Colonel Layaly Camara, directeur national des eaux et forêts « il y a nécessité de prendre contact avec les autorités du ministère de l’éducation nationale… pour inviter les jeunes à préserver, à protéger l’environnement. »

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C’est une première pour votre site de donner la parole à un spécialiste de l’environnement. Désormais, nous allons nous intéresser à plusieurs autres aspects de la vie du pays dans la rubrique Science. Nous recevons pour ce numéro colonel Layaly Camara, directeur national des eaux et forêts. Il se prononce sur la dégradation poussé de l’environnement.

Laplumeplus.com : quelle est la situation actuelle des forêts guinéennes ?

Layaly Camara : il faut reconnaitre que la situation n’est pas reluisante. Il y a eu une exploitation effrénée par plusieurs acteurs. Je voudrai parler ici de l’exploitation abusive sous toutes ses formes, le bois d’œuvre, le bois de service. Là c’est au niveau des exploitants forestiers. Il y a aussi le phénomène des feux de brousse qui dévore des massifs forestiers. C’est les plus grands destructeurs des ressources forestières. Mais nous avons aussi l’exploitation forestière qui prend de plus en plus d’envergure dans notre pays. Les domaines forestiers sont beaucoup impactés. Il y a l’agriculture, l’élevage extensif, au tant de pratiques qui contribuent à la dégradation de nos ressources forestières.

Au niveau côtier, il y a la mangrove qui est cet écosystème très riche, mais fragile qui est la proie de plusieurs acteurs.  Je voudrai parler ici des pêcheurs, des artisans, des agriculteurs, des exploitants forestiers. Il suffit d’aller au niveau des débarcadères pour évaluer le grand stock de bois de service, de bois de chauffe. De grandes quantités sont stockées partout. Vraiment c’est une  inquiétude et il y a lieu de réagir très vite parce que la cadence d’exploitation est très accélérée.

Est-ce qu’il y a des chiffres sur le nombre d’hectares que nous perdons par an ?

Il y a des estimations qui sont faites. Certaines institutions parlent de 24.000 hectares par an, d’autres parlent de 30.000 par an. Mais il n’y a pas eu d’inventaire national précis et c’est ce que nous avons sollicités. Cela demande beaucoup de moyens, mais c’est ce qu’il faut pour connaitre réellement l’existant parce que sans  la connaissance de ces ressources il est difficile d’entreprendre des actions durables pour savoir quel type d’action entreprendre sur tel ou tel massif.

Comment expliquer le degré de cette dégradation alors qu’il existe le corps des conservateurs de la nature ?

L’exploitation irrationnelle n’a pas commencé aujourd’hui. Depuis 1984 avec l’avènement de la deuxième république, nous avons assisté à une ruée vers l’or parce que la fonction publique a fermé ses portes. Certains travailleurs se sont retrouvés dans la rue et se sont tournés vers l’or, le travail du bois, donc l’argent facile. L’exploitation a pris de l’ampleur. Cela a continué. Aller aujourd’hui à Bonfi, à Matoto pour voir le nombre de familles impliquées dans le processus là. Heureusement avec l’arrivée de la troisième république, il y a eu la création du corps des conservateurs de la nature avec pour mission essentielle de faire appliquer les textes de lois qui sont là. Une fois que ces gardes forestiers ont été formés, nous avons constatés malheureusement que beaucoup n’avaient pas le niveau. Il fallait les reformater dans le domaine purement forestier. Malheureusement nous avons cette insuffisance en termes de formation, de capacitation. Il y a aussi certains gardes forestiers qui ne sont pas à la hauteur. Sur le plan moral, il y a beaucoup à les reprocher. Ils désertent et font du n’importe quoi sur le terrain, salissant l’image du corps. Donc c’est des pratiques qu’il faut corriger au fur et à mesure.

Ces derniers temps, il y a eu assez de bruits autour des forêts classées de Ziama et Dické. Le collectif ‘’Touche pas à ma forêt’’ s’est rendue en Guinée-forestière. Est-ce que vous pouvez rassurer la population que ces réserves ne seront pas livrées à la société Forêt forte et compagnie ?

C’est une décision purement politique. Nous avons eu à travailler avec cette ONG, nous avons exprimés notre point de vue. Ziama qui est une réserve de biosphère qui a un statut plus pointu, on a expliqué qu’avant, un zonage avait été effectué le long de certains massifs. Il s’agit d’entreprendre s’il y a exploitation, une exploitation à faible impact. Exploiter de manière à ce que l’équilibre soit maintenue. Donc, cette décision relève de l’autorité au plus haut niveau. S’il doit y avoir exploitation, il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter le dérapage parce que cela risquerait d’impacter négativement l’existence de ces deux massifs.

Pourquoi vous-mêmes vous n’encouragerez pas le développement de l’écotourisme pour protéger ces forêts et faire rentrer des devises dans les caisses de l’Etat ?       

C’est ce qu’il faut encourager parce que Ziama c’est un microclimat à part. L’air est pur, c’est des zones à visiter. On peut faire des randonnées sur place. C’est des sites privilégiés très indiqués pour le tourisme.

Il y a même des maisons coloniales abandonnées à Ziama

Oui c’est comme à Kounounkan à Forécariah ici. Ce sont des zones touristiques.

Beaucoup de personnes passent à côté du jardin botanique de la Camayenne sans savoir son importance. Pourquoi ne pas aller vers les ministères en charge de l’éducation pour instaurer une éducation environnementale en Guinée ?

Je suis d’accord avec cette démarche. C’est vrai, le jardin botanique est un patrimoine, un bijou à montrer aux enfants. Leur faire savoir c’est quoi la forêt, son importance sur le plan écologique. C’est vrai il y a nécessité de prendre contact avec les autorités du ministère de l’éducation nationale, organiser des débats, des conférences, des séances de sensibilisation, pour inviter les jeunes à préserver, à protéger l’environnement.

Et la création de zoos…

Pourquoi pas ? On avait prévu la création d’un zoo à Dubréka mais malheureusement, ce site a été utilisé à d’autres fins.

Merci à vous colonel

Je vous remercie très sincèrement. La porte de la direction nationale des eaux et forêts vous est grandement ouverte. Nous avons espoir que vous allez continuer à nous appuyer parce qu’il faut informer le grand public de ce qui se passe, de ce que nous vivons. La protection des forêts n’est pas seulement un problème de la direction nationale. Tout le monde a intérêt à préserver cette ressource parce que si elle est détruite, beaucoup d’autres secteurs seront négativement impactés. Je pense que vous serez les interlocuteurs les plus appropriés pour faire passer le message de sensibilisation.

Je vous remercie !

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

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