Grève des enseignants guinéens: Les erreurs à éviter

0
285

Le déclanchement de la « grève générale et illimitée » par le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) le 03 octobre dernier, date officielle de l’ouverture des classes a sans doute paralysé l’école guinéenne. Les positions se radicalisent tant bien du côté du syndicat que du côté gouvernemental. Les négociations restent moins rassurantes.

Quoi qu’il en soit, on parviendra à un compromis ou, tout au moins, la crise prendra fin. L’idéal c’est que toutes les parties prenantes s’en sortent satisfaites dans l’intérêt supérieur de la nation guinéenne toute entière.

Je souhaiterais, à travers ces quelques lignes, alerter les uns et les autres sur les éventuelles erreurs à éviter dans le cadre de cette crise persistance dans le secteur de l’éducation. Ces erreurs pourraient venir tant bien du côté du syndicat que du côté du gouvernement.

 

-Côté Syndicat, il faudrait éviter les erreurs ci-après :

  1. Parler uniquement d’argent : Dans une de mes analyses, publiée en 2017, j’ai souligné que l’amélioration des conditions de vie des enseignants ne dépend pas uniquement de l’augmentation salariale. Bien d’autres solutions sont à envisager telles : la mise à disposition de bus scolaires et universitaires, la construction de logements sociaux, la subvention alimentaire, les allocations familiales, l’octroi de microcrédits,…

L’avenir nous édifiera davantage, mais, je reste convaincu qu’une simple augmentation salariale, même à 5.000.000 GNF ne sortirait pas les enseignants de la précarité. Cela ne signifie aucunement que le gouvernement ne doit pas penser à augmenter le salaire des enseignants. Nous savons tous que le salaire est un facteur majeur de satisfaction et de motivation du travailleur.

 

  1. Refuser d’aller en classe : Le refus de travailler pour manifester son insatisfaction est une des multiples formes de grève qu’un travailleur peut user afin de mettre la pression sur l’employeur. Loin de prétendre donner une leçon de morale aux grévistes, je voudrais souligner ici que cela pourrait engendrer de graves conséquences dans un système éducatif déjà moribond (baisse excessive du niveau des élèves, violences dans la cité,…).

Le mieux serait d’accepter la mise en place d’un comité autonome de crise (CAC) dont les missions seront : l’analyse de la revendication du SLECG et de la position du gouvernement, la proposition de solutions et le suivi du protocole d’accord.

Parallèlement au travail du CAC, le SLECG doit accepter de suspendre la grève afin que les enseignants et les élèves reprennent le chemin de l’école. Ainsi, le SLECG ne serait pas comptable d’un quelconque effondrement du système éducatif guinéen qui se trouve déjà dans un état piteux très avancé.

 

-Côté Gouvernement, il faudrait éviter les erreurs ci-après :

  1. Banaliser la grève : Généralement, on se noie dans le point d’eau qu’on sous-estime. En banalisant cette grève déclenchée par le SLECG, le gouvernement Kassory risquerait de payer un prix très énorme comme ce fut le cas du gouvernement YOULA. Déjà, on devrait tirer les leçons des différentes manifestations des élèves et des enseignants un peu partout dans le pays depuis l’ouverture officielle des classes pour réclamer soit le retour des enseignants, soit le payement des salaires du mois d’octobre.
  2. Etouffer la grève : l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants et autres professionnels de l’éducation est indéniable et inexorable. Vouloir étouffer une grève allant dans ce sens d’une façon ou d’une autre, à l’instar des Forces Sociales de Guinée, serait une erreur monumentale. Il serait judicieux que le gouvernement également, comme le SLECG, accepte la mise en place du CAC (Comité Autonome de Crise) pour une issue heureuse de cette crise qui n’a fait que trop durer.

-Des deux côtés, il faudrait éviter la politisation de la grève : une revendication sociale ne doit pas être déplacée et placée sous un angle politique. Ni le gouvernement, ni le SLECG ne doivent se laisser drainer dans le champ politique. Ce dernier (le SLECG) doit s’éloigner de toute manœuvre politique d’où qu’elle vienne. Une raison de plus de mettre le CAC (Comité Autonome de Crise) en place qui se penchera de façon professionnelle, autonome et objective sur la crise en vue de sortir de cette impasse persistance.

 

En épilogue, rappelons que cette crise au sein du secteur de l’éducation devient très persistante et commence à inquiéter plus d’un. En évitant les erreurs ci-haut évoquées, on pourrait finir avec la grève et faire face à d’autres défis pour la qualification du système éducatif guinéen.

L’espoir est permis !

AboubaCAC Mandela CAMARA, sociologue/enseignant-chercheur/consultant en éducation. Activiste, promoteur et défenseur du droit à l’éducation. Tél : 628 13 36 09/Email : aboucamus86@yahoo.fr

Partagez

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here