Casimir Diaora secrétaire général du ministère de l’éducation nationale, sur la rentrée scolaire « la date du 15 septembre sera respectée..

0
70
OLYMPUS DIGITAL CAMERA

L’actuel secrétaire général du ministre guinéen de l’éducation nationale est un enseignant qui a longtemps évolué dans le syndicalisme. Dans cette interview à bâton rompu, Casimir Diaora revient sur son passé, balaie d’un revers de la main les informations faisant état de graves fraudes aux examens et met un point sur la prochaine rentrée. Lisez !

www.laplumeplus.com : vous êtes un ancien syndicaliste, mais pour nos lecteurs revenez sur votre parcours

Casimir Diaora : je suis professeur de lycée de formation. J’ai étudié à l’IPK, institut polytechnique de Kankan et à l’IP-GAN, institut polytechnique Gamal Abdel Nasser où j’ai terminé. J’enseigne depuis 1976 et j’ai été chef d’établissements. J’ai cumulé avec des fonctions syndicales de 1976 à maintenant. Je veux dire en 2016 cela me fait 40 ans d’expérience syndicale au cours des quels j’ai gravi tous les échelons pour arriver secrétaire général de la fédération syndicale professionnelle de l’éducation. J’ai été membre de la commission nationale de réflexion sur l’éducation. Je suis aussi membre du conseil économique et social avant d’être secrétaire général du ministère de l’enseignement pré-universitaire devenu ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation.

Vous avez été un syndicaliste engagé. On sait que la lutte n’a pas été facile mais qu’est-ce qui vous a marqué le plus ?

Ce qui m’a marqué, c’est qu’au niveau de ce combat, les syndicalistes ont participé à l’amélioration des conditions de vie et de travail dans une large mesure dans le pays. Alors j’ai été satisfait de cet apport mais qui a été surtout obtenu suite à des négociations. Par moment, c’est sûr, il y a eu des tensions qui ont soulevé des mouvements sociaux mais c’est généralement dans les négociations que l’on a pu obtenir les gains qui font aujourd’hui la fierté des travailleurs.

Ces derniers temps, on assiste à une division du syndicat de l’éducation. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Ma lecture peut être différente de celle que donneraient d’autres. Le mouvement social est un mouvement de discipline. Il respecte une certaine législation, non seulement les hiérarchies, mais aussi les périodiques. Nous avons des moments de congrès et c’est pendant ces congrès qu’il y a l’expression de la base pour choisir les éléments qui doivent conduire les structures. Alors cette expression de la base doit être reconnue par non seulement l’Etat, par le patronat et par les partenaires qui sont à l’intérieur du pays et à l’extérieur. De notre temps, cela a été.  Et vous vous souviendrez qu’en 2012 nous étions dans une grande bataille intra CNTG (confédération nationale des travailleurs de Guinée) mais elle a trouvé sa solution à l’intérieur de la CNTG. Tout dernièrement, nous avons vu une lutte intra USTG (union syndicale des travailleurs de Guinée). On souhaite que cette lutte trouve sa solution à l’intérieur parce que ce sont les règlements qui tranchent les conflits. On ne peut pas résoudre des conflits sociaux en dehors des règlements qui ont été mis en place surtout sur le plan social. La discipline et le respect des règles doivent être les premières armes de tous ceux qui se réclament syndicalistes. Donc il n’y a pas de différence entre les syndicats. Peut être il y a une différence entres des éléments qui perçoivent mal la réalité syndicale et d’autres qui respectent les réalités syndicales.

Venons-en aux examens nationaux. Un premier calendrier a été établi mais changé après. On sait que le ministre a été remplacé, mais vous les autres cadres vous êtes restés. Comment expliquez ce revirement ?

Revirement non ! Un ajustement bien sûr parce que l’année scolaire a été émaillée de troubles qui nous ont fait perdre à peu près deux mois.  Il fallait rattraper ces deux mois et malheureusement les troubles n’ont pas affecté toutes les parties du pays dans les mêmes dimensions. A Conakry, il y a eu des DCE (direction communale de l’éducation) dans lesquelles on n’a pas beaucoup travaillé et il fallait que le rattrapage soit pour tout le monde. Voila la raison pour laquelle après une évaluation, nous avons compris que certaines parties étaient légèrement en retard. Faudrait-il aller à des évaluations quand tout le monde n’a pas bouclé le programme ? Je crois que non !

