Hadja Salimatou Diallo est la première femme à se lancer dans l’enseignement supérieur privé guinéen en tant que fondatrice d’université. Dans l’entretien qui suit, elle explique ses  débuts et les problèmes du moment.

Laplumeplus.com : vous êtes une dame, vous avez un parcours, alors déroulez-le pour nos lecteurs

Hadja Salimatou Diallo : concernant mon cursus, j’a fais mes études primaires à Koundara, tout comme le collège et le lycée et même le premier degré. Le deuxième degré je l’ai fais à Kindia. Je suis agronome de formation. Après mes études, vu que l’Etat n’employait pas surtout les femmes au temps de la deuxième république, je me suis lancée dans l’entreprenariat. J’ai eu l’opportunité d’aller au Canada avec mon mari. J’ai suivi des cours au niveau professionnel en secrétariat informatique. C’était une formation qui n’était pas de longue durée. Cette formation professionnelle, m’a permis dès mon retour du Canada, d’abord de commencer à travailler avec des institutions de la place. Ensuite, j’ai commencé à enseigner en 1993 dans les écoles privées comme à IFORPAK et Henry Fayol. Cette période a  coïncidé à l’affluence des refugiés libériens et sierra-léonais. J’ai eu à former beaucoup de groupes en secrétariat informatique. J’ai continué à enseigner avec l’expérience que j’ai eue au Canada. Finalement, comme mon objectif c’était d’ouvrir une entreprise pour moi-même, j’ai dit il faut que j’arrête pour créer la mienne. En 1999 j’ai ouvert mon premier établissement de formation professionnelle à Cosa en secrétariat-comptabilité. Moi-même je donnais les cours. C’était une formation rapide de dix mois. Vu l’engouement, les étudiants mêmes ont sollicité de voir le ministère pour que la formation soit professionnelle, qu’elle dure trois ans et qu’elle soit sanctionnée par   un diplôme national. Ce qui fut fait. J’ai eu tous les agréments et nous avons commencés en 2004 avec l’université. Nous étions toujours à Cosa. Au début, il y avait deux départements : droit et économie. Dr Makanéra et Dr Alpha Abdoulaye sont ceux qui m’ont soutenu. En 2006, nous avons eu l’opportunité avec toutes les démarches qui ont été menées par un  groupe de fondateurs dont je faisais partie d’accueillir les boursiers de l’Etat.

Là j’étais la seule dame à créer une université et une école professionnelle. En 2006, il y avait neuf institutions d’enseignement supérieures privées. En 2007, nous avons délocalisés parce que le local qui était à Cosa ne permettait pas d’abriter beaucoup d’étudiants. Nous sommes venus à Hamdallaye. Nous avons commencés avec 70 étudiants boursiers de l’Etat parce que c’était un quota et l’Etat n’orientait pas beaucoup. L’expérience a commencé avec deux mille étudiants. La répartition a été faite entre nous en fonction des capacités d’accueil. Nous avons eu le même quota que l’école INSET. Jusqu’en 2009, nous recevions beaucoup d’étudiants. Quelles sont les filières disponibles à l’université René Levesque ?

Nous avons commencés avec deux comme je le disais, droit et économie. En 2007, nous avons élargis jusqu’à 14 filières. Nous avons encore ouvert la section santé dans le professionnel.

Et côté effectifs

Pour les enseignants, nous avons 100 et quelques parce que dans chaque département, il y a quatre ou cinq filières. Pour les étudiants, nous avons commencés avec dix vers 2004. En 2006, nous avons évolués à 70 avec les boursiers de l’Etat. Jusqu’en 2009, nous étions avec mille et quelques étudiants. Mais avec les troubles, il y a eu une baisse des effectifs. En ce moment, nous sommes avec 500 étudiants y compris les privés et les boursiers de l’Etat.

Pourquoi votre université porte le nom de René Levesque, une personnalité étrangère ? Pourquoi pas Samory Touré ou Bokar Biro Barry ?    

Le nom René Levesque n’est pas inventé au hasard. Je vous ai dis au départ que j’ai étudié au Canada où j’ai fais la formation qui m’a permis d’ouvrir ma propre institution. C’est en signe de reconnaissance que je me suis dis, il faut que je donne le nom à cette personne là qui a été la plus célèbre pendant les cinquante dernières années en tant que premier ministre du Québec où j’étais. J’ai lu ses œuvres, j’ai vu que c’est une personne qui a une vision de développement de son pays, qui a apporté beaucoup de choses, qui a voulu avoir l’indépendance du Québec par rapport au Canada. Je me suis dis qu’à mon retour j’allais me lancer dans l’éducation qui me permettrait de restituer cela à une grande partie de la jeunesse. Ma vision c’est apporter quelque chose à mon pays, pas en donnant de l’argent, mais en m’investissant pour qu’il y ait des leaders qui pourraient à leur tour apporter quelque chose au développement du pays.

