Diallo Abdoulaye Hady, administrateur général du complexe scolaire La Plume : « Nous avons là une détermination sans faille de former ici une élite qui pourra devenir le porte flambeau de la Guinée et de toute l’Afrique. »

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Il a fait ses études en Guinée avant de les poursuivre en Asie et en Europe. Diallo Abdoulaye Hady est revenu depuis quelques temps dans son pays pour participer à son développement. Aujourd’hui, il dirige  une nouvelle école qui ouvre à la prochaine rentrée. Dans cette interview, il nous parle des ambitions du personnel du complexe scolaire La Plume situé à Koloma-Soloprimo dans la banlieue de Conakry.

Laplumeplus.com : d’abord un bref aperçu sur votre parcours

Diallo Abdoulaye Hady : j’ai fini mes études universitaires à Sonfonia en 2009. J’ai soutenu sur un thème qui concerne la contribution d’IFES dans le processus de démocratisation de la Guinée de 1990 à 2010. J’ai eu mention excellent. On m’a proposé de rester au département d’histoire des relations internationales pour enseigner. Ce que j’ai accepté. J’ai été homologué de 2009 à 2012. J’étais chargé de cours en licence deux et assistant du chef de département Dr Mamadou Dian Chérif Diallo. Mes parents m’ont soutenu pour aller en Chine faire des études de langue chinoise. J’ai commencé à China university of petrolium à Qindao au sud de 2012 à 2013. Ensuite je suis allé à Canton Guangzhou à Guangdong university of foreign studies. C’est une université qui donne des cours dans des langues étrangères y compris la langue chinoise. J’ai continué sur place jusqu’en 2014 et j’ai eu un certificat de niveau 3, l’équivalent du TOEFL en langue chinoise. Après, je me suis aperçu que faire l’université en Chine me demande non seulement assez de temps, mais assez de moyens parce que pour que je puisse tenir un cours en chinois, il fallait encore deux autres années et en tout cinq ans pour que je puisse avoir un niveau me permettant de comprendre un cours en chinois à l’université. Du coup, j’ai postulé pour les universités européennes. Trois pays m’ont accepté notamment l’Université Libre de Bruxelles, l’Université de Genève et l’université Paris 4 La Sorbonne. Compte tenu de la renommée et le niveau des diplômes de La Sorbonne, je suis allé à Paris en 2014 pour faire un master en relations internationales. J’ai soutenu sur les sanctions internationales en Afrique. Entre 2015 et 2016 j’ai fais le master 2 toujours dans le même domaine cette fois-ci la contribution des embargos dans la résolution des crises en Afrique avec étude de trois cas : l’Angola, la Sierra-Leone et la Côte d’Ivoire. Là aussi j’ai soutenu avec mention.

J’ai fais des stages au niveau du HCR, haut commissariat des Nations-Unies aux refugiés à Charles De gaulle Etoile à Paris, à France-Télévision au niveau de la direction de communication, ensuite j’ai eu un CDD (contrat à durée déterminée) à l’ambassade du Koweït avant de décider finalement de revenir m’investir pleinement dans le domaine de l’éducation.

Présentez-nous maintenant votre école qui doit ouvrir en septembre prochain même si vous n’avez peut être pas d’effectifs en ce moment.

Heureusement, on commence à avoir de l’effectif. Celui que nous avons actuellement avec les inscriptions c’est le même que certains avaient à leur ouverture selon eux pour toute une année. On redouble d’effort encore pour essayer d’aller loin.

Alors, vous avez combien d’élèves en ce moment ?

Je préfère ne pas dire le chiffre pour ne pas effrayer ceux qui ne sont pas venus ou bien se réjouir et dire le travail est déjà fini.

Votre école sera-t-elle particulière parce que les établissements poussent un peu partout ?

