Aboubacar Sidiki Kourouma président de l’association des étudiants guinéens au Ghana (AEGG): « Le grand problème que les étudiants guinéens rencontrent au Ghana, c’est le logement. »

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De plus en plus de jeunes francophones sont attirés par le Ghana. Ils vont sur place pour apprendre surtout la langue anglaise et profiter des nombreux avantages qu’offre ce pays. Tout n’est pas rose sur place, mais pour le président des étudiants guinéens au Ghana, il y a lieu de tenter l’aventure.  

www.laplumeplus.com : comment vous vous êtes retrouvés au Ghana ?

Aboubacar Sidiki Kourouma : j’ai été au Ghana pour la première fois en 2013. J’ai fais un an six mois d’étude de langue anglaise. J’ai aussi fait d’autres formations professionnelles. Après cela je suis revenu au pays et en 2016 je suis reparti au Ghana. C’est en 2014 que j’ai intégré l’association des étudiants guinéens au Ghana et je jouais au compte de l’équipe de football de la structure. En 2016 je suis devenu le secrétaire à l’éducation dans l’équipe du président Junior. Sous monsieur Ibrahima Kaba, j’ai occupé le poste de conseiller à l’éducation. Finalement j’ai décidé de me présenter aux dernières élections et j’ai été élu le 23 septembre 2018 président de l’association. Je suis également enseignant dans une école de langue anglaise dirigée par monsieur Camara un guinéen. Moi j’ai appris l’anglais sur place et je voudrai ainsi aider mes compatriotes. J’ai aussi développé un outil linguistique qui est un livre de prononciation intitulé ‘’It’s all about pronunciation’’. Je l’ai mis à la disposition des étudiants guinéens. Le livre en question a été publié en mai 2018. Il est aujourd’hui utilisé dans trois écoles qui ont bien aimé le contenu.

Étiez-vous étudiant en Guinée avant d’aller au Ghana ?

J’ai fait l’université Kofi Annan de Guinée où j’ai fait ma licence et le master 1. C’est en 2013 que j’ai fini et quatre mois après j’ai été au Ghana.

Quelle étude faites-vous au Ghana et dans quelle université ?

Je n’ai pas encore fait l’université. Je dois faire mon master. J’ai plutôt intégré les formations professionnelles c’est-à-dire des cours beaucoup plus techniques. J’ai fait l’institut Sakacom, l’institut BT Institute (BARRYTRAUM GROUP INTERNATIONAL) avec des cours de comptabilité, d’informatique, de santé-sécurité.

Comment se compose l’association des étudiants guinéens au Ghana ?

Elle a été créée dans un cadre socio-éducatif pour l’étudiant guinéen. C’est-à-dire lorsque l’étudiant guinéen vient au Ghana, l’association a un devoir envers lui. On l’accueil, on l’intègre et on l’oriente dans les écoles professionnelles et universités. Lorsque tout cela est fait, forcément dans toute société il y a des problèmes. Si cela arrive, il est de notre devoir d’assister tout étudiant qui se retrouve dans des difficultés. L’association organise des activités socio-éducatives et culturelles pour ses membres. Pour être membre, il faut remplir certains critères : payer les droits d’adhésion à hauteur de 10 Ghana et après vous avez une carte de membre. Nous avons quatre organes dans l’association que sont : l’assemblée générale, le bureau exécutif qui est composé d’un président, d’un vice-président, d’un secrétaire, d’une trésorière, des secrétariats à l’éducation, à la culture, à la planification, aux affaires extérieures plus une commission juridique.  Mais il ne suffi pas d’être simple membre, il faut être actif.  Je précise que le président n’a qu’un seul mandat d’une année non renouvelable. A la fin du mandat, il met en place une commission électorale autonome sur place avec laquelle il organise les élections.

Alors combien de membres vous avez actuellement ?