Est-ce que vous avez connu le premier ministre René Levesque ou bien il vous a marqué comme ça ? 

Quand je commençais à étudier au Canada il était déjà décédé. C’est après mes études, quand je suis revenu que j’ai pu avoir connaissance de sa famille. A la sortie de la première promotion, sa propre fille et son conseiller pendant dix ans sont venus assister à la cérémonie. Il y a une fondation qui porte son nom au Canada. Tous les deux ans, ils organisent un colloque et nous invitent. Ils nous ont soutenus, ils nous ont apporté beaucoup de choses.  Ils continuent à nous soutenir.

Vos étudiants bénéficient de cette assistance ?

Ah je dirai que cela leur profite. Mais vous savez que l’étudiant guinéen est un peu difficile. Sinon nous avons une bibliothèque de plus de deux mille ouvrages venus du Canada. Nous avons des équipements dans les salles d’informatique, nous avons des relations avec les universités de ICAM de Montréal, tout ça c’est via cette fondation. Nous avons beaucoup d’autres opportunités. Ils nous ont promis que tout étudiant qui allait travailler sur la vie et les œuvres de René Levesque, il aurait une bourse gratuite pour faire le master là-bas. Nous devons mettre ce programme même dans le cursus mais ça sera à partir de l’année prochaine. Sinon on l’avait démarré, mais avec les étudiants, ce n’est pas facile.

Nos chefs de départements ont été invités par la fondation pour aller faire un tour dans les universités dans le cadre de la mise en place d’un observatoire de notre studio de journalisme.

Les relations entre l’Etat et les universités privées ne sont pas au beau fixe. Que pensez-vous de cette situation ?

C’est l’année dernière que nous n’avons pas eu de boursiers. Certains privés  sont venus s’inscrire mais pas beaucoup parce que les étudiants sont allés dans les institutions publiques où il y a des formations payantes qui coûtent moins chères. Cela est très difficile parce que nous avons investis et nous ne comptons que sur ces étudiants là pour que nos institutions aillent de l’avant. Sans étudiants on ne peut pas parler d’université alors que l’Etat prend désormais tous ceux qui ont eu le bac. Donc, nous nous retrouvons avec zéro.

Un conseil aux étudiantes et aux élèves filles qui parfois abandonnent la formation très tôt. Et quel est votre avis sur le débat autour du nouveau gouvernement qui compte peu de femmes ?

Par rapport aux jeunes filles, le conseil que je peux donner, c’est de ne pas baisser les bras, de poursuivre les études si elles sont scolarisées. Si ce n’est pas le cas, qu’elles fassent un métier qui leur permettra d’être autonomes demain. Abandonner et s’adonner à une vie qui n’est pas correcte, n’est pas bon pour une femme. Si on n’a pas étudié, on peut faire un métier pour compléter le mari pour prendre la famille en charge, mais si on ne fait rien, tout va revenir au mari et si on n’a pas la chance, on n’aura même pas de mari. Aujourd’hui, les hommes regardent d’abord ce que la femme est capable de faire ou parfois certains cherchent à savoir qui sont les parents. Dire que je suis égale à l’homme c’est quand on peut se mesurer à eux à part égale.

Par rapport au gouvernement, tout le monde a critiqué. On espérait avoir au minimum dix femmes. A ce que je sache, les femmes sont capables de faire beaucoup de choses. Le professeur Alpha Condé admet que son mandat est dédié aux femmes et aux jeunes, je pense qu’il reconnait la valeur des femmes. Quand il s’agit de parler de paix, nous sommes les pionnières en appuyant le gouvernement. Et même la gestion, vous savez que les femmes malgré les problèmes de famille, si on nous confie une tâche, nous sommes capables parce que nous n’osons pas la honte. Normalement, les postes de responsabilité, c’est aux femmes qu’on devrait leur confier parce que la femme évite d’aller devant un auditoire pour répondre de détournement. Peut être que la situation sera revue, on peut se tromper des fois. Comme le vide là est vu par tout le monde, peut être il sera corrigé.

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé    

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