Professeur Sidafa Camara, directeur général de l’ISAG : « l’ISAG n’est pas seulement une affaire de tam-tam, de balafon, de guitare, mais il y a un fonds culturel ici. »

Parcours : l’actuel directeur général de l’institut supérieur des arts de Guinée est un professeur des universités en géographie. Il a fait ses études à l’université de Kankan et de Conakry avant d’aller se spécialiser en population et développement au centre démographique des Nations-Unies à Bucarest. Cette formation a abouti à un diplôme d’étude spécialisée. Ce diplôme l’a conduit en thèse à l’université d’Etat de Leningrad aujourd’hui université de Saint Petersburg (Russie) où il a passé cinq ans de préparation de thèse qui s’est terminé en 1987. Depuis cette date il enseigne. Professeur Camara a fait ses débuts à l’université Gamal Abdel Nasser où il a exercé les fonctions de vice-doyen de la faculté des lettres et sciences humaines pendant 11 ans. Il sera par la suite muté à l’université Julius Nyéréré de Kankan comme vice-recteur chargé de la recherche. Sur place, il servira pendant sept ans. Après les sept ans, il se retrouve à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia en tant que doyen de la faculté des sciences sociales de 2008 au 15 janvier 2018. Et depuis le 15 janvier 2018, il assure les fonctions de directeur général de l’institut supérieur des arts de Guinée (ISAG).

www.laplumeplus.com: présentez-nous l’institut supérieur des arts de Guinée

Professeur Sidafa Camara : c’est un institut un peu particulier dans la mesure où la formation que nous faisons ici se fait en cinq ans alors qu’aujourd’hui la plupart des institutions ont adhéré au système LMD (licence, master, doctorat). Nous évoluons avec un très ancien système, le système de DEUG, le système de maîtrise ce qui est caduque. C’est caduque parce qu’après ce système nous sommes revenus à un système de quatre ans c’est-à-dire BAC+  4 ans pour avoir la maitrise et après on a intégré le système LMD avec BAC+ 3 ans pour avoir la licence fondamentale. Parallèlement, on a créé aussi des licences professionnelles de 4 ans surtout dans les branches techniques. Nous sommes également sur la voie de transformer cet ancien système en LMD. On a amorcé les travaux, on compte les achever d’ici fin juillet pour les soumettre à l’approbation pour que désormais au lieu de cinq ans que ce soit quatre ans et que nous intégrions la communauté universitaire mondiale.

Quelle est la situation de vos effectifs à la fois côté étudiants et enseignants ?

Pour tout l’ISAG on a au moins 67 enseignants chercheurs titulaires. Nous avons aussi près de deux mille étudiants de la 1ere à la 5eme année. Mais cela ne veut pas dire que l’enseignement est assuré par les 67 enseignants qui sont ici. On fait recours à des vacations puisque je disais que l’enseignement est très particulier ici. Il y a des professionnels auxquels nous faisons recours qui viennent donner des enseignements sur le plan théorique et pratique. On a aussi recours à des missions d’enseignement qui viennent d’instituts similaires du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Canada, de la France.

Il semble quand même que les ivoiriens ont rompu la relation qui vous liait. Est-ce que c’est vrai ?

Non, ce n’est pas vrai ! En ce moment même, j’ai un de mes enseignants qui est en formation de master à Abidjan.

De nombreux parents pensent qu’envoyer leurs enfants ici est une perte de temps car c’est une école de tam-tam, de musique. Que  leur répondez-vous ?     

Je dis que c’est une méconnaissance. C’est pour cela que je dis vous les médias, vous devez faire comprendre à la population que ce n’est pas seulement une affaire de tam-tam, de balafon, de guitare, mais il y a un fonds culturel ici. La société n’évolue pas sans culture. La culture est la nourriture de la société. Si vous parlez de théâtre, c’est la culture, vous parlez de cinéma, c’est la culture, l’art plastique, c’est la culture. C’est pour cela qu’à un moment donné, le département de la culture avait même réclamé la paternité de cet institut tellement que le soubassement est culturel.

Vous aviez un studio radio ici. Certains des sortants de l’ISAG se retrouvent dans les radios du pays. Mais il y a des personnes qui estiment qu’il y une sorte de conflit entre vous et l’ISIC (institut supérieur de l’information et de la communication) qui est la principale école de formation des journalistes guinéens.

Il n’y a aucun conflit en la matière. La formation est transversale. Il y a des formations qui se passent à l’ISIC et qui se déroulent ici. Il y a des formations ici qui se font en sciences sociales, en lettres. Les premiers enseignants d’ici sont venus pratiquement des lettres. On n’avait pas de spécialistes formés concrètement en la matière. Donc il n’y a pas de conflit en la matière, il y a des domaines transversaux qui peuvent être donnés partout. Ce n’est pas interdit. C’est comme si vous me dites, vous enseignez mathématiques à Gamal, vous enseignez mathématiques à Kankan, à Labé, à Nzérékoré également. Il n’y a pas de conflit.

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

                  

Pr Mamadou Saliou Diallo, DG de l’ISFAD : « Nous voulons passer à la numérisation. Depuis trois ans, nous travaillons à cela.»

C’est dans son bureau situé dans l’enceinte de la bibliothèque  de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry que professeur Mamadou Saliou Diallo a reçu l’équipe de votre site. Ici, il présente son institut qui veut migrer vers le numérique, outil incontournable dans un monde en pleine mutation.

Parcours de l’invité: je suis professeur titulaire des universités dans le domaine des sciences du langage. J’ai une thèse d’Etat en sciences du langage. Mais avant, j’ai eu un doctorat d’Etat en sciences du langage. Je suis dans l’enseignement et la recherche. Du point de vue disciplinaire, je suis du groupe  des sciences du langage de l’université de Sonfonia. Mais du point de vue de la gestion des programmes de formation, de la gestion universitaire, je suis dans l’administration universitaire à l’institut supérieur de formation à distance.

A mon retour de l’étranger, j’ai été maître-assistant à la faculté des lettres et sciences humaines. Je m’occupais de la chaire linguistique  à l’époque. Après je suis devenu directeur général adjoint de l’institut supérieur de formation à distance de 2004 à 2008 avant de partir au même poste à l’institut itinérant de prévention contre la drogue et les conduites adductives. Depuis 2013 je suis revenu comme directeur général de l’institut supérieur de formation à distance où je suis en activité actuellement. Nous travaillons avec des spécialistes du numérique, mais aussi des pédagogues pour aider le système à aller vers une nouvelle modalité de formation à distance axée sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

www.laplumeplus.com: une idée tout d’abord sur le contenu et l’organisation de l’institut supérieur de formation à distance

Professeur Mamadou Saliou Diallo : l’institut supérieur de formation à distance fait parti de la conférence des recteurs et directeurs généraux. C’est une institution d’enseignement supérieur public. Il a pour vocation, l’unique d’ailleurs dans le réseau des 17 institutions d’enseignement supérieur public de la formation à distance. L’ISFAD a été créé en 2004 et de cette date à maintenant, nous utilisons des modalités de formation à distance mais axées sur du développement des cours sur support papier avec des rencontres ponctuelles et un encadrement à distance dans un réseau de directions régionales, de centres régionaux. L’institut est organisé en direction générale où il y a un directeur général, deux directeurs généraux adjoints, l’un chargé de la formation et le second chargé de la recherche et un secrétariat général et puis des départements de formation au nombre de trois pour le moment. On passera à un quatrième programme de formation à l’ouverture sur les TIC (technologies de l’information et de la communication). Et dans chaque capitale régionale, il y a un centre régional de formation à distance où vous avez une équipe de trois personnes qui s’occupe de l’enregistrement des étudiants, de leur enrôlement et de leur formation de proximité. En fait la gestion des étudiants se fait de façon décentralisée dans les capitales régionales. Mais tous les contenus et processus se développent au niveau central.

Puisque vous parlez d’étudiants, est-ce qu’il y a aujourd’hui une idée sur leur nombre à travers le territoire national ?

Bon, extrêmement difficile ! Parce qu’il faut comprendre le concept de la formation à distance.  Le modèle de formation à distance, je commence par ça avant de revenir aux chiffres pour comprendre. La formation à distance, il y a des statuts d’étudiants. Premièrement des étudiants actifs et des étudiants passifs. Un étudiant actif c’est celui qui est inscrit et qui suit régulièrement sa formation sans l’interrompre. Un étudiant passif, c’est un étudiant qui se fait enregistrer dans le système et qui fait un module, une année ici parce que le plus souvent les inscriptions se font par an. Donc il fait une année pour une raison ou pour une autre, il abandonne et plus tard il revient. Il reste dans la base de données, mais sans actualisation. C’est au terme de l’année qu’on va vous dire combien d’étudiants sont actifs, mais du point de vue de l’enregistrement nous avons environ deux mille huit cent étudiants dans les différents programmes parmi lesquels naturellement il y a des étudiants passifs. Et puis il y a des personnes qu’on n’a pas comptées dans les deux mille huit cent qui ne se sont pas fait inscrire. Parfois vous avez des gens qui sont inscrits ou qui sont réinscrits mais qui ne suivent pas et des gens qui ne sont pas réinscrits. Dans une publication prochaine, on pourra faire le point lorsqu’on va évaluer ceux qui vont se présenter à l’évaluation parce que nous ne faisons pas partis des institutions qui vont travailler sur le potentiel. Nous préférons chaque année dire voilà les gens qui ont suivi les programmes et nos indicateurs doivent être fixés sur ceux-là.

Qui dit formation, dit aussi contenu. Quelles sont les matières enseignées à ces étudiants ?

Commençons par dire d’abord les programmes. Nous avons trois programmes qu’on déploie actuellement, tous de niveau licence : développement communautaire en six semestres académiques pour obtenir un diplôme de licence, une deuxième licence en droit et la troisième licence en économie-gestion. Ce sont des licences BAC+3. L’année prochaine, on aura une quatrième licence, c’est sera la licence appliquée, une licence professionnelle de technologies de l’information et de la communication pour le secteur de l’éducation pour accompagner la recherche, la formation et les innovations technologiques.  Les matières dépendent des programmes. Comprenez que dans chaque programme vous avez une quarantaine de matières à l’exception du programme qui va commencer l’année prochaine. Les trois existants vous avez quarante matières, mais l’étudiant choisi trente matières parce que le LMD vers la L3, il y a des matières optionnelles. Mais l’offre de formation fait une quarantaine de matières par programmes.

Comment on devient étudiant de l’ISFAD ?

