Q&R : Le Sénégal accueille une mission de la NASA

0
7

Lecture rapide

  • MU69, un objet de la ceinture de Kuiper, est la cible de la mission New Horizons de la NASA
  • L’observation au Sénégal aidera à planifier l’approche de la sonde New Horizons
  • Les scientifiques américains espèrent un impact sur la recherche astronomique locale

Par: Ben Deighton

Une mission de 40 scientifiques de la NASA se rendra au Sénégal début août pour aider à la planification de la dernière étape de la mission spatiale New Horizons, visant à observer les planètes lointaines. Selon David Baratoux, le président de l’Initiative africaine pour les sciences planétaires et spatiales, elle renforcera également les bases de la science dans le pays.

Après avoir dépassé Pluton en 2015, la sonde New Horizons de l’agence spatiale américaine se dirige maintenant vers un objet de la taille d’une petite ville, connue sous le nom de MU69. Dans cette perspective, une équipe de la NASA se rend au Sénégal pour profiter de l’opportunité d’une occultation stellaire – en astronomie, phénomène par lequel un astre est masqué totalement ou partiellement par un autre astre qui passe entre celui-ci et l’observateur – qui lui permettra d’observer le MU69 à l’aide de puissants télescopes.

En plus de fournir des données précieuses sur la forme du MU69, la mission vise à établir des liens entre les astronomes de la NASA et les scientifiques du Sénégal, selon David Baratoux, qui s’est entretenu avec SciDev.Net, en marge d’ESOF 2018 (EuroScience Open Forum) à Toulouse, la semaine dernière (7 juillet).

Quel impact cette mission aura-t-elle sur la recherche ?

C’est une véritable collaboration entre les gens de la NASA, un groupe de huit astronomes français soutenus par le

Centre National d’Etudes spatiales (CNES) et … 21 scientifiques sénégalais qui participeront à cette observation. Chacun de ces scientifiques sénégalais aura la chance de rejoindre les groupes de la NASA et de participer aux sessions de formation qui auront eu lieu avant les événements à proprement parler. Il y aura deux soirées dédiées à la formation, afin qu’ils aient une chance de savoir observer l’occultation, et de plus, ils établiront des liens très étroits avec des confrères de la NASA. Nous espérons donc à partir de cette coopération pouvoir établir une collaboration à long terme entre les scientifiques sénégalais et les astronomes de la NASA.

“Cela peut être un tournant décisif dans une vie, que de participer, en tant qu’adolescent ou enfant, à un tel événement.”

David Baratoux, IRD, France

Vous êtes basé à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), en France. Quel est votre rôle dans ce projet ?

Je suis actuellement président de l’

Initiative africaine pour les sciences planétaires et spatiales, lancée en 2017, à l’origine pour démontrer qu’il y avait une communauté assez grande en Afrique, désireuse de commencer des recherches, des projets d’enseignement supérieur en astronomie et en sciences spatiales et planétaires. Nous voulions également démontrer qu’il existe un soutien international à cette idée [de promouvoir les sciences spatiales en Afrique], ce qui signifie qu’il y avait suffisamment de scientifiques dans le monde prêts à construire de nouveaux partenariats avec des collègues africains. Voilà où nous en sommes maintenant. Nous avons fait cette démonstration [du soutien aux sciences spatiales en Afrique ; nous avons plus de 20 organisations institutionnelles africaines qui ont approuvé l’initiative ; nous avons plus de 350 scientifiques individuels qui ont également approuvé cette initiative, la moitié d’entre eux venant du continent africain. Et nous organiserons un ou deux ateliers avant la fin de l’année, pour aider à définir la stratégie scientifique pour le développement de l’astronomie et des sciences spatiales et planétaires en Afrique.

À quoi ressemblera cette stratégie ?