Alors La Plume sera une école qui ne sera pas comme les autres.   C’est un établissement qui a un objectif, une vision. Notre vision n’est pas demain ni après demain. C’est une vision lointaine. En plus du personnel guinéen et étranger qualifié que nous avons, nous avons proposés l’enseignement du français, l’anglais, l’arabe. Nous avons aussi prévu  une bibliothèque moderne permettant de donner à tout un chacun  l’opportunité  d’avoir pendant son cycle tous les ouvrages qu’il faut pour bien assimiler les cours. Ensuite nous nous sommes dis que l’enseignement c’est à la fois la théorie et la pratique. Les deux sont intimement liées. Donc nous avons un laboratoire scientifique. Et en dehors de tout cela, nous avons un centre informatique dont les ordinateurs sont flambants neuf et en fonction de l’effectif de la classe 25 élèves 25 ordinateurs.

Ce qui est nouveau chez nous, à La Plume, les élèves commencent dès la première année l’informatique tout comme l’anglais parce que nous ne formons pas que des élèves. Nous formons à la fois des citoyens et des élites. L’élite, c’est celui là qui pourra à travers la formation acquise au niveau de La Plume, avoir une bonne formation, une opportunité d’insertion professionnelle, se servir et servir les autres. Pour le faire, il faut de nos jours, dans un monde purement concurrentiel, compétitif, maîtriser l’anglais et l’informatique pour réussir dans sa vie tant sur le plan personnel que professionnel. J’ai été témoin en Chine, aux Etats-Unis où j’ai été en vacance, au Canada, en France on n’en parle pas. Franchement, il faut se préparer à cette compétition qui  sera rude parce qu’il y a assez de demandeurs. Seul celui qui sera prêt à affronter cette concurrence pourra réussir.

Quelles sont les conditions pour accéder à votre établissement ?

Elles sont simples. D’abord, compte tenu de notre ambition de former l’élite ici,  tant les professeurs sont soumis à un teste de recrutement, tant les élèves aussi sont soumis à un teste d’accueil. Le teste est là pour poser un diagnostique au moment où l’élève entre au complexe scolaire La Plume. Nous devons savoir quelles sont les lacunes, les faiblesses s’il y en a de l’élève au moment où il vient chez nous. C’est une responsabilité pour nous de prendre l’avenir de toute la nation parce qu’un seul enfant ici peut conduire toute la nation. S’il n’est pas apte à rester dans sa classe, nous conseillons aux parents de le rétrograder. S’il y a entente entre nous, tant mieux, sinon en tout cas, pas de négociation même si le parent est prêt à payer toute la scolarité. Pour ce qui est des tarifs, ils sont disponibles sur notre page facebook complexe scolaire La Plume. Il faut aussi fournir quatre photos d’identité, une copie de l’extrait de naissance et 200.000 francs guinéens. Là nous préinscrivons l’enfant, sa place est réservée. Je rappelle que l’effectif est limité à 25 élèves par classe. Si l’enfant est retenu à l’issu du teste, le parent verse la scolarité.

Pourquoi avoir choisi le nom La Plume ?

Les écoles en Guinée sont généralement personnalisées. Complexe scolaire Elhadj, complexe Hadja…nous avons voulu nous démarquer. Pour toute personne qui connait l’importance de l’écriture, l’histoire de la plume, par rapport à la vision que nous avons dans cette école, nous pouvons prendre La Plume parce que tout part de là. L’écriture scientifique que nous avons aujourd’hui, part de cette plume. Pour nous c’est une suite logique. Nous commençons par elle pour évoluer.

Vous avez poursuivi les études hors de la Guinée, quel regard portez-vous sur le système éducatif guinéen ?

D’abord le discours selon lequel le système éducatif est mauvais, c’est faux. Il n’est pas du tout mauvais. C’est la façon d’appliquer qui est mauvaise. On ne s’attaque pas à la source du problème. Un élève qui a fait dix ans de scolarité, s’il écrit une phrase vous comptez combien de fautes ? Qui le forme ? C’est l’enseignant. Mais prenez l’enseignant lui-même, prenons ses conditions salariales. Il est payé à combien ? Est-ce que s’il est mal payé, il pourra bien faire un travail ?