Premièrement, on devient étudiant de l’ISFAD d’abord parce qu’on a le baccalauréat ou équivalent. Deuxièmement, on en a manifesté le besoin et troisièmement on accepte de rentrer dans la formation sans être boursier au plan pécule. Nous avons eu une seule génération de boursiers qui touchait un pécule. Elle est en troisième année. Très vite on a compris que ça ne pouvait pas aller parce qu’en réalité la formation  à distance il faut même contribuer pour y venir parce que les jeunes qui sont arrivés avec la bourse pensaient et souhaitaient qu’il y ait une salle de classe tous les jours avec un emploi de temps. Ils étaient arrivés nombreux, ignorants le modèle de formation, beaucoup sont repartis, il nous est resté une vingtaine. On avait voulu expérimenter, mais on a dit on suspend. Il faut faire la demande, accepter de se former avec l’accompagnement de l’Etat pour les supports avec une petite contribution pour marquer la volonté mais sans toucher à un pécule à la fin du mois. C’est pourquoi vous avez parfois beaucoup de cadres qui viennent s’inscrire parce qu’ils ne peuvent pas abandonner leurs activités professionnelles. Ils souhaitent se former et remplissent les critères académiques d’entrée et ils viennent demander la formation. Vous avez des étudiants aussi qui souhaitent travailler et en même temps apprendre et qui ne peuvent pas avoir tout le temps pour aller s’assoir dans une classe à l’université en régime présidentiel qui viennent aussi s’inscrire. Vous avez une troisième catégorie,  des étudiants intéressés par nos profils de formation par exemple en développement communautaire qui viennent se faire inscrire là. On présente son dossier dans un centre régional de formation à distance. Si on est à Labé, à Tougué, à Koubia, on n’a pas besoin de venir à Conakry, on vient à Labé. On vient à Nzérékoré si on est à Yomou. On vient à Faranah si on est à Kissidougou etc. Je pense qu’à partir de l’année prochaine, on va aussi ouvrir la formation et l’enregistrement numérique par plateforme.

On va parler aussi de l’espace numérique scolaire et universitaire

La formation à distance c’est un dispositif, une modalité de formation où l’enseignant et les enseignés ne sont pas toujours dans le même espace géographique. Ils peuvent l’être accidentellement, ils doivent l’être. Entre les encadreurs pédagogiques et les apprenants il ya un processus de formation qui est mis en place mais il n’y a pas une fusion d’espace géographique. Jusqu’à cette année, on utilise les cours rédigés qu’on envois dans les régions, les étudiants les récupèrent, les lisent et on organise les regroupements dans les centres régionaux pour rencontrer les animateurs de cours pendant une semaine, discuter de leur lecture, recentrer des questions et des réponses.

Maintenant nous voulons passer à la numérisation. Depuis trois ans, nous travaillons à cela. Numériser la formation à distance veut dire quoi ? Ça veut dire passer par des plateformes virtuelles  pour assurer la formation à distance et en ce moment il n’est pas indispensable que l’enseignant rencontre physiquement son apprenant. Il n’est pas indispensable que la formation se déploie dans un territoire comme la Guinée. En ce moment, des étudiants peuvent être au Mexique, d’autres au Canada, s’ils souhaitent s’inscrire, ils s’inscrivent et rentrent dans le processus parce que c’est la voie numérique. Pendant trois ans, nous avons travailler à l’équipement, à la formation des experts en informatique pour mettre en place les plateformes et pour former les enseignants que nous avons au développement de leurs cours sur support numérique. Donc l’espace numérique universitaire scolaire a été créé par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et logé à l’institut supérieur de formation à distance comme composante technique de l’ISFAD mais à la fois à la disposition de l’ensemble du réseau du système de formation et de recherche de l’enseignement supérieur en priorité mais de tout le système parce que ça s’appelle espace numérique universitaire comme premier adjectif et scolaire comme deuxième. Mais pour le moment, nous n’avons pas commencé à travailler avec l’éducation nationale et avec l’enseignement technique mais très bientôt nous allons nous ouvrir en direction de ces départements là.

Donc l’espace numérique participe à la mise en ligne des cours et à la gestion des étudiants et de leurs parcours académiques en ligne et à la formation des pédagogues pour qu’ils puissent convertir leurs cours en papier vers un cours en ligne. Les multimédias donnent énormément de possibilité jusqu’à l’évaluation en ligne pourvu qu’on puisse la faire dans un espace sécurisé pour qu’un BALDE ne vienne pas se faire représenter à la composition par un autre SYLLA parce qu’ils sont capables de faire de la substitution. C’est la seule garantie qu’il faut assurer sinon on peut composer en ligne et l’évaluation peut se corriger, les remises de travaux peuvent se faire dans des casiers électroniques. Tout est possible aujourd’hui avec le numérique mais je le dis à quelqu’un qui ne travaille pas pour une presse en ligne, c’est une redondance de le dire. Je le dis pour vos lecteurs. Vous, vous le savez très bien parce que vous travaillez dans un environnement numérique déjà et vous offrez des services en numérique.

On va se quitter professeur. Il ne nous reste plus qu’à vous remercier de nous avoir reçus chez vous

Merci monsieur Sow ! C’est à moi de vous remercier, remercier votre organe qui dédie l’essentiel de ses travaux à l’éducation. Nous avons besoin que la presse nous aide, qu’elle nous dise ce qui ne va pas pour qu’on puisse le corriger. Nous avons besoin que la presse nous aide à avoir une grande portée dans l’action parce qu’aujourd’hui la formation est incontournable pour pouvoir trouver du travail décent et le garder parce que le trouver par opportunité c’est possible, mais on ne peut pas le garder par opportunité. Si on n’a pas les compétences, on perd du travail qu’on a peut être obtenu par opportunité.

Je vous remercie vous et votre organe de presse !

Merci beaucoup !

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé                                                   

Hadja Salimatou Diallo, fondatrice de l’université René Levesque : « Ma vision c’est apporter quelque chose à mon pays, pas en donnant de l’argent, mais en m’investissant pour qu’il y ait des leaders…

Hadja Salimatou Diallo est la première femme à se lancer dans l’enseignement supérieur privé guinéen en tant que fondatrice d’université. Dans l’entretien qui suit, elle explique ses  débuts et les problèmes du moment.

Laplumeplus.com : vous êtes une dame, vous avez un parcours, alors déroulez-le pour nos lecteurs

Hadja Salimatou Diallo : concernant mon cursus, j’a fais mes études primaires à Koundara, tout comme le collège et le lycée et même le premier degré. Le deuxième degré je l’ai fais à Kindia. Je suis agronome de formation. Après mes études, vu que l’Etat n’employait pas surtout les femmes au temps de la deuxième république, je me suis lancée dans l’entreprenariat. J’ai eu l’opportunité d’aller au Canada avec mon mari. J’ai suivi des cours au niveau professionnel en secrétariat informatique. C’était une formation qui n’était pas de longue durée. Cette formation professionnelle, m’a permis dès mon retour du Canada, d’abord de commencer à travailler avec des institutions de la place. Ensuite, j’ai commencé à enseigner en 1993 dans les écoles privées comme à IFORPAK et Henry Fayol. Cette période a  coïncidé à l’affluence des refugiés libériens et sierra-léonais. J’ai eu à former beaucoup de groupes en secrétariat informatique. J’ai continué à enseigner avec l’expérience que j’ai eue au Canada. Finalement, comme mon objectif c’était d’ouvrir une entreprise pour moi-même, j’ai dit il faut que j’arrête pour créer la mienne. En 1999 j’ai ouvert mon premier établissement de formation professionnelle à Cosa en secrétariat-comptabilité. Moi-même je donnais les cours. C’était une formation rapide de dix mois. Vu l’engouement, les étudiants mêmes ont sollicité de voir le ministère pour que la formation soit professionnelle, qu’elle dure trois ans et qu’elle soit sanctionnée par   un diplôme national. Ce qui fut fait. J’ai eu tous les agréments et nous avons commencés en 2004 avec l’université. Nous étions toujours à Cosa. Au début, il y avait deux départements : droit et économie. Dr Makanéra et Dr Alpha Abdoulaye sont ceux qui m’ont soutenu. En 2006, nous avons eu l’opportunité avec toutes les démarches qui ont été menées par un  groupe de fondateurs dont je faisais partie d’accueillir les boursiers de l’Etat.

Là j’étais la seule dame à créer une université et une école professionnelle. En 2006, il y avait neuf institutions d’enseignement supérieures privées. En 2007, nous avons délocalisés parce que le local qui était à Cosa ne permettait pas d’abriter beaucoup d’étudiants. Nous sommes venus à Hamdallaye. Nous avons commencés avec 70 étudiants boursiers de l’Etat parce que c’était un quota et l’Etat n’orientait pas beaucoup. L’expérience a commencé avec deux mille étudiants. La répartition a été faite entre nous en fonction des capacités d’accueil. Nous avons eu le même quota que l’école INSET. Jusqu’en 2009, nous recevions beaucoup d’étudiants. Quelles sont les filières disponibles à l’université René Levesque ?

Nous avons commencés avec deux comme je le disais, droit et économie. En 2007, nous avons élargis jusqu’à 14 filières. Nous avons encore ouvert la section santé dans le professionnel.

Et côté effectifs

Pour les enseignants, nous avons 100 et quelques parce que dans chaque département, il y a quatre ou cinq filières. Pour les étudiants, nous avons commencés avec dix vers 2004. En 2006, nous avons évolués à 70 avec les boursiers de l’Etat. Jusqu’en 2009, nous étions avec mille et quelques étudiants. Mais avec les troubles, il y a eu une baisse des effectifs. En ce moment, nous sommes avec 500 étudiants y compris les privés et les boursiers de l’Etat.

Pourquoi votre université porte le nom de René Levesque, une personnalité étrangère ? Pourquoi pas Samory Touré ou Bokar Biro Barry ?    

Le nom René Levesque n’est pas inventé au hasard. Je vous ai dis au départ que j’ai étudié au Canada où j’ai fais la formation qui m’a permis d’ouvrir ma propre institution. C’est en signe de reconnaissance que je me suis dis, il faut que je donne le nom à cette personne là qui a été la plus célèbre pendant les cinquante dernières années en tant que premier ministre du Québec où j’étais. J’ai lu ses œuvres, j’ai vu que c’est une personne qui a une vision de développement de son pays, qui a apporté beaucoup de choses, qui a voulu avoir l’indépendance du Québec par rapport au Canada. Je me suis dis qu’à mon retour j’allais me lancer dans l’éducation qui me permettrait de restituer cela à une grande partie de la jeunesse. Ma vision c’est apporter quelque chose à mon pays, pas en donnant de l’argent, mais en m’investissant pour qu’il y ait des leaders qui pourraient à leur tour apporter quelque chose au développement du pays.

Est-ce que vous avez connu le premier ministre René Levesque ou bien il vous a marqué comme ça ? 

Quand je commençais à étudier au Canada il était déjà décédé. C’est après mes études, quand je suis revenu que j’ai pu avoir connaissance de sa famille. A la sortie de la première promotion, sa propre fille et son conseiller pendant dix ans sont venus assister à la cérémonie. Il y a une fondation qui porte son nom au Canada. Tous les deux ans, ils organisent un colloque et nous invitent. Ils nous ont soutenus, ils nous ont apporté beaucoup de choses.  Ils continuent à nous soutenir.

