Rentrée scolaire : zéro élève au lycée de Kipé

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Au lendemain de la fête de l’indépendance, élèves et enseignants guinéens devaient reprendre le chemin de l’école. Mais si les hommes de craie ont effectué le déplacement, les apprenants continuent pour l’instant les vacances. Au lycée de Kipé, ce matin, il  n’y avait aucune trace d’élèves.

Dans la cour de cet établissement de la banlieue, des troncs de manguiers, des matériaux de construction…jonchent le sol. Le spectacle est désolant pour une école qui grouille souvent de monde. Cette réalité s’explique par les travaux entrepris par le service national des infrastructures scolaires et équipements. Les fenêtres métalliques ont été remplacées, une nouvelle couche de peinture prend forme, les toilettes ont reçu des équipements. Bref, l’école a une nouvelle peau.

Une vue des toilettes du lycée de Kipé

Les enseignants et responsables du lycée de Kipé se donnent rendez-vous dans la cour. A côté, une présence remarquable, celle de madame Traoré Aissata Camara conseillère du ministre de l’éducation nationale.  Interpellée sur cette rentrée scolaire sans élèves, elle tente de se justifier : « Les conditions minimales sont crées pour que l’école fonctionne. Les élèves par endroit sont venus à petit nombre mais tous les enseignants qui sont programmés aujourd’hui étaient là. Même s’il y a quatre ou cinq élèves par classe, l’enseignant dispense son cours. »

Le bloc B du lycée de Kipé

Le principal syndicat de l’éducation, le SLECG a appelé à boycotter les cours en attendant une forte augmentation des salaires des enseignants. Difficile donc de dire que c’est cet appel qui a été entendu car les enseignants sont venus, mais les élèves ont brillé par leur absence. Là, également, la conseillère du ministre se veut optimiste: « les négociations sont en cours. Elles ne sont pas bloquées par le gouvernement. Les détails c’est d’autres collègues qui sont dans les négociations qui peuvent vous parler des résultats. Tout ce que le SLECG a réclamé est pris en compte mêmes les salaires des enseignants qui sont suspendus. Beaucoup sont dedans, les ministres, les secrétaires généraux, les conseillers, les directeurs d’écoles…c’est des erreurs et des dispositions sont prisent pour les payer au billetage parce que la procédure de virement peut prendre du temps. Après le contrôle, les virements vont reprendre. En ce qui concerne les 8 millions, je n’ai aucune compétence en la matière », ajoute la dame de fer.

A la dernière minute, les autorités ont décidé de rénover les écoles publiques en souffrance. Les travaux avancent, mais recevoir des élèves et enseignants en ce moment pourrait s’avérer compliquer. Pourtant, ce n’est pas l’avis de madame Traoré: « c’est des infrastructures qui peuvent accueillir les élèves. Les petits travaux peuvent continuer dans les après-midis quand les élèves auront quitté. Ici, c’est la cour qu’ils sont entrain d’embellir. Les élèves peuvent être en classe. L’acquisition des moyens est une question de procédure. On ne peut pas dire à un entrepreneur, vient te mettre sur un chantier quand on ne sait pas si son contrat est signé, quand on n’a pas d’idée sur la disponibilité des moyens financiers. »

Le proviseur du lycée partage le même avis. Pour Elhadj Amara Balato Keïta, les cours peuvent bien démarrer : «  la rénovation ne va aucunement empiéter sur la venue des élèves. Les travaux avancent et il est demandé à l’entreprise d’arrêter jusqu’aux petits congés. Beaucoup de réalisations seront faites, il n’y a pas que la peinture. C’est une modernisation des écoles AFRICOF. »

Elhadj Keïta reconnait sans ambages que les élèves ne sont pas venus, aucun d’ailleurs. C’est pour cette raison qu’il a exhorté les parents à permettre aux enfants de rallier les écoles sans crainte.

Amara Balato a longtemps milité dans le syndicalisme et a dirigé la FSPE, fédération syndicale professionnelle de l’éducation. Il a fini par jeter l’éponge face aux multiples problèmes qui assaillent le secteur : « tout ce qui concerne le syndicat, Balato coupe sa langue. Etant un démissionnaire du syndicat de l’éducation guinéenne,  je me mets à l’écart désormais. »

Il conclu par ces termes, j’ai compris que ce n’est plus le syndicat que Balato a connu. Je me suis retiré pour des raisons propres à moi.

Chez les enseignants, ceux qui se sont exprimés sous l’anonymat regrettent le blocage du salaire de certains de leurs amis et ce qu’ils appellent les manœuvres des autorités visant à diviser le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée.

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

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