L’objectif de ce travail est de passer en revue les défis majeurs du système éducatif national. L’essentiel des statistiques utilisés dans cette analyse proviennent essentiellement du rapport d’Etat sur le système éducatif national en mai 2018. D’autres données recueillies au sein des Ministères de l’Education Nationale et du Plan ont été également utilisées pour les besoins de comparaison.

D’entrée de jeu, il faut rappeler que le système éducatif guinéen est malade. Les maux qui le gangrènent sont aujourd’hui innombrables et concourent tous à sa détérioration progressive et profonde. Pourtant, Blaise Pascal Talla, célèbre journaliste de Jeune Afrique affirmait que « l’éducation est la clef du développement et le seul vrai remède contre la pauvreté ». Dans la même lancée, un autre penseur affirme « Tant vaut l’école, tant vaut la nation ».

Ces citations relancent à notre entendement le débat sur le système éducatif guinéen qui de nos jours demeure relégué au dernier plan par nos autorités. La preuve est que le taux d’alphabétisation se situe en moyenne autour de 40%. Ceci laisse entendre que le défi d’améliorer le système éducatif devrait être une préoccupation majeure de pouvoirs publics.

Toutefois, il convient de souligner une quasi-inexistence et∕ ou absence notoire de l’Etat guinéen au niveau du préscolaire. De nos jours peu d’écoles maternelles privées jouent pleinement leur rôle. Malgré les efforts fournis par ces écoles privées, bon nombre d’élèves arrivent à l’élémentaire avec un faible niveau. Ce n’est pas pour rien si les élèves d’aujourd’hui ont du mal à lire, écrire et compter en français.

Nonobstant, l’offre scolaire reste concentrée principalement dans 3 régions du pays que sont : Conakry 46%, Kindia 15% et N’Zérékoré 14%, soit un total de 75%. Ce qui veut dire que les autres régions du pays se partagent les 25% restants. Cette situation est à notre sens non seulement déplorable mais aussi et surtout inacceptable. 71% des écoles primaires sont situées en milieu rural contre 35 % d’établissement du secondaire. Ce qui constitue une source potentielle d’abandon des enfants en milieu rural à la fin de leur cycle primaire car, ils parcourent des kilomètres pour suivre les cours.

S’agissant de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, l’action de l’Etat reste et demeure encore très faible dans cet autre secteur. 80% des programmes enseignés ne sont pas en adéquation avec les besoins des entreprises. C’est ce qui d’ailleurs, explique le manque d’opportunités de stage et de formation continue des enseignants, de partenariat avec des entreprises…

Concernant le supérieur 61% des diplômés de l’enseignement supérieur contre 39% de ceux de l’enseignement technique et professionnel ne trouvent pas d’emploi. Cette situation s’explique en grande partie par l’insuffisance des ressources financières allouées au système éducatif.

De plus, la décision de nos autorités d’entrer dans le système LMD sans qu’aucune étude ne soit effectuée au préalable sur les tenants et aboutissants d’une telle mesure pose de nos jours problème. Force est de reconnaitre que dans ce système, centré essentiellement autour de la recherche, l’accès à la documentation de qualité est un défi majeur de la plupart de nos universités publiques et privées. C’est ce qui d’ailleurs complique la tâche des étudiants sur les travaux d’exposés mais aussi celles des profs pour les recherches. De plus, les livres coûtent très chers aux yeux des étudiants et enseignants.

Ce sujet reste entier et mérite d’être débattu par tous les guinéens. Notre rôle en notre qualité d’Economiste, enseignant chercheur est de faire un exposé succinct de la situation et, suivant notre niveau d’information afin, d’éclairer la lanterne des décideurs politiques et l’opinion publique sur les véritables enjeux des réformes à entreprendre dans ce secteur délaissé.

Pour remédier aux maux dont souffre notre système éducatif, nous proposons comme tout autre citoyen soucieux de l’avenir de notre pays, les solutions suivantes : i) réviser les textes régissant le système éducatif guinéen; ii) mettre en place un dispositif d’éducation gratuite et obligatoire pour les enfants de 4 à 18 ans ; iii) réduire progressivement la dualité existante sur l’offre scolaire ; iv) procéder à la formation des formateurs en vue de mettre fin à la corruption en milieu scolaire et universitaire ; v) Multiplier les centres de formation technique et professionnel ; vi) réserver à l’Etat le monopole de certaines formations (mines, environnement, Ingénierie, santé…) ; vii) renforcer la législation de l’enseignement privé en vue de diminuer systématiquement le nombre d’Universités privées en Guinée ; viii) mettre en place des bibliothèques et centres de lecture multiformes ; ix) créer un cadre national de certification et de valorisation des diplômes ; x) améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants ; xi) augmenter le budget alloué à l’éducation nationale ; xii) planifier et mettre en œuvre des plans de développement pluriannuels du secteur éducatif guinéen ; xiii) mettre en place un institut national chargé de la publication des statistiques fiables sur l’éducation : taux brut de scolarisation; taux d’achèvement cycle primaire et éducation de base ; taux de réussite aux examens nationaux et classe supérieure; ratio élèves/maître, élèves/classe, élève/manuels…

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Mamadou Safayiou DIALLO

Economiste, Enseignant-Chercheur, membre du CRED

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