Vos étudiants bénéficient de cette assistance ?

Ah je dirai que cela leur profite. Mais vous savez que l’étudiant guinéen est un peu difficile. Sinon nous avons une bibliothèque de plus de deux mille ouvrages venus du Canada. Nous avons des équipements dans les salles d’informatique, nous avons des relations avec les universités de ICAM de Montréal, tout ça c’est via cette fondation. Nous avons beaucoup d’autres opportunités. Ils nous ont promis que tout étudiant qui allait travailler sur la vie et les œuvres de René Levesque, il aurait une bourse gratuite pour faire le master là-bas. Nous devons mettre ce programme même dans le cursus mais ça sera à partir de l’année prochaine. Sinon on l’avait démarré, mais avec les étudiants, ce n’est pas facile.

Nos chefs de départements ont été invités par la fondation pour aller faire un tour dans les universités dans le cadre de la mise en place d’un observatoire de notre studio de journalisme.

Les relations entre l’Etat et les universités privées ne sont pas au beau fixe. Que pensez-vous de cette situation ?

C’est l’année dernière que nous n’avons pas eu de boursiers. Certains privés  sont venus s’inscrire mais pas beaucoup parce que les étudiants sont allés dans les institutions publiques où il y a des formations payantes qui coûtent moins chères. Cela est très difficile parce que nous avons investis et nous ne comptons que sur ces étudiants là pour que nos institutions aillent de l’avant. Sans étudiants on ne peut pas parler d’université alors que l’Etat prend désormais tous ceux qui ont eu le bac. Donc, nous nous retrouvons avec zéro.

Un conseil aux étudiantes et aux élèves filles qui parfois abandonnent la formation très tôt. Et quel est votre avis sur le débat autour du nouveau gouvernement qui compte peu de femmes ?

Par rapport aux jeunes filles, le conseil que je peux donner, c’est de ne pas baisser les bras, de poursuivre les études si elles sont scolarisées. Si ce n’est pas le cas, qu’elles fassent un métier qui leur permettra d’être autonomes demain. Abandonner et s’adonner à une vie qui n’est pas correcte, n’est pas bon pour une femme. Si on n’a pas étudié, on peut faire un métier pour compléter le mari pour prendre la famille en charge, mais si on ne fait rien, tout va revenir au mari et si on n’a pas la chance, on n’aura même pas de mari. Aujourd’hui, les hommes regardent d’abord ce que la femme est capable de faire ou parfois certains cherchent à savoir qui sont les parents. Dire que je suis égale à l’homme c’est quand on peut se mesurer à eux à part égale.

Par rapport au gouvernement, tout le monde a critiqué. On espérait avoir au minimum dix femmes. A ce que je sache, les femmes sont capables de faire beaucoup de choses. Le professeur Alpha Condé admet que son mandat est dédié aux femmes et aux jeunes, je pense qu’il reconnait la valeur des femmes. Quand il s’agit de parler de paix, nous sommes les pionnières en appuyant le gouvernement. Et même la gestion, vous savez que les femmes malgré les problèmes de famille, si on nous confie une tâche, nous sommes capables parce que nous n’osons pas la honte. Normalement, les postes de responsabilité, c’est aux femmes qu’on devrait leur confier parce que la femme évite d’aller devant un auditoire pour répondre de détournement. Peut être que la situation sera revue, on peut se tromper des fois. Comme le vide là est vu par tout le monde, peut être il sera corrigé.

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé    

Elhadj Nfaly Mara fondateur de l’université Roi Mohamed 6 : « Nos étudiants profitent pleinement du partenariat avec les universités marocaines. »

Il est rare, très rare même que le fondateur de l’université Roi Mohamed 6 de Conakry s’exprime sur un média. C’est lui-même qui le dit. Pourtant, Elhadj Nfaly Mara a bien voulu accorder une interview au premier portail de l’école guinéenne sur le web. Dans cette exclusivité, il donne dans un langage court, mais précis, les détails liés à son institution d’enseignement.

Laplumeplus.com : présentez à nos lecteurs l’université Roi Mohamed 6

Elhadj Nfaly Mara : l’université Roi Mohamed 6 est une institution d’enseignement privée située dans la commune de Matoto plus précisément dans le quartier Simbaya 2. Elle existe depuis octobre 2007. De cette date à maintenant, nous avons formés beaucoup d’étudiants guinéens avec assez de filières. Nous avons deux facultés et cinq départements. Il y a la faculté des sciences économiques et NTIC (nouvelles technologies de l’information et de  la communication) et aussi la faculté de droit et de sciences politiques. Par rapport aux départements, vous avez : le tertiaire minier c’est-à-dire les facultés  de droit minier, économie minière et exploitation minière. Vous avez les départements de génie : le génie civil, génie électrique, génie informatique. Vous avez également le département de mines : génie minier, l’hydro-géotechnique, l’exploitation minière, le département géologie appliquée. Vous avez le département anglais et enfin le département arabe.

Comment se présentent les effectifs de votre université ?

Le personnel permanent de l’université est de l’ordre de 100 personnes et plusieurs vacataires. Nous avons actuellement près de 3000 étudiants tous niveaux confondus.

Université Roi Mohamed 6 de Conakry

Nous apprenons qu’avant, votre université portait le nom de Titi Camara, après, vous lui avez donnez celui du roi du Maroc. Qu’est-ce qui explique ce changement ?       

C’est vrai, au départ c’était l’université Titi Camara. Historiquement, nous avons commencés avec le groupe scolaire Titi Camara de la maternelle au lycée. C’est en 2007 que l’université Titi Camara a été créée. Nous avons également créé un institut professionnel à Kamsar qui portait le nom Roi Mohamed 6. Nous avons délocalisés une partie de l’université Titi Camara à Kamsar. A partir de 2012, nous avons eu un partenariat avec des universités marocaines à savoir l’institut des mines de Marrakech, l’école supérieure des mines de Rabat, l’université Hassane 1er de Settat, la polyclinique de Rabat. Mais la condition sine qua non était qu’on essaie de choisir entre Roi Mohamed 6 pour l’institut ou si on devait évoluer avec l’université qu’on opte pour l’université Roi Mohamed 6. Ils ont dit qu’il n’était pas possible de confondre le nom de leur souverain au nom d’un footballeur. Nous avons fait la requête auprès du ministère de l’enseignement supérieur et elle a été agréée par le ministre. Nous avons bénéficié d’une modification de nom. De Titi, nous sommes venus à Roi Mohamed 6.

Est-ce que cette collaboration profite à vos étudiants ? Peuvent-ils poursuivre leurs formations au Maroc ?

Depuis cet accord, chaque année, au moins il y a une dizaine d’étudiants qui bénéficie d’une formation pratique d’un à deux mois et demi. Ils vont dans les chantiers, ils sont dans les campus de ces grandes universités. Nos étudiants profitent pleinement du partenariat avec les universités marocaines. Tout ce que les parents font c’est de nous envoyer le passeport. Généralement, nous contribuons même à l’élaboration de ces passeports. Les enfants sont logés à la charge de nos partenaires et les autres frais sont partagés.

On nous apprend aussi que le département mines est celui que vous aimez le plus. Si oui pourquoi une telle préférence ?

J’aime tous les départements. Moi je suis comptable de profession. A l’université, j’ai fais l’économie, la filière comptabilité-gestion. Toutes les filières ont été créées sur mon initiative. Je ne peux pas préférer une option par rapport à une autre. En ce qui concerne les filières de droit à savoir : droit minier, économie minière et administration minière, je précise que j’ai travaillé dans une société minière qui est la CBK (compagnie des bauxites de Kindia) c’est à travers cette entreprise là que  j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’insuffisance au niveau de nos sociétés minières dans le cadre surtout des négociations. C’est pourquoi nous avons créés le droit minier. Nos contrats étaient négociés en dehors du pays et à l’insu des guinéens. Il fallait recruter des cabinets étrangers et aussi au niveau de l’évaluation même de ces contrats, c’est toujours les étrangers qui venaient faire l’évaluation en lieu et place des guinéens. C’est ce qui m’a motivé à créer l’économie minière. Pour l’administration minière, vous savez quand vous allez dans ces sociétés là, si vous partez à la comptabilité, vous n’avez que des comptables purs et durs classiques. Si c’est des juristes, vous n’avez que des juristes classiques. Donc, il faut vraiment que les gens apprennent  ces différentes options au niveau de ces trois filières. Le juriste doit apprendre tout ce qui est droit. En plus de cela, il apprend aussi les cours sur les mines pour lui permettre de faire une appréciation quand il y a une négociation. C’est pourquoi la formation dure quatre ans.

Est-ce que c’est vrai que les départements : droit minier, économie minière et administration minière n’ont pas d’étudiants en première année cette fois-ci ? Et si c’est le cas, est-ce que ces filières ne risquent pas de disparaitre ?

Premièrement, vous-même vous savez que l’année dernière, l’Etat n’a pas orienté. Tous les bacheliers ont été orientés dans les universités publiques.  Deuxièmement, les non-orientés de l’année dernière ont été récupérés par les mêmes universités publiques qui se sont transformées en privées à l’interne. Elles ont cassé les coûts, ont récupéré ces gens avec un coût très bas. Dans certains endroits même, les étudiants payaient entre 700.000 et 1.000.000 de francs guinéens. Nous, on ne peut pas se le permettre parce que nous avons des professeurs que nous devons payer, les installations, les équipements…nous, nous étions à deux millions et eux, ils ont cassé le prix pour se retrouver à 700.000 francs. Faute de moyens avec les parents, les enfants étaient obligés d’aller vers ces universités publiques. Ce n’est pas parce que ces options ont des difficultés. Toutes les universités privées ont été victimes de cette pratique. Il y a eu 5000 non-orientés et le public les a récupérés en formation payante avec des forfaits qui ne disent pas leurs noms.

Monsieur le fondateur, il semble que vous avez d’autres projets comme la construction d’une université à Labé et une école à  Kissidougou. Vous confirmez cela ?

Nous sommes entrain d’étudier, de voir la faisabilité de cela. Nous sommes en phase d’étude. Vous savez, un projet comprend les phases d’études et de faisabilité, après on le réalise. C’est-à-dire si vous venez quelque part, vous voulez implanter une filière, vous allez voir par rapport à la zone en question, que-est-ce qui marche et quelle est l’université qui est à côté qui peut vous permettre de  développer des filières à travers les enseignants qui s’y trouvent même si ces filières n’existent pas dans l’université voisine.

Avant qu’on ne se quitte, une inquiétude exprimée par quelques étudiants. Ils affirment qu’ils sont exclus de l’organisation des prochaines festivités de fin de cycle. Est-ce que vous pouvez les rassurer ?

