Monsieur Moussa Kaba a fait ses études primaires et secondaires en Côte d’Ivoire. Il se retrouve après à Conakry pour faire le bac en sciences expérimentales au lycée de Bonfi. A l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, il opte pour la faculté des sciences et obtient par la suite un diplôme de maitrise. Moussa Kaba a également suivi une formation pédagogique à l’ISSEG qui était à Manéah. A la fin de cette formation, il se lance dans l’enseignement. Depuis 2000, il évolue au groupe scolaire Sy Savané.

Sur place, il raconte qu’il a d’abord dispensé des cours de physique avant de travailler un moment avec le directeur des études d’alors monsieur Nanamady et le directeur Aboubacar Condé. Ces deux lui ont donné les premiers pas concernant les travaux de direction. Deux  ans après, Kaba est nommé directeur des études pour trois ans. A partir de la rentrée scolaire 2004-2005, il occupe le poste de directeur général de Sy Savané.

www.laplumeplus.com: votre école ressemble à une université, à qui appartient cet établissement ?

Moussa Kaba : bien sûr, du point de vue infrastructure, l’établissement est colossal. C’est une entreprise familiale. Pour qui réside dans les alentours du Km36 sait que la famille Savané est dynamique. Ensemble, les membres se sont donné la main pour construire cette école. Cette famille a choisi d’aider l’Etat guinéen  en construisant cet établissement.

Dites-nous comment sont vos effectifs ?

Il y a environ mille quatre cent élèves inscrits actuellement à l’école Sy Savané, de la maternelle en passant par le collège et le lycée avec toutes les options. Côté personnel enseignant, nous avons 70 travailleurs y compris moi-même. Les salles de classes sont au nombre de 59. Nous comptons également une salle informatique, une bibliothèque, une salle de conférence, des salles polyvalentes.

Comment vous arrivez à gérer un tel monde dans un tel bâtiment ?

Comme je vous l’ai dit depuis 2000 nous sommes en contact avec la gestion administrative scolaire. C’est ce qui nous a permis d’avoir quelques années d’expérience. Je dois avouer aussi que je bénéficie de l’apport de quelques doyens comme Aboubacar Condé dont je vous ai parlé. Nous avons toute une structure mise en place pour pouvoir organiser le travail et au niveau de la direction et au niveau des salles. Il ya par ailleurs les différentes commissions culturelles et sportives.

Comment ont été les taux de réussite lors des derniers examens dans votre école ?

Au niveau de l’examen d’entrée en 7eme année par exemple, nous avons fait un taux de réussite d’environ 86%. Pour le BEPC, nous avons eu 94% et au niveau du bac, le fiasco a été général  sur le territoire national. Toutes fois, nous avons fait environ 32% de façon générale.

Dans plusieurs établissements, on parle du faible niveau des élèves qui sont carrément abandonnés par les parents. On dit que toute la charge revient aux enseignants. Quel est le constat chez vous ?

Sincèrement, c’est un constat amer. J’ai toujours dit à mes collaborateurs qu’il ne faut pas accuser seulement les enfants. Moi, j’accuse tout le monde : élèves, parents d’élèves et enseignants. Imaginez-vous, par jour, sur les 24 heures, les enfants ne passent que 6 heures au maximum avec nous à l’école. Le reste des 18h, ils sont avec les parents. Le parent vous dira qu’il n’a pas le temps, il sort à 6h, il ne rentre que la nuit. Quand un enfant sait qu’il n’est pas contrôlé, parfois il fait ce qu’il veut, or ce qu’il veut n’est pas forcément ce qu’il lui faut. Quelque soit la fatigue, les occupations d’un parent, une fois de retour du service, avant de se coucher, s’il prenait même cinq minutes pour vérifier le travail de son enfant, l’enfant allait mettre du sérieux dans ce qu’il fait. A défaut, il faut approcher un répétiteur pour surveiller le travail des enfants.

L’autre aspect, c’est nous les enseignants. Il faut reconnaitre que depuis un certain temps, la qualité de la formation n’est plus la même. Mêmes ceux qui sont sortants de certaines écoles de formation, le niveau académique a baissé sérieusement. Si le formateur n’a pas le niveau requis pour former, vous comprendrez que l’apprentissage va souffrir. Il faut former d’abord les formateurs correctement sans complaisance. Malheureusement, il y a beaucoup de complaisance. Pleins d’enseignants sur le marché ne sont pas des spécialistes de l’enseignement. Ils viennent juste parce qu’ils ont cherché du boulot ailleurs et ils n’en ont pas trouvé, ils se versent dans l’enseignement pour un temps. Dès qu’il y a une opportunité, ils s’en vont ailleurs. C’est ceux-là qui viennent former nos enfants aujourd’hui. Ils ont moins de soucis pour former ces enfants là. C’est tout cela qui fait que les enfants sont mal formés. Il est difficile aujourd’hui de trouver un élève en 6eme année qui arrive à s’exprimer et écrire parfaitement en français. Ça c’est un problème.

Vous êtes d’accord avec le chef de l’Etat qui a sévèrement critiqué les enseignants, il y a quelques semaines ?

Je suis parfaitement d’accord. Moi je ne suis pas dans la complaisance. Et s’il m’était donné de choisir, j’allais ordonner que tous ceux qui veulent enseigner passent par les ENI (écoles normales des instituteurs) ou l’ISSEG (institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée). Ce que je trouve contradictoire, les sortants de ces écoles là sont mis sur le même pied d’égalité que ceux qui n’ont jamais foutu pied à l’ENI ou à l’ISSEG. On les recrute et on leur dit d’enseigner dans les mêmes écoles. Quelqu’un qui a été formé pour enseigner est parfois délaissé au profit de celui qui n’a reçu aucune formation. Ce dernier est désigné enseignant à la suite d’un concours. Un travail fait par un professionnel est différent de celui fait par un amateur. Le produit n’est pas le même. Aujourd’hui, beaucoup regrette les enseignants sortants de Dabadou parce qu’ils formaient bien. Aujourd’hui, plusieurs enseignants dispensent les cours n’importe comment, ils préparent n’importent comment. Ils ne peuvent même pas prendre en charge l’aspect psychologique des enfants.  Il ne s’agit pas seulement d’écrire une leçon, il faut tenir compte des autres sciences de l’éducation pour pouvoir bien travailler dans une classe. Mais seuls les professionnels connaissent cela.

Merci

C’est à moi de vous remercier de m’avoir donné l’opportunité de s’exprimer sur votre site. J’espère que ce n’est pas la dernière fois. Le groupe scolaire Sy Savané reste à la disposition de laplumeplus.com.

Entretien réalisé par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

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