La stratégie pour les sciences planétaires et spatiales en Afrique dépendra, bien sûr, des pays. Ce que nous aimerions voir, ce sont des projets basés sur l’expertise locale, les compétences, les installations locales. Par exemple, au Maroc, vous avez l’un des observatoires astronomiques les plus avancés du continent, à l’exclusion de l’Afrique du Sud. Donc, dans ce cas particulier, les astronomes marocains peuvent réfléchir à ce qu’ils aimeraient développer, en termes de recherche, avec ce qu’ils ont. Dans d’autres pays, ils ont des cratères d’impacts [Un cratère d’impact est la dépression de forme plus ou moins circulaire issue de la collision d’un objet sur un autre de taille suffisamment grande pour qu’il ne soit pas complètement détruit par l’impact, NDLR] potentiels, des météorites … D’autres pays pourraient vouloir accéder aux données de la NASA à partir de l’exploration du système solaire. Ils peuvent simplement utiliser leurs connexions Internet et ils sont qualifiés en géophysique, en télédétection, pour travailler sur ces données. Cela dépend donc vraiment de l’expertise locale. Nous espérons voir ce que les gens veulent faire et le faire correspondre avec des experts du monde entier.

Quel est le calendrier exact de l’occultation ?

L’occultation aura lieu dans la nuit du 3 août au 4 août. Elle se produira tôt le matin, avant le lever du soleil. Il y aura une éclipse lunaire juste une semaine avant, le 27 juillet, et certains scientifiques français et de la NASA seront déjà là pour la sensibilisation du public, profitant de cette éclipse lunaire. Il y aura des conférences et des événements liés à l’occultation.

D’où viendront les 21 télescopes ?

Environ cinq tonnes d’équipement sont en train d’être acheminées vers le Sénégal. Certains de ces équipements sont déjà arrivés, et d’autres seront en route cette semaine. Nous aurons donc 21 télescopes, plus des caméras, plus quelques équipements autour de ces télescopes. Nous utiliserons également 21 voitures pour disperser les télescopes à différents points d’observation. L’idée est de trouver le meilleur endroit pour observer, peut-être juste 24 heures avant l’occultation, parce que nous devons faire face à la météo. Au Sénégal, le mois d’août marque le début de la saison des pluies, donc ce sera un énorme souci de s’assurer d’avoir un ciel dégagé pour mener les observations. Nous comptons donc sur les prévisions météorologiques de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM) et nous nous assurons de sélectionner les 21 sites à la toute dernière minute pour déployer les télescopes.

Que se passera-t-il, une fois que ces observations auront eu lieu ?

Ce que j’espère, c’est que, comme nous avons [maintenant] un premier étudiant en doctorat en astronomie au Sénégal, [peut-être] qu’il y en aura d’autres. En ce moment, si vous voulez faire un doctorat en astronomie au Sénégal, il est difficile de trouver une supervision, donc la façon la plus simple de commencer quelque chose dans la recherche en astronomie est d’organiser une co-supervision des étudiants, ce qui implique une collaboration étrangère. En établissant de tels types de collaboration, nous aimerions offrir plus d’opportunités d’avoir d’autres étudiants doctorants en astronomie. Cela doit être fait, bien sûr, en coordination avec les projets du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) du Sénégal.

Quelles seront les retombées du passage des scientifiques ?

Les 21 groupes d’astronomes qui seront dispersés dans tout le pays iront dans de petits villages [avec] des gens autour d’eux. Ce sera peut-être la première fois pour les enfants de voir des télescopes. Ils viendront et ils pourront partager, discuter avec les scientifiques. Ce que j’aime avec mes collègues américains, c’est qu’ils viennent vraiment dans l’esprit d’avoir un impact sur la science au Sénégal. Ils ne veulent pas simplement venir, faire de l’observation et repartir. Ils sont vraiment désireux de participer au développement de l’astronomie au Sénégal et ils sont prêts à partager cette expérience avec les gens. Cela peut être un tournant décisif dans une vie, que de participer, en tant qu’adolescent ou enfant, à un tel événement. Nous espérons donc que quelques enfants, voire quelques dizaines d’enfants décideront peut-être de devenir des scientifiques après cet événement.

Source: scidev.net/afrique-sub-saharienne

Partagez

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here