Je crois qu’il n’y a jamais eu de difficultés entre les étudiants et l’encadrement. En tout cas je n’ai vraiment pas d’idée. Et moi je suis le fondateur, les encadreurs restent toujours les maîtres à bord. On a tous été des étudiants, on ne peut jamais prendre le dessus. Au moment de la révolution, quand nous avons eu le bac, il y avait ce qu’on appelait le conseil d’administration le CA. Et le CA était politique. Un membre de cette structure pouvait trouver un professeur en classe et faire sortir un étudiant, ou bien il arrête les cours s’il a des informations à donner. La politique était à tous les niveaux. Au niveau de l’armée aussi, il y avait le comité militaire. Là aussi, un sous-officier pouvait arrêter un officier supérieur. Mais ça c’était au temps de la révolution. En ce moment c’était le socialisme.

C’est vrai que dans les commissions on peut mettre les étudiants, mais les commissions ne peuvent pas être dirigées par eux. Surtout que l’essentielles des charges sont supportées par la fondation.

Interview réalisée par Mamadou Falilou Doumbouya étudiant en L 4 droit minier université Roi Mohamed 6, Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Moussa Kaba, directeur général du groupe scolaire Sy Savané de Sanoyah : « Si le formateur n’a pas le niveau requis pour former, vous comprendrez que l’apprentissage va souffrir. »

Monsieur Moussa Kaba a fait ses études primaires et secondaires en Côte d’Ivoire. Il se retrouve après à Conakry pour faire le bac en sciences expérimentales au lycée de Bonfi. A l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, il opte pour la faculté des sciences et obtient par la suite un diplôme de maitrise. Moussa Kaba a également suivi une formation pédagogique à l’ISSEG qui était à Manéah. A la fin de cette formation, il se lance dans l’enseignement. Depuis 2000, il évolue au groupe scolaire Sy Savané.

Sur place, il raconte qu’il a d’abord dispensé des cours de physique avant de travailler un moment avec le directeur des études d’alors monsieur Nanamady et le directeur Aboubacar Condé. Ces deux lui ont donné les premiers pas concernant les travaux de direction. Deux  ans après, Kaba est nommé directeur des études pour trois ans. A partir de la rentrée scolaire 2004-2005, il occupe le poste de directeur général de Sy Savané.

www.laplumeplus.com: votre école ressemble à une université, à qui appartient cet établissement ?

Moussa Kaba : bien sûr, du point de vue infrastructure, l’établissement est colossal. C’est une entreprise familiale. Pour qui réside dans les alentours du Km36 sait que la famille Savané est dynamique. Ensemble, les membres se sont donné la main pour construire cette école. Cette famille a choisi d’aider l’Etat guinéen  en construisant cet établissement.

Dites-nous comment sont vos effectifs ?

Il y a environ mille quatre cent élèves inscrits actuellement à l’école Sy Savané, de la maternelle en passant par le collège et le lycée avec toutes les options. Côté personnel enseignant, nous avons 70 travailleurs y compris moi-même. Les salles de classes sont au nombre de 59. Nous comptons également une salle informatique, une bibliothèque, une salle de conférence, des salles polyvalentes.

Comment vous arrivez à gérer un tel monde dans un tel bâtiment ?

Comme je vous l’ai dit depuis 2000 nous sommes en contact avec la gestion administrative scolaire. C’est ce qui nous a permis d’avoir quelques années d’expérience. Je dois avouer aussi que je bénéficie de l’apport de quelques doyens comme Aboubacar Condé dont je vous ai parlé. Nous avons toute une structure mise en place pour pouvoir organiser le travail et au niveau de la direction et au niveau des salles. Il ya par ailleurs les différentes commissions culturelles et sportives.

Comment ont été les taux de réussite lors des derniers examens dans votre école ?

Au niveau de l’examen d’entrée en 7eme année par exemple, nous avons fait un taux de réussite d’environ 86%. Pour le BEPC, nous avons eu 94% et au niveau du bac, le fiasco a été général  sur le territoire national. Toutes fois, nous avons fait environ 32% de façon générale.

Dans plusieurs établissements, on parle du faible niveau des élèves qui sont carrément abandonnés par les parents. On dit que toute la charge revient aux enseignants. Quel est le constat chez vous ?

Sincèrement, c’est un constat amer. J’ai toujours dit à mes collaborateurs qu’il ne faut pas accuser seulement les enfants. Moi, j’accuse tout le monde : élèves, parents d’élèves et enseignants. Imaginez-vous, par jour, sur les 24 heures, les enfants ne passent que 6 heures au maximum avec nous à l’école. Le reste des 18h, ils sont avec les parents. Le parent vous dira qu’il n’a pas le temps, il sort à 6h, il ne rentre que la nuit. Quand un enfant sait qu’il n’est pas contrôlé, parfois il fait ce qu’il veut, or ce qu’il veut n’est pas forcément ce qu’il lui faut. Quelque soit la fatigue, les occupations d’un parent, une fois de retour du service, avant de se coucher, s’il prenait même cinq minutes pour vérifier le travail de son enfant, l’enfant allait mettre du sérieux dans ce qu’il fait. A défaut, il faut approcher un répétiteur pour surveiller le travail des enfants.

L’autre aspect, c’est nous les enseignants. Il faut reconnaitre que depuis un certain temps, la qualité de la formation n’est plus la même. Mêmes ceux qui sont sortants de certaines écoles de formation, le niveau académique a baissé sérieusement. Si le formateur n’a pas le niveau requis pour former, vous comprendrez que l’apprentissage va souffrir. Il faut former d’abord les formateurs correctement sans complaisance. Malheureusement, il y a beaucoup de complaisance. Pleins d’enseignants sur le marché ne sont pas des spécialistes de l’enseignement. Ils viennent juste parce qu’ils ont cherché du boulot ailleurs et ils n’en ont pas trouvé, ils se versent dans l’enseignement pour un temps. Dès qu’il y a une opportunité, ils s’en vont ailleurs. C’est ceux-là qui viennent former nos enfants aujourd’hui. Ils ont moins de soucis pour former ces enfants là. C’est tout cela qui fait que les enfants sont mal formés. Il est difficile aujourd’hui de trouver un élève en 6eme année qui arrive à s’exprimer et écrire parfaitement en français. Ça c’est un problème.

Vous êtes d’accord avec le chef de l’Etat qui a sévèrement critiqué les enseignants, il y a quelques semaines ?

Je suis parfaitement d’accord. Moi je ne suis pas dans la complaisance. Et s’il m’était donné de choisir, j’allais ordonner que tous ceux qui veulent enseigner passent par les ENI (écoles normales des instituteurs) ou l’ISSEG (institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée). Ce que je trouve contradictoire, les sortants de ces écoles là sont mis sur le même pied d’égalité que ceux qui n’ont jamais foutu pied à l’ENI ou à l’ISSEG. On les recrute et on leur dit d’enseigner dans les mêmes écoles. Quelqu’un qui a été formé pour enseigner est parfois délaissé au profit de celui qui n’a reçu aucune formation. Ce dernier est désigné enseignant à la suite d’un concours. Un travail fait par un professionnel est différent de celui fait par un amateur. Le produit n’est pas le même. Aujourd’hui, beaucoup regrette les enseignants sortants de Dabadou parce qu’ils formaient bien. Aujourd’hui, plusieurs enseignants dispensent les cours n’importe comment, ils préparent n’importent comment. Ils ne peuvent même pas prendre en charge l’aspect psychologique des enfants.  Il ne s’agit pas seulement d’écrire une leçon, il faut tenir compte des autres sciences de l’éducation pour pouvoir bien travailler dans une classe. Mais seuls les professionnels connaissent cela.

Merci

C’est à moi de vous remercier de m’avoir donné l’opportunité de s’exprimer sur votre site. J’espère que ce n’est pas la dernière fois. Le groupe scolaire Sy Savané reste à la disposition de laplumeplus.com.

Entretien réalisé par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Diallo Mamadou Aliou Diarouga, fondateur de l’institut universitaire Fayol-plus : « Le système éducatif guinéen dans son ensemble doit être revu.»

Dans le cadre de sa série d’interviews avec les fondateurs d’établissements scolaires, universitaires et techniques, votre site a posé ses valises à Fayol-plus. Le premier responsable de cette institution d’enseignement touche les difficultés dans le secteur du supérieur privé.

Laplumeplus.com : décrivez-nous votre parcours

Diallo Mamadou Aliou Diarouga : je suis produit de l’université guinéenne. J’ai fait mathématique à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry où j’ai eu une maitrise en algèbre. J’ai reçu d’autres formations complémentaires. Je suis enseignant de formation, pédagogue, gestionnaire scolaire.   Depuis 1993 je suis directeur d’école et depuis 2000, je suis fondateur.

D’où vient l’idée de création de Fayol-plus ?

Il y a eu le centre d’étude Henry Fayol que j’avais eu la chance de gérer. Il a été créé par des cadres guinéens. A sa fermeture, j’ai créé à la place, l’institut d’étude et de gestion Fayol-plus en 2006. Henry Fayol est devenu Fayol-plus. Henry Fayol pour ceux qui ne le savent pas, c’est un gestionnaire, un économiste qui est beaucoup étudié dans les théories économiques en matière de gestion et organisation des entreprises. Nous avons deux blocs : à Hamdallaye-pharmacie sur la route Le Prince et l’autre institut se trouve à Petit-Simbaya sur la T3 (transversale) au niveau de feu-rouge.

Certaines écoles guinéennes portent des noms de personnalités étrangères alors que nous avons nos propres héros. N’est-ce pas un signe d’acculturation ?

Non, pas du tout ! La spécialité de l’institution à sa création c’était la gestion et vu que cette personne est un modèle en termes de gestion, voilà pourquoi nous avons pensé à lui donner le nom.             

Parlons maintenant de vos effectifs

En termes d’étudiants, j’avoue que ces dernières années, nous avons eu une certaine baisse surtout au bloc de Hamdallaye-pharmacie. Pratiquement, nous sommes souvent victimes des marches et autres sur l’axe. Cela a beaucoup affecté l’institution,   les recrutements ont baissé. Malgré tout, nous sommes là et tenons à y rester parce que nous savons que c’est une zone très stratégique, le milieu est très favorable, le besoin de formation est énorme sur place. J’avoue que de l’autre côté à Petit-Simbaya, l’accès est plus facile, le cadre est plus calme. Le recrutement a beaucoup évolué. Actuellement nous tournons autour de 400 étudiants toutes options et toutes filières confondues. Côté enseignants, nous gérons 62.

Quelles sont les filières enseignées chez vous ?

Nous avons deux niveaux de formation. Nous avons une formation universitaire avec des départements de gestion, d’informatique, de télécommunication, d’architecture, d’administration des affaires et de droit et au niveau professionnel, nous le transite-douane, la santé (des sages-femmes, des infirmiers, des préparateurs en pharmacie, des techniciens de laboratoire, des techniciens en santé publique).