Alors il fallait réajuster le programme pour que tout le monde arrive au moins à 97  ou 98%. Donc on a programmé une première fois, on a reprogrammé une deuxième fois. Ensuite la nécessité s’est imposée à nous, vu la saison. A l’intérieur, il avait commencé à pleuvoir. Il fallait  commencer les examens tôt, ne pas rentrer dans le mois de juillet parce que beaucoup de nos écoles ont une toiture défectueuse et ces écoles ont été élues en centres d’examen. Alors il fallait choisir le mois qui ne serait pas très pluvieux comme le mois de juillet pour que les examens se déroulent. Voilà pourquoi nous avons été forcés de reprogrammer sur onze jours partant du 20 au 30 juin le déroulement de tous les trois examens nationaux. Avec le soutien des élèves, des parents d’élèves, des enseignants et de l’administration scolaire, nous avons pu tenir ce pari.

Certains prétendent  que le gouvernement a voulu rapidement libérer les élèves pour augmenter le prix du carburant

Vous savez ici on aime conjecturer. Il est fort possible que le gouvernement fasse coïncider ses programmes avec les nôtres.  Quel est le rôle du gouvernement ? C’est de prendre la décision qui va éviter que les conflits s’enveniment. S’il nous a été demandé de passer les examens dans les meilleures conditions, nous avons pensés aux conditions météorologiques. Juillet n’est pas la bonne période. Nous nous sommes concentrés sur la fin du mois de juin. C’était très dur. Et si le gouvernement avait à augmenter le prix du pétrole à la pompe en juillet, nous, nous avions tout intérêt de finir en juin. L’augmentation du prix du pétrole nous concerne tous. Cela ne concerne pas que quelques uns. Les élèves sont concernés, nous les enseignants nous sommes concernés et le gouvernement est concerné.

L’organisation des examens de cette année a été critiquée. Par endroit, il a même été constaté lors du CEE le manque de cahiers de brouillon dans certains centres, des cartes d’identité mal faites et des délégués absents par endroit. Vous confirmez ?

Confirmez cela ? Je dirai une chose, des cahiers ont été commandés  suite à  l’attribution du marché de fournitures scolaires par les marchés publics et sont entrés ici. Mais le fait que la date des examens a été ramenée a pris de cours ces fournisseurs qui croyaient  pouvoir livrer à partir de fin juin seulement. Les cahiers sont rentrés à Conakry mais n’ont pu être distribués à l’intérieur du pays pour  l’examen de fin d’étude élémentaire. Alors pour que les enfants n’aillent pas en classe d’examen sans cahier de brouillon, il a été demandé aux parents de bien vouloir accepter de fournir à chacun des candidats un cahier de 100 pages. Maintenant, les lots de cahiers, c’est vérifiable sont arrivés. Que va-t-on faire ? On en décidera après.

Après, quand on parle de mauvaise préparation des examens, on aime beaucoup parler. Ces examens ont été préparés dans les conditions les plus mûries. Mais il est arrivé que nos prévisions en matière de financement n’aient pas été celles des dispositions qui ont été prises pour mettre de la liquidité dans nos comptes. Il y a eu des réductions suite à des contrôles de l’Etat. Ils ont trouvé que certaines dépenses n’étaient pas pertinentes. Ils les ont enlevés et on a fait avec ce qu’on avait. C’est sûr qu’il y a eu des manques par ci, des manques par là, mais on a pu trouver des solutions pour palier de sorte que les examens se sont passés sans dérapage. Alors, tous ceux qui peuvent parler de manquements, ils ne sauraient donner la preuve d’un seul élément qui ait été nuisible au déroulement et qui auraient provoqués des dérapages qui entachent la crédibilité des examens. Ils ne peuvent pas.  La gestion a été bien assurée.

Vous parlez de crédibilité des examens alors qu’un rapport de l’observatoire citoyen du système éducatif guinéen fait état de fraudes à grande échelle marquées par l’utilisation des téléphones portables. Il y a même des écoles qui sont citées. Je crois que vous avez même reçu le document. Là aussi, vous niez les faits?

Je n’ai pas à démentir quelque chose qui n’est pas vrai. Cet observatoire je l’ai reçu ici. Ils ont demandé à être impliqué pour avoir les cartes d’accréditation en vu d’accéder aux centres d’examen. Nous leur avons répondu que n’ayant pas collaboré longuement avec eux, ne connaissant pas leurs méthodes de travail, nous souhaiterions qu’ils nous accompagnent dès l’ouverture prochaine, qu’ils participent à tous les ateliers de l’organisation de l’ouverture, de l’organisation des examens. Mais cette année, ils peuvent tourner autour des établissements et nous rendre compte pour qu’ils soient des éléments d’alerte. A l’examen de fin d’étude élémentaire, ils nous ont dit qu’ils avaient 75 personnes déployées sur toute l’étendue du territoire national. Et leur président me relayait des informations que j’essayais de vérifier sur le terrain. A Kankan, on a vérifié une information et on a apporté directement des corrections. A Conakry ici ils ont parlé de Victor Hugo, des corrections ont été prises. Après, ils ont cité plusieurs centres où on les a fait accompagner par le DCE, ils n’ont pas trouvé la preuve. Et quelle est cette preuve ?  Ils disaient que les gens sortaient avec les cahiers de brouillon pour aller les remplir, traiter les sujets et le lendemain, ils rentraient en classe avec. Alors on a pris les dispositions pour que le président et le DCE de la juridiction en question puissent aller dans le centre. Ils n’ont vu aucun cahier avec deux sortes d’écritures,  c’est ce que j’avais demandé pour constituer l’élément de base de la preuve. Il y a une autre école où ils avaient dit que les gens sont entrain de faire ceci et cela, il n’y avait personne dans cette école.