Il est un peu difficile de chiffrer. Si je me réfère aux élections de 2017, il y a eu pratiquement 800 votants. Le plus souvent, ils ne sont pas enregistrés. Par expérience, nous pouvons dire qu’il y a des milliers d’étudiants guinéens au Ghana.

Des activités, vous en organisez souvent ?

Je n’ai pas d’abord pris fonction. Mais bien avant, nous avons organisés plusieurs activités comme des séminaires, des ateliers de formation pour les étudiants guinéens pour mieux les outiller dans l’apprentissage de la langue anglaise. Nous organisons des cours d’appui gratuits les week-ends. Par ailleurs, nous avons une semaine culturelle qui se décompose en journée culturelle, scientifique et sportive. Le plus souvent nous mettons en valeur la culture guinéenne en représentant les quatre régions. A l’occasion, nous invitons nos amis étudiants des autres pays francophones. Il nous arrive aussi d’organiser des excursions sur des plages et sites touristiques mais également de visiter le musée Kwame Nkrumah. Vous vous rendez compte des liens historiques entre la Guinée et le Ghana à travers les relations entre les présidents Sékou Touré et Kwame Nkrumah. On se retrouve parfois dans les boites de nuit  pour nous divertir. Le sport aussi occupe une place importante dans notre association. Nous avons une équipe qu’on appelle le Sily. Les fêtes comme le ramadan et pâques  sont en outre des moments de joie pour nous.

Quelles sont vos relations avec à la fois les autorités guinéennes de l’ambassade et celles du Ghana ?

Nous avons de bonnes relations avec l’ambassade à travers l’ambassadeur de Guinée au Ghana et au Togo Monsieur Kaba Arafan Kabinet. Lorsque nous avons des activités, il est toujours présent à nos côtés. Quand l’ambassade aussi a des activités, tous les guinéens sont invités. Lorsque les étudiants ont des problèmes que l’association ne peut pas gérer, nous contactons directement l’ambassade. Nous proposons des solutions ensemble et nous les résolvons. Il y a eu des étudiants dont les parents se plaignaient en raison de leur absence dans les écoles, l’ambassadeur en personne a facilité le retour de ces étudiants. Il y a des filles qui se livrent à d’autres pratiques dès qu’il est informé, il prend des mesures.

Avec les autorités ghanéennes, ça va aussi. Quand on arrive ici, il faut un permis de séjour. Au-delà de trois mois, il faut trouver le document. Une fois arrivé à l’aéroport, on vous informe que vous avez 90 jours pour rester librement sur leur territoire. Si vous passez par la frontière terrestre, vous avez 60 jours. Vous devez vous adresser à votre école pour qu’on vous délivre un document qui atteste que vous êtes étudiant guinéen au Ghana c’est ce qui vous permet d’aller au bureau de l’immigration qui vous fait le permis de séjour. Le document a une durée d’une année. Je conseille aux étudiants de se munir de ce document car les autorités ghanéennes sont strictes.

Il semble que lors d’une de ses visites au Ghana, le président Alpha Condé avait donné de l’argent aux guinéens y compris vous les étudiants. Mais, nous avons appris qu’il y a eu des bruits après. Confirmez-vous cela ?

Vous connaissez la mentalité de l’étudiant. Pour moi cet argent aurait dû servi à tous les guinéens de façon équitable si tout le monde avait réfléchi dans le même sens. Personne n’est boursier de l’Etat. Junior Kéita, le président des étudiants avait voulu que la somme soit utilisée dans le cadre de l’éducation en négociant des bourses avec certaines écoles sans que l’argent ne soit partagé. Lorsque vous partagez par exemple 30.000 euros à plus de mille étudiants, vous voyez ce que ça va donner. Malheureusement, certains n’étaient pas pour. Ils voulaient leur argent, donc quand le partage a été fait, c’est ce qui a provoqué le bruit.

Est-il facile d’étudier au Ghana ?