L’Etat envoyait des boursiers dans les universités privées, mais il a mis fin au partenariat. Est-ce que cela vous affecte ?    

Nous faisons partis de ceux qui ont pensé et monté ce projet.  C’était pour soulager toute cette jeunesse qui était abandonnée après le concours. Nous avons pensés qu’il fallait trouver une issue. Par rapport à cela, l’Etat est venu pour pouvoir leur donner une chance après le baccalauréat de s’orienter dans une institution de formation pour trouver un emploi. C’est vrai qu’il y a un impact très sérieux sur toutes les institutions parce qu’il y a baisse d’effectifs s’il n’oriente pas. Ce qui fait que nous sommes obligés, nous aussi de changer de stratégie, de qualifier d’avantage nos enseignements, de trouver d’autres pistes pour pouvoir recruter. Il y a un problème ! Tous les bacheliers sont systématiquement orientés. Nous pensons que l’Etat doit revoir sa politique en la matière. Si l’Etat prend ce qu’il peut prendre, qu’il laisse les autres bacheliers aller là où ils veulent. Actuellement tous ceux qui sont orientés et qui ne veulent pas rejoindre (leurs universités) s’ils ont la possibilité de s’inscrire chez nous, ils viennent. Il faut revoir cela pour ne pas tuer ce sous-secteur de l’éducation qui est un secteur porteur. Il faut aussi penser à d’autres secteurs comme l’enseignement technique et la formation professionnelle, un secteur d’avenir pour la jeunesse.

L’Etat dit disposer de capacités d’accueil suffisantes pour recevoir tous ces jeunes. En même temps, le président Alpha Condé dit souvent que ce partenariat a été monté par des ministres qui organisaient des magouilles pour se faire de l’argent.         

Ecoutez, moi je ne vais pas commenter cela ! Je sais sur quelle base nous avons monté ce projet. Ces étudiants étaient une bombe sociale. Ils passaient leur temps après le baccalauréat sans avoir accès à aucune autre formation. Ils restaient dans les quartiers à jouer ou à faire du thé. Nous avons dit que c’est normal que ces jeunes soient pris en charge. Le projet a été d’abord  dirigé vers des bailleurs de fonds qui pouvaient nous accompagner dans ce sens jusqu’à ce que le ministère se soit saisi.  Nous avons fait nos preuves sur le marché de la formation et de l’emploi. Le niveau de formation universitaire s’est beaucoup amélioré, les infrastructures et équipements en font foi. On peut visiter et voir. L’Etat dit avoir les capacités, mais je ne sais pas dans un système LMD comment on peut comprendre que dans une salle de classe qu’on retrouve 300 étudiants. Ils n’ont pas de capacités. Aller à Sonfonia, est-ce que c’est des salles de classes qui répondent au système LMD ?

Votre point de vue sur l’enseignement supérieur guinéen en général

L’enseignement supérieur guinéen bat de l’aile. Il a besoin d’être renforcé, d’être revu. Le système éducatif dans son ensemble doit être revu. Un enseignement supérieur suppose des ressources humaines de qualité. La formation des formateurs a été laissée pour compte. On a très peu d’enseignants qualifiés pour intervenir au niveau de l’enseignement supérieur. Je pense que l’Etat doit beaucoup se pencher sur ce point. La qualité des enseignants est fondamentale au niveau du supérieur.

Merci à vous

Tout le plaisir a été pour moi de vous recevoir.

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Interview : Madame Barry Néné Houdia Baldé, fondatrice du groupe universitaire ISIM-UNT « Les étudiants guinéens n’arrivent pas à faire la différence entre un très bon enseignant et un enseignant éloquent… »

Dans cette grande interview, la fondatrice de l’Institut Supérieur d’Informatique et de Management-Université des Nouvelles Technologies situé à Démoudoula dans la commune de Ratoma, aborde des questions liées au fonctionnement de son institution, le niveau de la formation mais aussi le phénomène de l’immigration clandestine.

Laplumeplus.com : Mme BARRY pour commencer, pouvez vous nous résumer votre parcours ?

Madame Barry : j’ai un parcours qui est quand même exceptionnel. J’ai commencé en tant qu’animatrice de terrain avec l’entraide universitaire pour le développement. J’ai été sociologue au cabinet d’architecture et d’ingénierie de Guinée avant d’être DRH (directrice des ressources humaines de l’ISIM) fondé par mon défunt mari dont je continue les œuvres. En 2006, j’ai fondé l’Université des Nouvelles Technologies et en 2010 le Centre de Formation et de Perfectionnement en Santé CFPS. Je suis parti m’installer en France pour des études et pour m’occuper de mes enfants qui y sont. En France, je suis consultante en microprojet ce que je faisais ici avec l’ambassade du Japon. Je suis membre fondatrice d’une ONG internationale CODAE Co-développement Afrique-Europe avec laquelle association, nous avons pu obtenir des fonds pour aider les jeunes guinéens. D’ailleurs, il y a un projet en cours à Popodara (Labé) pour l’adduction en eau. Actuellement, nous travaillons sur un projet de gestion des déchets de la ville de Conakry. Je suis également cadre dans une association qui s’occupe des personnes âgées qui s’appelle ‘’A tout-âge’’ car en France il y a une problématique importante de gestion des personnes âgées, handicapées et des personnes à mobilité réduite. Aujourd’hui je suis présidente du conseil d’administration de l’ISIM comme je vis à l’étranger. Mais à partir de juillet, je serais de retour .

Une vue du bâtiment de l’ISIM-UNT à Conakry

Alors comment se présente l’institut supérieur d’informatique et de management et l’université des nouvelles technologies ?

Cette institution a été créée en 1995 (ISIM) par mon défunt mari et je continue ses œuvres en un mot. Il  est ma principale source d’inspiration, il fut un grand expert, consultant international. La particularité de l’ISIM, c’est que nous sommes une institution naturellement d’informatique et de management. Nous sommes l’une des rares institutions à faire une limitation d’effectifs parce que, notre vocation c’est la qualification de nos étudiants par l’adéquation, formation-emploi. Nous privilégions la qualité. Nos filières sont aussi ouvertes en fonction des besoins du marché de l’emploi, de l’offre et de la demande.

Des entreprises partenaires, recrutent la majeure partie de nos étudiants. Même si cela n’est pas très facile en Guinée comme partout ailleurs, nous essayons de faire de notre mieux.

Il y a aussi une autre particularité, c’est que la majeure partie de nos enseignants de 1995 à 2003 venait de l’étranger Ce flux continu d’ailleurs pour compléter l’équipe de l’ISIM sur place, sélectionnée sur une base extrêmement rude, comme le disent les enseignants.

C’est sur présentation de CV et lettre de motivation puis naturellement sur interview , que notre partenaire, le cabinet FICADEX pilote le recrutement.

Pour mieux répondre à la demande sans cesse croissante de nos entreprises, nous avons aussi mis en place des formations  de courte durée de trois à six mois pour préparer nos étudiants à affronter le marché de l’emploi. Même pendant qu’ils sont en cours, ils font des stages et donc on leur donne des compétences nécessaires.

 En termes d’effectifs côté étudiants et enseignants, comment se présente la situation ? 

L’ISIM a une capacité de plus de mille étudiants, mais nous avons 420 étudiants que nous formons parce que nous les recrutons en fonction de la demande de nos entreprises partenaires. Nous ne recrutons pas parce que nous avons envie de recruter. Nous faisons en sorte que les étudiants sortants de l’ISIM puissent être absorbés directement par le marché de l’emploi.  En plus nous avons des filières techniques dans lesquelles on ne peut pas avoir un grand nombre d’étudiants. Nous formons selon la devise de l’institution : 50% de nos enseignants sont des guinéens et 50% des canadiens, des sénégalais, même le DGA actuel de l’école est sénégalais. Il y a des ivoiriens, des français dont moi-même qui suis d’adoption française. Nous avons 12  permanents et une cinquantaine de vacataires.

Vous avez un grand bâtiment et peu d’effectifs. Comment faites-vous pour l’entretien de l’infrastructure et les autres dépenses dans la mesure où l’Etat n’a pas orienté d’étudiants cette fois-ci dans le privé ?         

Une très bonne question ! ISIM a été créé avant que l’Etat ne commence à envoyer des étudiants dans nos institutions. Nous existons depuis 1995. L’Etat a commencé à orienter des bacheliers en 2006. Nous sommes parmi les 10 premières universités à avoir signé des accords avec l’Etat qui vient en appui à ce que nous faisions

L’Etat a décidé aujourd’hui de ne pas orienter des étudiants dans les universités privées, ce que je trouve regrettable. Avant les universités privées, les universités publiques ne faisaient aucune amélioration de leurs conditions de travail. Il a fallu que les universités privées soient là pour qu’il y ait cette concurrence. Que chacun revoit sa façon de fonctionner, revoit les équipements parce que sachant qu’il y a plus de monopole, il faut bosser dur pour pouvoir répondre aux besoins et aux normes. Les universités privées  ont des fonds propres avec lesquels elles travaillent notamment nous Des entreprises partenaires aident les étudiants en leur donnant des stages et en les embauchant, des parents orientent des étudiants dans nos institutions et payent leurs charges. Nous avons aussi des associations et des ONG qui nous accompagnent, des ambassades, des institutions internationales qui demandent nos services. Les subventions de l’Etat c’était un plus.

Madame, il y a des étudiants qui accusent certains chefs de département dont celui de l’économie de manquer d’ouverture. Que répondez-vous ?

Cela m’étonne énormément parce que le chef de département économie est quelqu’un de très ouvert. C’est quelqu’un qui est là depuis 2006, je le connais personnellement. Mais cela m’étonne qu’ils parlent du chef de département économie parce que c’est quelqu’un qui est extrêmement ouvert, très compétent. S’il n’était pas compétent, il serait déjà parti, s’il n’était pas ouvert, il serait déjà parti. Nous mettons un accent particulier sur les relations entre étudiants-professeurs, entre étudiants-direction. C’est essentiel qu’il y ait la communication, c’est l’esprit du management. Il faut communiquer, il faut écouter, il faut discuter, comprendre les besoins des uns et des autres. Je prends bonne note, je vais faire en sorte de savoir qu’est-ce qui se passe.

Le respect de l’heure est un autre problème chez les professeurs. Certains ne viendraient pas à temps ou ne resteraient pas jusqu’à la fin. Avez-vous vérifié si cela est fondé ?

Le retard est un phénomène récurent en Guinée. Moi personnellement je vis tout le temps les faits quand j’ai des rendez-vous en ville dans des ministères, j’arrive dix minutes à l’avance, les gens se pointent une ou deux heures après parce qu’il n’y a pas de circulation fluide. Il n’y a pas de moyens de transport requis. Pour trouver un moyen de déplacement, c’est la croix et la bannière. Je suis d’accord qu’on devait faire en sorte de respecter les heures.

