Violences sur l’axe Hamdallaye-Cimenterie : comment s’y prendre ?

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Depuis plus de deux décennies, la commune de Ratoma et une partie de Dubréka, précisément l’axe Hamdallaye-Bambéto-Cosa-Wanindara-Sonfonia-Cimenterie, est le théâtre de nombreuses violences sociopolitiques aux conséquences désastreuses (pertes en vie humaine, importants dégâts matériels,…). Des violences qui ont parfois tendance à affecter négativement la paix et la cohésion sociale sur l’ensemble du territoire national.

-Comment sommes-nous arrivés là ?

-Comment y remédier ?

Voilà entre autres des questions qui mériteraient une profonde réflexion.

En effet, il faut tout d’abord souligner qu’on ne nait pas violent, on le devient. Karl MARX, un des célèbres pères fondateurs de la sociologie disait : « ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » Ce qui revient à dire que l’individu n’est que le produit de son environnement social.

Pour revenir à notre sujet (violences sur l’axe) et, pour  tenter de répondre à la première question, nous dirons que les responsabilités sont partagées entre les gouvernants, les hommes politiques, les familles et la société dans sa globalité.

-Les gouvernants : quelques faits sont illustratifs tels : le déguerpissement forcé et violent  des habitants de Kaporo-rails sans aucune mesure d’accompagnement en 1998, la répression dans le sang des manifestations sociopolitiques depuis 2010 a causé la mort de plus de 100 personnes sur l’axe, la banalisation des cas de morts par le pouvoir, l’inactivité de la justice, l’insuffisance d’infrastructures socio-éducatives (écoles publiques, aires de jeu,…), le chômage,…

-Les politiques : les leaders politiques, pour la plus part, se cachent derrière leurs communautés respectives pour clamer tel ou tel fait, se faire passer comme étant victimes d’un régime d’une autre communauté. Ils avancent des propos incendiaires, sans faire de l’éducation à la citoyenneté une priorité quelconque.

-Les familles : L’éducation, surtout inconsciente, transmise aux jeunes est génératrice de comportements violents et de repli identitaire. Dans beaucoup de familles, les adultes évoquent à longueur de journée des cas d’injustices subis et l’exclusion sociale. Les enfants grandissent en voyant leurs frères jeter des cailloux, pourchassés et molestés par les forces de l’ordre et de sécurité, blessés ou tués par balle,…Ils grandissent avec un sentiment de haine et un esprit de vengeance contre l’Etat et les autres communautés. Sans oublier la perte progressive de l’autorité parentale.

-La société : la société guinéenne est caractérisée par l’exclusion sociale. C’est une société où on pense que d’autres ne sont pas guinéens mais des « étrangers ». Cette pensée collective, source d’exclusion, est transmise de génération en génération. L’ « étranger » est comme « un inconnu » auquel on se méfie surtout quand il s’agit de questions d’enjeu national, régional ou préfectoral. Le cas d’Abdoulaye BAH, ancien président de la délégation spéciale de Kindia est très évocateur. Les mosquées, cafés et autres lieux publics sont devenus des lieux de promotion de la haine, du rejet de l’autre, bref de l’ethnocentrisme.

-La déliquescence de l’école : L’école où les enfants passent une grande partie de leur temps, ne joue plus pleinement son rôle d’institution éducatrice. Les formateurs ne semblent pas être préparés pour cela. On se contente de faire réciter aux enfants leurs leçons sans leur inculquer l’esprit patriotique, l’amour du prochain, les valeurs de paix, d’unité nationale et de citoyenneté.

Comment pourrons-nous remédier à cet état de fait ?

Parmi les solutions envisageables, nous pouvons citer :

-Des études sociologiques commanditées par les ministères de la sécurité, de l’administration du territoire et de l’unité nationale sur des problématiques comme : la violence sur l’axe et le vivre ensemble en Guinée ;

-Des campagnes de sensibilisation sur la paix, l’unité et le civisme sur l’ensemble du territoire national par les organisations de la société civile ;

-l’enseignement et la promotion de la citoyenneté, du civisme, du vivre ensemble, du patriotisme et de l’unité nationale en milieux scolaire et universitaire ;

-la lutte contre le chômage et la précarité ;

-le renforcement du dispositif sécuritaire ;

-la construction d’écoles publiques et la maitrise de l’abandon scolaire par la promotion de l’enseignement technique et la formation professionnelle,…

En épilogue, nous n’estimons aucunement que les causes ou les solutions évoquées au long de cette analyse soient exhaustives ou incontestables. Loin s’en faut ! Cette analyse est plutôt le fruit d’une observation objective et d’une analyse personnelle qui mérite d’être approfondie à travers des études sociologues de grande envergure afin de remédier aux violences terrorisantes sur « l’axe ».

Les autorités administratives s’en serviront-ils comme approche de lutte contre la violence ?

La question reste posée !

Aboubacar Mandela CAMARA, sociologue/enseignant-chercheur/consultant en éducation. Tél : 628 13 36 09/Email : aboucamus86@yahoo.fr

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