvais qui disent que les enfants sont bons. Je voudrai que les jeunes croient en eux, qu’ils continuent à travailler correctement. Le reste viendra. Personnellement, j’ai été formé jusqu’au niveau universitaire ici en Guinée. Je suis allé  en Corée du nord comme je vous l’ai dit, j’ai étudié avec des gens venus de tous les autres pays, nous n’étions pas les moins brillants non plus. Je pense que nous devons croire en nous-mêmes, à nos forces, à nos valeurs. Faites confiance à l’école guinéenne, travaillez fort. Il n’y a pas de mauvaise école, il y a un mauvais apprenant. Apprenons très bien, prenons notre destin en main et puis l’avenir nous réserve des merveilles.

Laplumeplus.com : Monsieur Bah, merci !

Elhadj Djouma BAH : C’est à moi de vous remercier !                     

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé                 

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