On fait état également du départ d’enseignants que les étudiants qualifient de compétents

Si j’ai renvoyé certains enseignants, c’est parce que je me suis rendu compte qu’ils ne répondaient pas aux principes de fonctionnement de l’institution. Il faut savoir faire la différence entre un très bon enseignant et un enseignant éloquent qui arrive dans la salle et qui épate par son éloquence. Ce qui nous intéresse, c’est le contenu qu’ils donnent et les débouchés qu’ils apportent aux étudiants. Si nous vérifions et  trouvons que le contenu enseigné n’est pas conforme au contenu qu’ils devaient recevoir naturellement, nous recrutons quelqu’un de plus compétent. Les étudiants guinéens n’arrivent pas à faire la différence entre un très bon enseignant et un enseignant éloquent.

Votre institut s’appuie sur l’informatique et la technologie. On sait que sans internet, tout cela n’est pas possible. Pourtant, on apprend qu’il n’y a pas l’internet ici.

Nous faisons en sorte que tous nos étudiants aient accès systématiquement à l’informatique et l’anglais. J’insiste la dessus, parce que les meilleurs livres sont en anglais. Mais il y a un manque énorme d’électricité en Guinée, la fibre optique n’est pas répondante, donc la qualité de l’internet quelque fois fait défaut. Les téléchargements sont lourds et cela est lié au système. Nous sommes une institution d’informatique, nous ne pouvons pas ne pas avoir l’internet, c’est impossible. Nous serions en contradiction avec le nom de notre institution.

Donc nous avons bel et bien l’internet et sommes entrain de monter le haut débit à l’heure où vous m’interrogez.

Vous vivez en France. Plusieurs africains tentent de rejoindre le continent européen via le Sahara et la Méditerranée au péril de leur vie. On voit également ce qui se passe en Libye. Que vous inspire cette triste réalité ?

Une fois encore, c’est une question de politique. Moi je vis en France parce que j’étais mariée à un français, j’ai des enfants français. Donc, j’ai droit au sol français. Je vis en France parce que j’ai des papiers qui me permettent de vivre là-bas. Et comme mes enfants avaient des soucis pour revenir ici, pour s’adapter, c’est pour cela que je vis là-bas. Aujourd’hui, mes enfants reviennent en Guinée, chez moi. Par rapport à l’immigration, depuis que je vis à l’étranger, particulièrement en France, je fais en sorte de démarcher tout le temps les écoles françaises, les communes, pour signer des accords et autres parce qu’une fois encore si on veut limiter l’immigration clandestine, il faudrait qu’on mette les moyens nécessaires dans nos pays d’origine pour pouvoir maintenir les jeunes. Les jeunes qui vont actuellement en France, c’est parce qu’ils pensent que c’est l’eldorado. Ils pensent que tout ce qui est bon se trouve en France. Une fois sur place, ils se rendent compte que ce n’est pas le cas.

Je reçois chaque année, dix immigrés, pas parce que je les connais, c’est parce que je les vois dans la rue et comme le phénotype me montre que c’est des guinéens, donc je vais vers eux. Je reçois toutes les ethnies guinéennes chez moi. Je les héberge parce qu’ils dorment dans la rue, à tel point que mon mari qui est français m’a nommé ambassadeur de Guinée. Je passe tout mon temps à leur expliquer les conséquences de ce qu’ils ont fait. Je connais aujourd’hui des jeunes guinéens qui sont là-bas depuis dix ans. Ils sont dans les rues. Vous imaginez, dix ans, ils dorment dehors sous des tentes en plein hivers. Quand je leur pose des questions, ils me disent qu’ils ont des licences, qu’ils veulent faire des masters ailleurs. Ils disent qu’ils sont passés par campus France, trois à quatre fois et ils n’ont pas eu le visa. Ils ont finalement décidé de prendre la route. Je dis mais, est-ce que vous voyez maintenant dans quoi, vous vivez ? Vous ne pouvez pas vous doucher, vous ne pouvez pas manger à votre faim, vous ne pouvez pas dormir, vous ne pouvez pas appeler vos parents pour leur expliquer dans quelles conditions vous êtes ! Vous allez finir par être fous parce qu’il y en a qui sont devenus fous. Ils sont dans des asiles. Je dis est-ce que vous voyez les conséquences ? Ils répondent, madame, on ne voyait pas la portée de ce que nous faisions. Ils voient les films, pour eux, c’est la réalité. Pour limiter cette immigration massive, il faut amener les politiques à signer des accords avec de grandes écoles étrangères pour qu’il y ait des possibilités dans nos pays respectifs de former sur place au master, au doctorat. Ici, même s’il y a des écoles extrêmement qualifiées, on est limité. Ce n’est pas évident non plus de passer par campus-France parce que quelques fois il y a de ces cautions qu’on demande, ce n’est pas donné à tout le monde. Pour éviter cela, qu’on fasse en sorte que ces écoles là puissent venir sur place, investir et donner des cours sur place, ce qui réduirait l’immigration clandestine, les frais exorbitants que les parents déploient.

On peut étudier là, aller pour des stages de six mois, d’une année, mais prendre la route, passer par les eaux, c’est de la catastrophe. Les conditions de vie en Europe ne sont pas ce que les gens pensent.  L’Europe, est extrêmement dure. Il y a des personnes qui ont la chance de vivre comme elles vivaient ici, ce n’est pas donné à tout le monde. La majeure partie des africains en Europe, vivent dans des conditions déplorables. Même s’ils ont la nationalité, il y a certains qui font un job que j’appellerai  job-alimentaire. Ils travaillent dans un domaine qui n’est pas en relation avec leur compétence. Ils peuvent avoir eu un diplôme d’ingénierie et travailler dans des maisons de retraite comme étant des aides-soignants, travailler dans la cuisine, alors qu’ici ils auraient pu valoriser leurs diplômes. Une fois encore, il faudrait que la politique mise en place dans le pays puisse attirer le maximum de compétences.

Laplumeplus.com : il ne nous reste plus qu’à vous dire merci.

Madame Barry Néné Houdia Baldé : merci à vous!

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Interview : Dr Alseny Camara, directeur national de l’alphabétisation, de l’éducation non formelle et de la promotion des langues nationales « L’Afrique est le seul continent où l’enfant commence à étudier dans une langue étrangère. »

Dans cette interview, le directeur national de l’alphabétisation, de l’éducation non formelle et de la promotion des langues nationales, explique le travail effectué par son service pour lutter contre l’illettrisme en Guinée. Le retour des langues nationales dans les écoles est désormais une priorité selon Dr Alseny Camara.

Laplumeplus.com : Bonjour docteur, pour nos lecteurs, faites-nous un aperçu sur votre parcours

Dr Alseny Camara : j’ai été tour à tour enseignant, censeur d’écoles, principal de collèges, proviseur  et directeur national de l’éducation civique, directeur national de l’enseignement secondaire, chef de cabinet du ministère de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales et maintenant, directeur national par intérim de l’alphabétisation, de l’éducation non formelle et de la promotion des langues nationales.

Aujourd’hui, comment se présente votre service ?

Il faut vous dire qu’aujourd’hui, ce service a quatre divisions et onze sections. Dans chaque section, vous avez des chargés d’études,  évidemment le tout chapeauté par un directeur national et un directeur national adjoint. A l’intérieur du pays, au niveau des structures déconcentrées, nous avons des cellules d’alphabétisation au tant dans les inspections régionales que dans les directions préfectorales et communales de l’éducation. Pour l’ensemble, il y a vraiment une bonne coordination. Nous sommes entrain surtout ces derniers mois d’impulser le volet alphabétisation du ministère de l’éducation nationale.

Nous travaillons sur quelques programmes. Il y a notamment l’intervention de l’Etat, ce qui nous a permis l’an dernier d’ouvrir des centres d’alphabétisation. Mais il y a aussi le mode faire-faire, c’est que les ONG sont entrain de faire aujourd’hui sur le terrain.

Est-ce qu’on peut dire que vous avez les moyens de votre politique ?

Ecoutez ! Ce qui est général aujourd’hui dans l’ensemble des pays  au sud du Sahara par rapport à l’Etat, c’est le sous investissement au niveau de l’alphabétisation.  Ce n’est pas commun à la Guinée seulement. Il a été fixé d’investir six pour cent du budget national dans le volet alphabétisation. Mais je pu vous dire que rares sont les pays qui ont atteint un pour cent. Globalement, nous n’avons pas les moyens de nos politiques, mais il faut quand même relever que ces derniers temps, le ministère de l’éducation nationale et les partenaires techniques et financiers   sont entrain d’investir dans le volet alphabétisation. C’est ce qui a fait d’ailleurs que nous avons beaucoup de programmes qui sont entrain de marcher.

Le ministère en partenariat avec les partenaires techniques et financiers nous appuient en moyens de déplacement au niveau central et déconcentré. On a pu donner à chacun de nos représentants au niveau local, une moto. Ça nous a fait 46 motos.   Cela c’est pour permettre de suivre nos activités sur toute l’étendue du territoire national.

Quelle est la situation actuelle de l’alphabétisation en Guinée ?

Quand on prend le taux d’alphabétisation dans ce pays, on se réfère toujours aux données de 2005. C’est-à-dire les 65% d’analphabétisme. Mais je dois vous dire que ce taux a évolué compte tenu des efforts qu’on a déployé ces derniers temps. Ce taux est redescendu à 60% d’analphabètes avec un grand nombre de femmes, ça peut faire 70% et les jeunes aussi. On retrouve un grand nombre dans ces deux milieux. Nous sommes aujourd’hui entrain de faire en sorte qu’on revoie ce taux à la baisse.   C’est ce qui nous a permis d’ouvrir 1992 centres d’alphabétisation sur toute l’étendue du territoire national financés par le fonds commun d’éducation de base. Ces 1992 centres fonctionnent dans les quatre régions naturelles.  Nous allons bientôt aller sur le terrain pour leur évaluation. Là, on fait de l’alphabétisation niveau un, c’est-à-dire apprendre à lire, à écrire et à compter.  Il y a un autre volet que nous sommes entrain de développer, c’est l’éducation non formelle à travers les centres NAFA. Vous savez, il y a des enfants qui vont à l’école mais à mi-chemin qui abandonnent. Il y a même d’autres qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école, étant grands, ils ne vont plus. Nous avons des écoles appelées, « Ecoles de la seconde chance ». Pour l’essentiel, ces écoles sont 226 au niveau national, mais 108 sont fonctionnelles. Qu’est-ce qu’on fait dans ces centres NAFA ? On fait de l’alphabétisation, on apprend des métiers générateurs de revenus. C’est spécifique aux régions où nous les avons implantées. Par endroit, les gens apprennent la menuiserie, la teinture etc. Nos activités aujourd’hui, tournent autour de ces deux grands volets. Nous pensons que dans les prochains jours, nous pourrons développer d’autres volets qui consistent à l’introduction du bilinguisme comme cela se passe dans onze pays au sud du Sahara. C’est-à-dire, de la 1ere à la 3eme année, l’enfant va étudier en langue nationale et en français. Mais c’est une phase expérimentale pour trois ans. Après cette phase, si vraiment nous constatons que  les résultats sont atteints, on va continuer à évoluer.