Le ministère en charge de l’éducation, quels sont les dispositifs mis en place pour la formation des formateurs ? Interrogez les enseignants combien de fois ils ont reçu des formations leur permettant d’évoluer dans leur cursus professionnel. Des formations continues ne sont pas initiées. Vous prendrez le cahier d’un enseignant qu’il a utilisé en 1999, le même cahier de préparation est utilisé en 2018. Il n’y a pas d’évolution. Les mêmes méthodes continues. Les conditions ne sont pas créées pour que le système soit efficace. Tout le monde dit que ceux qui ont été formés sous le régime de Sékou Touré sont biens. Mais il y a eu un délaissement de la part des autorités à partir du deuxième régime. Mais qu’est-ce qui a fait cela ? Ceux qui sortent ici qui ont une bonne formation de base et qui partent à l’extérieur et qui participent à des compétitions avec les autres nationalités réussissent. Pourquoi pas ici ?

Ce n’est pas pour se leurrer, moi je n’ai jamais échoué depuis que je suis sorti ici. Je ne vais pas vous mentir. Mais là aussi il y a plusieurs paramètres. Si vous partez en France, vous n’avez pas assez de moyens pour vous consacrer aux études, vous êtes obligez d’aller faire un petit boulot car vous n’avez pas de quoi payer votre chambre, payer votre manger, les parents appellent de gauche à droite, vous n’allez pas réussir. Je sais que ce n’est pas seulement l’intelligence.

Moi je dirai que le système éducatif guinéen est bien. C’est la rigueur et le sérieux qui ne sont pas là. Je demande à tout un chacun de veiller à l’éducation des enfants. La formation ce n’est pas aussi aller simplement à l’école et revenir. Il y a plusieurs paramètres qu’il faut maitriser pour qu’un enfant se forme bien. Il a besoin d’une tranquillité, d’un cadre familial serein, d’un bon entretien à la maison. Si ce cadre familial est bien, il n’y a pas de petit souci au niveau du couple, il (l’enfant) dort bien (8h par jour), il mange bien, l’environnement avec ses copains dans le quartier, il pourra se former bien. L’autre environnement c’est celui de l’école.

Abordons maintenant le rôle de la diaspora dans le développement de nos Etats. Vous êtes revenu alors que d’autres préfèrent prolonger leur séjour surtout en occident en restant d’éternels étudiants. Quel conseil donnez-vous  à ceux qui pensent qu’il est impossible de réussir ici ?       

Chacun peut répondre à sa façon. Moi je dis qu’il n’y a pas meilleur que chez soi. J’ai commencé par la Chine, la France, Londres, les Etats-Unis, le Canada, je me sens à l’aise chez moi. Il n’est pas impossible de réussir chez soi, mais simplement il faut avoir un objectif et ne pas écouter ceux qui vont vous décourager. Quand j’ai pris la décision de revenir, ceux du pays m’ont toujours dit tu reviens faire quoi ? Et quand vous dites à vos amis qui sont en Europe ou ailleurs, ils vous encouragent, vas-y ! Ils vous disent c’est là-bas qu’il faut réussir. Vous voyez le paradoxe ! Ceux qui sont là parce qu’ils n’ont pas eu la chance de sortir estiment que la réussite c’est ailleurs. Ceux qui ont eu la chance de sortir et qui ont vu ailleurs ont compris que la réussite ce n’est pas parce que vous êtes en Guinée ou de l’autre côté. Ceux qui ont payé mes études en Chine sont des gens qui n’ont pas bougé de la Guinée. Là je regrette pour tous ceux qui périssent dans les eaux pour aller en Europe. Il n’ y a pas d’eldorado là-bas. Il n’est pas mauvais de sortir parce que vous aurez beaucoup d’opportunité, mais si vous sortez focalisez-vous sur un objectif. Faites bien vos études, fixez-vous des objectifs à atteindre, ne revenez jamais au pays sans objectif. Moi mon objectif a été clair, je reviens pour m’investir au niveau de l’éducation pour apportez mon expertise dans le domaine et être à l’aise parce que mon domaine de prédilection, c’est l’éducation, c’est la formation. Revenez au pays, ça va être très dur au début. N’écoutez pas les gens ! Fermez les oreilles et avancez, vous réussirez !

Merci de nous avoir reçus chez vous     

C’est à moi de vous remercier. J’appel tous les parents d’élèves de Conakry et d’ailleurs à venir visiter le complexe scolaire La Plume. Nous avons là une détermination sans faille de former ici une élite qui pourra devenir le porte flambeau de la Guinée et de toute l’Afrique.

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Baldé Abdoul  

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