Diallo Mamadou Aliou Diarouga, fondateur de l’institut universitaire Fayol-plus : « Le système éducatif guinéen dans son ensemble doit être revu.»

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Dans le cadre de sa série d’interviews avec les fondateurs d’établissements scolaires, universitaires et techniques, votre site a posé ses valises à Fayol-plus. Le premier responsable de cette institution d’enseignement touche les difficultés dans le secteur du supérieur privé.

Laplumeplus.com : décrivez-nous votre parcours

Diallo Mamadou Aliou Diarouga : je suis produit de l’université guinéenne. J’ai fait mathématique à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry où j’ai eu une maitrise en algèbre. J’ai reçu d’autres formations complémentaires. Je suis enseignant de formation, pédagogue, gestionnaire scolaire.   Depuis 1993 je suis directeur d’école et depuis 2000, je suis fondateur.

D’où vient l’idée de création de Fayol-plus ?

Il y a eu le centre d’étude Henry Fayol que j’avais eu la chance de gérer. Il a été créé par des cadres guinéens. A sa fermeture, j’ai créé à la place, l’institut d’étude et de gestion Fayol-plus en 2006. Henry Fayol est devenu Fayol-plus. Henry Fayol pour ceux qui ne le savent pas, c’est un gestionnaire, un économiste qui est beaucoup étudié dans les théories économiques en matière de gestion et organisation des entreprises. Nous avons deux blocs : à Hamdallaye-pharmacie sur la route Le Prince et l’autre institut se trouve à Petit-Simbaya sur la T3 (transversale) au niveau de feu-rouge.

Certaines écoles guinéennes portent des noms de personnalités étrangères alors que nous avons nos propres héros. N’est-ce pas un signe d’acculturation ?

Non, pas du tout ! La spécialité de l’institution à sa création c’était la gestion et vu que cette personne est un modèle en termes de gestion, voilà pourquoi nous avons pensé à lui donner le nom.             

Parlons maintenant de vos effectifs

En termes d’étudiants, j’avoue que ces dernières années, nous avons eu une certaine baisse surtout au bloc de Hamdallaye-pharmacie. Pratiquement, nous sommes souvent victimes des marches et autres sur l’axe. Cela a beaucoup affecté l’institution,   les recrutements ont baissé. Malgré tout, nous sommes là et tenons à y rester parce que nous savons que c’est une zone très stratégique, le milieu est très favorable, le besoin de formation est énorme sur place. J’avoue que de l’autre côté à Petit-Simbaya, l’accès est plus facile, le cadre est plus calme. Le recrutement a beaucoup évolué. Actuellement nous tournons autour de 400 étudiants toutes options et toutes filières confondues. Côté enseignants, nous gérons 62.

Quelles sont les filières enseignées chez vous ?

Nous avons deux niveaux de formation. Nous avons une formation universitaire avec des départements de gestion, d’informatique, de télécommunication, d’architecture, d’administration des affaires et de droit et au niveau professionnel, nous le transite-douane, la santé (des sages-femmes, des infirmiers, des préparateurs en pharmacie, des techniciens de laboratoire, des techniciens en santé publique).

L’Etat envoyait des boursiers dans les universités privées, mais il a mis fin au partenariat. Est-ce que cela vous affecte ?    

Nous faisons partis de ceux qui ont pensé et monté ce projet.  C’était pour soulager toute cette jeunesse qui était abandonnée après le concours. Nous avons pensés qu’il fallait trouver une issue. Par rapport à cela, l’Etat est venu pour pouvoir leur donner une chance après le baccalauréat de s’orienter dans une institution de formation pour trouver un emploi. C’est vrai qu’il y a un impact très sérieux sur toutes les institutions parce qu’il y a baisse d’effectifs s’il n’oriente pas. Ce qui fait que nous sommes obligés, nous aussi de changer de stratégie, de qualifier d’avantage nos enseignements, de trouver d’autres pistes pour pouvoir recruter. Il y a un problème ! Tous les bacheliers sont systématiquement orientés. Nous pensons que l’Etat doit revoir sa politique en la matière. Si l’Etat prend ce qu’il peut prendre, qu’il laisse les autres bacheliers aller là où ils veulent. Actuellement tous ceux qui sont orientés et qui ne veulent pas rejoindre (leurs universités) s’ils ont la possibilité de s’inscrire chez nous, ils viennent. Il faut revoir cela pour ne pas tuer ce sous-secteur de l’éducation qui est un secteur porteur. Il faut aussi penser à d’autres secteurs comme l’enseignement technique et la formation professionnelle, un secteur d’avenir pour la jeunesse.

L’Etat dit disposer de capacités d’accueil suffisantes pour recevoir tous ces jeunes. En même temps, le président Alpha Condé dit souvent que ce partenariat a été monté par des ministres qui organisaient des magouilles pour se faire de l’argent.         

Ecoutez, moi je ne vais pas commenter cela ! Je sais sur quelle base nous avons monté ce projet. Ces étudiants étaient une bombe sociale. Ils passaient leur temps après le baccalauréat sans avoir accès à aucune autre formation. Ils restaient dans les quartiers à jouer ou à faire du thé. Nous avons dit que c’est normal que ces jeunes soient pris en charge. Le projet a été d’abord  dirigé vers des bailleurs de fonds qui pouvaient nous accompagner dans ce sens jusqu’à ce que le ministère se soit saisi.  Nous avons fait nos preuves sur le marché de la formation et de l’emploi. Le niveau de formation universitaire s’est beaucoup amélioré, les infrastructures et équipements en font foi. On peut visiter et voir. L’Etat dit avoir les capacités, mais je ne sais pas dans un système LMD comment on peut comprendre que dans une salle de classe qu’on retrouve 300 étudiants. Ils n’ont pas de capacités. Aller à Sonfonia, est-ce que c’est des salles de classes qui répondent au système LMD ?

Votre point de vue sur l’enseignement supérieur guinéen en général

L’enseignement supérieur guinéen bat de l’aile. Il a besoin d’être renforcé, d’être revu. Le système éducatif dans son ensemble doit être revu. Un enseignement supérieur suppose des ressources humaines de qualité. La formation des formateurs a été laissée pour compte. On a très peu d’enseignants qualifiés pour intervenir au niveau de l’enseignement supérieur. Je pense que l’Etat doit beaucoup se pencher sur ce point. La qualité des enseignants est fondamentale au niveau du supérieur.

Merci à vous

Tout le plaisir a été pour moi de vous recevoir.

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

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