Justement par rapport aux langues nationales, beaucoup estime que la Guinée est en retard. Nos langues sont menacées. Avant, il y avait un ministère de l’alphabétisation qui est redevenu  une direction. On a aussi en souvenir, l’expérimentation de l’enseignement des langues nationales sous la première république, mais on a parlé d’impréparation. Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez tiré toutes les leçons pour éviter de retomber dans les mêmes erreurs ?  

Oui, bien sûr ! Toutes les leçons sont tirées, pas seulement au niveau de la Guinée, mais au niveau de tous les pays au sud du Sahara. Il faut remarquer qu’au lendemain de nos indépendances, l’essentiel de ces pays sur recommandation de l’UNESCO avaient engagés l’enseignement des langues nationales. Mais dans beaucoup de pays, il y a eu des échecs. Aujourd’hui,  nous repartons sur de nouvelles bases parce qu’il y a eu des études pointues, très sérieuses qui ont été effectuées sur l’enseignement des langues nationales et du français. A ce jour, il y a douze pays de la sous-région dont la Guinée qui se sont regroupés dans ce qui est appelé « l’initiative école et langue nationale en Afrique ».

Désormais pour introduire les langues nationales, on va développer beaucoup de volets avant même qu’on ne soit en classe. La sensibilisation, la formation des enseignants, ce qui avait manqué au premier régime. On fera beaucoup de sensibilisation dans la zone expérimentale pour faire comprendre toute la nécessité de promouvoir nos langues. Toutes les études ont montré aujourd’hui que quand l’enfant commence dans sa langue maternelle, il apprend mieux une autre langue étrangère. L’expérimentation se déroulera pendant trois ans et va commencer dans une dizaine ou vingtaine d’écoles. Elle sera évaluée à deux niveaux, au niveau national et international pour qu’on ne tombe pas dans les mêmes erreurs qu’avant. On ne peut pas aller sans nos langues, il ne faut pas que cela soit un complexe pour qui que ce soit. Conformément même au premier article de la constitution, nous devons pouvoir promouvoir nos langues et notre culture. On a suffisamment tiré les leçons et cette fois-ci, je pense qu’on partira sur de bons pieds.

Le fait qu’il y ait une multitude de langues, est-ce que ce n’est pas un handicap ?

Je vais vous dire, en RDC (république démocratique du Congo), il y a 250 langues nationales reconnues, au Cameroun, il y a 250 langues nationales reconnues, au Mali il y a une quinzaine de langues reconnues, au Sénégal, il y a une dizaine de langues reconnues. Ce n’est pas là le problème. Le projet dont je vous parle est implanté dans tous ces pays. En Côte-d’Ivoire, au Mali, au Sénégal. Dans ces pays comme au Sénégal, on prend, deux, trois ou quatre langues expérimentales parce que beaucoup se trompe en croyant que c’est le Ouolof seulement qui existe. Non ! C’est comme au Mali, ce n’est pas le Bambara seulement. Il y a des maliens qui ne comprennent même pas le Bambara.    Donc le fait qu’il y ait une diversité de langues n’est pas une faiblesse. C’est plutôt une richesse.    Le problème fondamental aujourd’hui, il faut que chacun sache lire, écrire, traduire les concepts scientifiques dans sa langue nationale. Si cela est fait, personne ne décrétera qu’une langue soit retenue dans un pays. C’est la langue elle-même qui s’impose selon l’évolution du temps. Donc ce n’est pas un facteur de blocage. Même maintenant là, nous faisons de l’alphabétisation à l’intérieur du pays en langue nationale. Nous produisons des livrets en langue nationale. Dans les 1992 centres ouverts, l’alphabétisation se fait en langue nationale.  Seulement, dans le formel, nous n’avons pas commencé.

Est-ce que quelqu’un qui ne sait écrire et lire que dans les langues nationales peut être qualifié d’analphabète ?  

Il n’est pas analphabète ! Je vous dis, nous avons une méthode. Une femme ou un homme qui n’a jamais compris le français doit savoir lire, écrire et calculer en Soussou ou Pular. Quand on sait lire, écrire et calculer dans une langue, on n’est pas analphabète.

Je vous dis que l’Afrique est le seul continent où l’enfant commence à étudier dans une langue étrangère. Vous voyez l’Asie, l’Europe et les autres continents, les gens commencent dans leurs langues maternelles.

Dr Alseny, il ne nous reste plus qu’à vous dire, merci !

C’est à moi de vous remercier de venir vers nous, chercher l’information à notre niveau. De toute façon, nous sommes entièrement à votre disposition.  Bientôt, nous rentrerons dans la dynamique de vulgarisation surtout du nouveau programme « Ecole et langue nationale en Afrique ». Nous avons un grand volet de sensibilisation, de médiatisation et vous serez la bienvenue.

Entretien réalisé par Mamadou Samba Sow

Interview : Elhadj Djouma BAH, fondateur de l’IUHEG, institut universitaire des hautes études de Guinée « Faites confiance à l’école guinéenne, travaillez fort. Il n’y a pas de mauvaise école, il y a un mauvais apprenant. »

Elhadj Djouma BAH, est le fondateur de l’institut universitaire des hautes études de Guinée. Il a reçu l’équipe de laplumeplus.com pour aborder plusieurs questions liées à l’enseignement supérieur guinéen. L’IUHEG qu’il dirige fait aujourd’hui parti des plus grandes institutions privées du pays. Lisez plutôt !

Laplumeplus.com : pour commencer, retracez-nous votre parcours

Elhadj Djouma BAH : je suis fondateur de l’institut universitaire des hautes études de Guinée et des écoles Bah-Kann. Je suis diplômé, ingénieur agronome de formation. Depuis vingt ans je suis dans le business, donc je suis un homme d’affaire. J’ai été formé d’abord en Guinée jusqu’au niveau du bac et après j’ai fait la fac des sciences agronomiques de Pita, j’ai fait un peu Faranah avant de bénéficier d’une bourse d’étude supérieure en république populaire démocratique de Corée qu’on appelle communément Corée du nord. Après j’ai fait des études postuniversitaires au Japon à l’université Tsukuba avant de revenir m’installer à Hongkong pendant un an où j’ai fondé une entreprise qui s’appelait Afrique-Asie import export. Je suis rentré définitivement en Guinée en 1994 et j’ai ouvert depuis, plusieurs entreprises : les établissements Bah-Kann, Afrique-Asie-Import-export, la société guinéenne de transport et de commerce, les sociétés Diallo-Bah-Kann (une société de transport des produits pétroliers) et depuis 2008, je suis dans l’éducation. J’ai fondé cette université qui fêtera le 18 octobre 2018 ses dix ans  d’existence.    

Quelle est l’origine de l’IUHEG, en clair comment l’idée vous est venue ?  

Elhadj Djouma BAH : En tant que citoyen de ce pays, j’ai toujours eu dans ma tête l’idée de contribuer au développement social et économique de notre pays. Et comme vous le savez, l’éducation et la formation c’est la base de tout développement.   Alors j’ai estimé que je dois beaucoup à mon pays, celui qui m’a formé, qui m’a offert la possibilité d’aller à l’extérieur. Malheureusement à mon retour je n’ai pas pu travailler dans l’administration publique pour restituer le peu qu’on m’a donné. Et donc j’ai estimé que j’avais une dette que je devais payer et la meilleure façon à mon sens de la payer c’est de contribuer à la formation des jeunes guinéens pour qu’ils soient utiles à la nation, qu’ils soient utiles à leurs familles, à eux mêmes. Voilà l’origine, l’idée, d’où est partie cette aventure. Je me réjouis de participer tant soit peu à la formation des jeunes guinéens qui à leur tour sont aujourd’hui dans beaucoup de secteurs, dans beaucoup d’entreprise qui feront de leur mieux pour participer au développement de notre pays.

La création de l’IUHEG est-elle personnelle ou collective ?

Elhadj Djouma BAH : Dans le cadre de la création d’entreprises, je travaille toujours avec des collègues. Je n’aime pas l’isolement. J’ai un collaborateur, un ami que j’ai connu au Japon en 1989 et depuis nous sommes resté de très bons amis et le destin a voulu que nous soyons de très bons partenaires dans le business. C’est donc avec lui, avec plaisir d’ailleurs que nous avons fondés tout ce que nous avons fait à date. Il est à part entière fondateur de cet institut, il s’appelle monsieur Ibrahima Kann, il est guinéen aussi. Il a fait ses études en Egypte, le hasard du destin nous a tous conduits au Japon, on s’est retrouvé là. Donc je travaille avec lui.

Comment se présente l’institut universitaire des hautes études de Guinée en termes d’effectifs, de personnel ?  

Elhadj Djouma BAH : L’institut universitaire des hautes études de Guinée est créé dans le cadre de l’amélioration des conditions d’études de nos jeunes et les conditions de l’enseignement pour nos professeurs. Nous comptons quatre facultés : la faculté des sciences économiques et de gestion, la faculté des sciences et des nouvelles technologies, la faculté des lettres et sciences humaines et la faculté de droit (sciences juridiques et politiques). Aujourd’hui, nous avons un effectif qui tourne autour de 650 étudiants au niveau de la licence. Nous avons aussi greffé à l’institut universitaire des hautes études de Guinée, l’école professionnelle et technique Bah-Kann qui forme aussi dans des domaines de la gestion, de l’informatique, du bâtiment, de la plomberie et cet institut aussi compte 250 étudiants. Donc nous tournons autour de mille étudiants, l’université et l’enseignement professionnel réunis.

Comme je vous l’ai dit en introduction, nous avons décidés il y a deux ans d’étendre notre formation au niveau de l’enseignement général. Nous sommes entrain de finir la construction des bâtiments et leur équipement et nous comptons par la grâce du tout puissant ouvrir cette école au début de cette année. Elle s’appelle les écoles Bah-Kann pour symboliser toute l’amitié qui me lie à mon ami. Nous avons donné le nom à nos familles. Au-delà, c’est un symbole d’amitié, un symbole de réussite, de confiance mutuelle. Nous voudrions que cela se traduise dans l’enseignement, la formation de nos jeunes enfants. Nous allons démarrer de la maternelle au lycée.

Bâtiment principal de l’IUHEG, Institut universitaire des hautes études de Guinée

Au-delà des bâtiments, est-ce que votre établissement dispose d’équipement car souvent on reproche aux écoles guinéennes de n’avoir que des bâtiments et tables-bancs ?  