Mais nous avons continué la collaboration avec eux parce que nous voulions que de la société civile viennent des acteurs qui observent et qui crédibilisent. Entre temps, un jour, je leur ai dit de passer ici pour prendre le prix du carburant ne serait-ce que pour rouler à moto. Quand ils ne m’ont pas trouvé et que je suis passé après eux, on m’a dit attention,  les gens qui te fréquentent là ont écrit quelque chose. Je dis d’accord, j’ai lu. Je les ai appelé, c’est vous qui avez dit qu’il faut invalider les examens? Je dis donnez moi les éléments qui vous permettent de demander d’invalider les examens. Eux-mêmes, ils ne sont pas crédibles parce qu’ils ont dit des milliers de faits et ils ne peuvent sortir aucune preuve. Je crois qu’ils sont téléguidés, je ne sais par qui et pourquoi ?

La fraude au téléphone dont ils parlent, je ne sais pas s’ils n’ont pas participé à cela. La fraude au téléphone pouvait être organisée en dehors des salles de classes. Les éléments qu’on a sortis ne montrent pas qu’on est dans une salle de classe. Mais si c’était une table d’examen on aurait vu un cahier ou quelque chose à côté.

Le fait de Sangaredi, lui, a permis non seulement de dépister les surveillants défaillants, mais aussi les candidats. Alors eux quand ils parlent, on serait bien heureux qu’ils nous donnent tous les éléments qui invalident les examens de cette année. A partir de ce moment nous verrons quelles mesures prendre. Mais si c’est pour se fonder sur des photos, la photo ne parle pas. Moi je ne rentre pas en conflit avec des gens qui ne peuvent pas apporter la preuve de leurs dires. J’ai peut être compris qu’ils voulaient pénétrer le système pour pouvoir le saboter de l’intérieur. Et comme ils n’ont pas pu, ils ont essayé de le faire de l’extérieur. Et Dieu merci, nous avons su prendre les dispositions à temps. La plupart du temps, c’était de la pure alerte.

Pourtant des candidats nous ont confirmé l’utilisation de téléphones dans les centres avec la complicité des surveillants. Donc pour vous, les examens de cette année sont propres ?                                 

Il n’y a dans aucun coin du monde où il y a des examens qui sont sans tentative de fraude, sans fraude. Cela est clair, des Etats-Unis à la France, à la Russie, la Guinée, l’Afrique. Ce sur quoi je persiste, il n’y a pas eu fuite.

Eux, ils ont parlé de fuite de l’épreuve d’ECM (éducation civique et morale) au brevet

Il n’y a pas eu de fuite. Aucune fuite ! Les épreuves sont lancées à 9h. Au moment où on les écrit ou dicte, pendant ce quart d’heure, s’il arrive que quelqu’un les capte et l’envoi à d’autres qui sont en examen avec leurs sujets, mais où est la fuite en ce moment ? La fuite est préméditée, elle est faite avant. Mais en cours, c’est la fraude. Nous-mêmes, nous avons arrêtés des gens qui fraudaient. Donc les tentatives ont été cassées. Et il arrive que certains fraudent sans être pris. On ne dira pas qu’il n’y a pas eu de complicité parce que nous avons mis des surveillants dehors et nous avons mis d’autres aux arrêts.

Il revient aux administrateurs, aux surveillants de réduire, de minimiser les cas de fraude. Le bon surveillant, c’est celui qui diminue les tentatives de fraude, ce n’est pas celui qui fraude.

Monsieur le ministre n’a pas cessé de proclamer la rigueur. On ne peut pas penser à des mesures palliatives en grossissant les résultats. Il n’y a pas de favoritisme.

La prochaine rentrée aura encore lieu le 15 septembre ?

Oui le 15. C’est pour cela que les examens ont été forcément tenus entre le 20 et le 30 juin parce qu’on ne veut pas rater la date du 15 septembre. Là, c’est une date qui est consacrée, que nous allons tenir. C’est sûr que ce sera samedi ou dimanche, il n’y a pas de problème. Une ouverture commence par une préparation. Donc la date sera respectée.

www.laplumeplus.com : merci bien

Casimir Diaora : je vous en prie !

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Partagez

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here