Oui je dirai que c’est facile à partir du moment où on ne rencontre pas de problèmes avec les autorités. La police ne vous arrête pas pour savoir si vous êtes ghanéen ou guinéen. Il faut cependant signaler que la vie est un peu chère au Ghana et c’est normal c’est un pays en avance. Concernant les écoles, toutes les conditions sont réunies pour étudier au Ghana.

Et le coût des études

Le coût des études n’est pas aussi cher c’est seulement quand on passe à l’université pour le master, c’est ce qui est élevé. Les écoles professionnelles sont vraiment abordables. La plupart des guinéens font l’enseignement professionnel car ils viennent au Ghana après leurs études universitaires. Ils font des formations de six mois à un an. C’est les congolais et les gabonais, qui viennent juste après le bac. Le master dans la meilleure université ghanéenne, si je ne me trompe, c’est de 9000 à 10.000 dollars. Dans le professionnel, vous pouvez vous retrouver avec 800 à 900 Ghana. 1 Ghana est égal à 2500 francs guinéens et 900 Ghana c’est 200 dollars.

Comment trouvez-vous le manger et le logement ?

Le manger est abordable à moins qu’on ne cherche le manger guinéen. Il est rare de trouver tout ce qui concerne la Guinée. Lorsque vous mangez local, vous dépensez moins. Le grand problème que les étudiants rencontrent au Ghana, c’est le logement. D’abord, il est difficile à avoir et il est un peu coûteux. Souvent on fait payer trois, six mois ou une année aux étudiants ce qui est contraire à la loi. On vous fait payer la chambre parfois à 350 ou 400 Ghana c’est entre 80 à 90 dollars le mois.

Y a-t-il des dortoirs dans les universités ?

Bien sûr il y a des dortoirs dans les universités.

Pourquoi étudier au Ghana selon vous ?

L’expérience ghanéenne est un plus pour nous étudiants. Lorsque vous voyez la façon dont les jeunes de ce pays font entrepreneuriat, leur vision des choses, tout cela fait la différence. Un ghanéen à un certain âge, il se dit qu’il doit quitter la famille. Il ne doit pas être un fardeau pour les parents. Il quitte pour aller entreprendre. C’est déjà un avantage, ils ont cet esprit. Lorsque vous prenez nous les francophones, nous aimons beaucoup la bureaucratie. C’est-à-dire nous pensons que c’est toujours l’Etat qui doit faire quelque chose pour nous. Chez eux, c’est entrepreneuriat qui est le plus développée. Concernant leur façon de percevoir leur Etat, ils sont moins critiques. Ils se disent que leur rôle c’est pendant les élections. Il est difficile de voir les jeunes ghanéens qui se réunissent pour parler de politique. Moi c’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. En plus au Ghana, les lois sont respectées c’est le cas des feux de signalisation dans la circulation. Quand je prends la Côte-d’Ivoire où j’ai séjourné souvent, les feux existent mais ne sont pas respectés. Au Ghana, vous pouvez être avec taximan à 2h du matin, même s’il n’y a pas personne, quand le feu est en marche, il s’arrête.

La loi est appliquée sur tout le monde qu’on soit ghanéen ou étranger. C’est ce qui n’existe pas chez nous aujourd’hui. L’impunité règne. Lorsque Rawlings était au pouvoir, il a commencé par son frère. Cela donne l’exemple aux autres. On dit que Conakry est sale, pour  moi tout le monde est responsable. Au Ghana, il est interdit de jeter les ordures dans la rue. Le plus souvent lorsque les francophones violent cette loi, les ghanéens leur font comprendre qu’on ne jette pas les ordures dans la rue. Ils les ramassent. Ils ne le font pas avec la violence, ils comprennent que vous êtes nouveaux. C’est la valeur ajoutée en étudiant au Ghana, nous apprenons beaucoup.

Il ne me reste plus qu’à vous dire merci

Merci j’espère que votre site connaîtra une réussite dans le futur. Je vous souhaite plein succès.

Contacts : +233 27 04 82 037 boubes22@gmail.com

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow      

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