Elhadj Djouma BAH : L’éducation repose sur plusieurs secteurs. Il y a le cadre, les infrastructures, les équipements, les ressources humaines. L’un sans l’autre, c’est difficile. De tout cela, les ressources humaines sont les plus importantes. Notre stratégie c’est de recruter le maximum de formateurs pétris de compétence et de pédagogie et d’avoir les outils et les équipements nécessaires pour accompagner les enseignants. Et aussi d’avoir un cadre convivial pour permettre aux apprenants et à ceux qui leur dispensent les cours de travailler dans un environnement propre, idéal et comme tous les étudiants du monde. Naturellement nous comptons des laboratoires, des salles d’informatique, nous avons le mobilier qu’il faut. Nous n’avons pas la prétention d’avoir tous les laboratoires, mais nous nous inscrivons dans cette logique là. Cette année nous avons consacrés de gros efforts à l’amélioration du cadre infrastructurel. Nous venons d’entamer l’équipement de ces nouvelles infrastructures et la troisième phase sera celle qui va nous permettre d’avoir les laboratoires, les supports de la formation pour faire en sorte que les enfants guinéens se retrouvent dans le même cadre que les enfants sénégalais, ivoiriens, français, canadiens pour briser si vous voulez ce complexe d’infériorité par rapport aux autres pays.

Justement vous avez une expérience en dehors de la Guinée. Est-ce que vous mettez cet atout là en valeur pour que l’IUHEG soit en contact avec d’autres universités. Vous avez parlé du Japon, pays dans lequel vous avez séjourné, tout comme Hongkong. Le contient asiatique est en plein essor en terme de sciences, de technologie. Est-ce que vous avez pensés à cet aspect ?

Elhadj Djouma BAH : Naturellement dans le cadre de la gouvernance universitaire, il y a un volet qu’on appelle partenariat. Notre institut a tout d’abord pensé au partenariat sud-sud. Nous avons entrepris des démarches, nous avons conclu des partenariats avec une université du Maroc, nous sommes en contact avec des écoles et universités au Sénégal. Nous avons signés un partenariat avec BEM-Bordeaux qui forme dans le management. Nous avons envoyés des étudiants pour le postuniversitaire pour le master. Nous avons voulu délocaliser avec cette école des programmes de master ici en Guinée. Nous avons des contacts informels avec l’université Cheikh Anta Diop. En ce qui concerne l’Asie, nous sommes entrain d’explorer. Nous sommes intéressés par des pays comme l’Inde qui est un pays en voie de développement, très avancé en technologie. Mais au-delà, il faudrait que les guinéens comptent sur eux d’abord.  Si nous avons les infrastructures, les équipements, nous avons aussi des talents, des bons professeurs. Nous pouvons par nous-mêmes commencer à évoluer en faisant la recherche, en faisant de la publication, des inventions. L’Asie y est arrivée juste après la deuxième guerre mondiale. Il n’y a pas de raison que l’Afrique n’y arrive pas si elle met l’ensemble de ses forces au service de la science et de la technique.

L’autre aspect porte sur les relations entre l’Etat et les universités privées. Le gouvernement a décidé de ne pas orienter des étudiants dans le privé. Plusieurs institutions d’enseignement sont menacées alors que vous, vous êtes entrain de procéder à une extension de votre université. Cela veut dire que vous n’êtes pas sous menace ?

Elhadj Djouma BAH : Je ne sais pas qu’est-ce que vous appelez menace. Mais nous pensons que nous ne sommes pas menacés. Nous avons eu une relation de coopération avec le gouvernement guinéen qui a un moment donné estimé qu’il avait besoin d’utiliser les services de l’enseignement supérieur privé pour encadrer les jeunes bacheliers. Cette année comme vous l’avez dit ça n’a pas été le cas. Pendant plusieurs années ça été systématique. Tous les admis au baccalauréat étaient orientés au public ou au privé. Le gouvernement pour des raisons qui lui sont propres a décidé cette année de ne pas orienter. Nous avons été informés tardivement. Ça nous a pris au dépourvu. Il y a eu un comportement que nous n’avons pas bien apprécié, c’est la façon dont ça été mené. Sinon dans tous les pays du monde, le privé ne compte pas que sur la subvention de l’Etat pour survivre. Cependant, nous souhaitons que ça soit dans un cadre défini, concerté entre l’Etat et les universités parce que comme vous pouvez le savoir si par exemple au cours d’une année vous avez trente mille admis au bac et que les besoins nationaux et les capacités d’accueil de nos universités publiques ne peuvent encadrer que vingt mille étudiants, vous aurez naturellement dix mille qui vont rester. Nous pensons que ces dix mille constituent un vivier à partir duquel les universités privées vont recruter. Mais si l’Etat décide de facto d’envoyer tous les admis dans les universités publiques, en ce moment nous appelons cette politique là, une politique qui vise l’extinction des universités privées toute chose qui ira contre le gouvernement parce que dans tous les pays libéraux du monde, l’Etat n’a pas vocation à assurer à 100% la formation de tous les jeunes de la nation. Vous le connaissez au tant que moi, si aujourd’hui il n’y avait pas d’écoles privées dans le système de l’enseignement général dans notre pays, beaucoup de nos enfants seraient dans la rue sans éducation. Grâce aux initiatives privées, à l’existence des école privées, aujourd’hui tous les enfants dans tous les quartiers peuvent aller à l’école et donc avoir un minimum d’éducation pour leur avenir.

Un message particulier à tous ceux qui vont vous lire et surtout aux étudiants et encadreurs de cet institut

Elhadj Djouma BAH : Aux responsables et au personnel de l’institut universitaire des hautes études de Guinée, je voudrai leur dire grand merci pour le soutien et la qualité de l’enseignement qu’il ne cesse de déployer en faveur de nos étudiants, c’est extrêmement important. Sans eux, on ne serait pas là. Aux étudiants et étudiantes qui nous ont fait confiance pendant toute cette période, je voudrai leur dire grand merci. Je voudrai qu’ils continuent à croire aux initiatives privées de notre pays, qu’ils continuent à croire à l’école privée, à croire à l’institut universitaire des hautes études de Guinée, nous serons là sans démagogie pour les accompagner afin de leur donner une formation qui leur permettra de prendre part à des compétitions avec tous les autres jeunes venus de tous les autres horizons. Vous le savez et je ne le note avec satisfaction, nous avons eu des étudiants qui sont allés en compétition sous-régionale et qui sont revenus avec la coupe. C’était à l’actif de tout le système éducatif de notre pays parce que tout le monde qualifie le système guinéen de médiocre par rapport aux autres. Cependant, ces jeunes sont allés, ils ont montré de quoi ils étaient capables.   Aujourd’hui, les trois sont en France. Le ministère nous a accordé un appui financier pour leur permettre d’aller. Ils sont allés pour une formation de six mois qui sera sanctionnée par une attestation. Ils vont revenir continuer le cycle. Je pense que ce sont des efforts encourageants. Nous avons aujourd’hui beaucoup de nos jeunes qui travaillent dans les entreprises privées. J’ai des retours qui ne sont pas mauvais qui disent que les enfants sont bons. Je voudrai que les jeunes croient en eux, qu’ils continuent à travailler correctement. Le reste viendra. Personnellement, j’ai été formé jusqu’au niveau universitaire ici en Guinée. Je suis allé  en Corée du nord comme je vous l’ai dit, j’ai étudié avec des gens venus de tous les autres pays, nous n’étions pas les moins brillants non plus. Je pense que nous devons croire en nous-mêmes, à nos forces, à nos valeurs. Faites confiance à l’école guinéenne, travaillez fort. Il n’y a pas de mauvaise école, il y a un mauvais apprenant. Apprenons très bien, prenons notre destin en main et puis l’avenir nous réserve des merveilles.

Laplumeplus.com : Monsieur Bah, merci !

Elhadj Djouma BAH : C’est à moi de vous remercier !                     

Interview réalisée par Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé                 

Interview Mamadou Aliou Barry patron de madaliouradio.com « Les jeunes doivent se former, suivre d’autres formations annexes. C’est très important… »

Mamadou Aliou Barry passionné de journalisme et d’informatique est titulaire d’une maîtrise en sociologie générale de l’université La Source. Il gère depuis 2015 sa propre radio en ligne madaliouradio.com  Dans cette interview exclusive, il nous explique les démarches menées. Votre site est allé à sa rencontre.  Suivez.


Laplumeplus : Parlez-nous de votre parcours professionnel
J’ai commencé mon cycle primaire et secondaire à Kindia. Après je suis allé à Conakry en 2006 pour l’université la Source d’où je suis sorti avec un diplôme de Maitrise en sociologie générale. De surcroit, j’ai aussi suivi beaucoup de formation en dehors de la Guinée telle que le marketing en ligne. Je me suis perfectionné en journalisme à Cotonou. C’est après toutes ces formations que j’ai commencé à travailler dans certaines organisations internationales telles que CREPA Guinée, en 2011 avec Médecin sans frontière dans le projet VIH/SIDA d’où j’ai profité pour approfondir la psychologie.
Laplumeplus : Quel est le nom de votre radio. ?
Ma radio s’appelle « madaliouradio » c’est le diminutif de mon nom
Mamadou Aliou Barry. Elle été lancée sur la toile en 2015. A l’époque c’était simplement de la musique qui jouait car je n’avais pas totalement maitrisé l’application. C’est au fil du temps que j’ai commencé avec quelque émissions. La radio était hébergée en Belgique avec trop de contraintes. J’ai donc décidé de voir ailleurs. Présentement, elle est hébergée aux Etats-Unis par une autre plateforme.
Laplumeplus : votre radio traite de quoi ?
C’est une radio d’information générale, elle traite un peu de tout. Aujourd’hui, je suis entre   600 et 700 auditeurs par mois. Je compte avoir beaucoup d’auditeurs parce que je veux mettre en place une grille  bien alléchante pour attirer les auditeurs.
Laplumeplus : Quelles sont vos difficultés ?
Bon tout est payant sur internet, la connexion, ça se paye. On a une obligation de travail. Il y a beaucoup de contraintes. On ne peut pas forcer quelqu’un à écouter la radio mais c’est en mettant une bonne grille des  programmes qu’on peut attirer l’auditoire.
Laplumeplus : Est-ce cela madaliouradio vous rapporte de l’argent ?
L’internet apporte de l’argent. Il faut savoir s’y prendre. A travers des publicités, ça rapporte. C’est en fonction des personnes qui écoutent ta radio.
Laplumeplus : Est  ce qu’on peut avoir une idée de  ce que vous
gagné par mois?

Rire ! Bon je préfère taire cela pour le moment.
Laplumeplus : Est-ce que vous allez embaucher plus tard des employés ?
Je compte en faire une entreprise de media en ligne. L’idée est déjà là. Au-delà de cela, il y a un site qui accompagne la radio.
Laplumeplus : Quel conseil avez-vous à donner aux jeunes ?
Les jeunes doivent se former, suivre d’autres formations annexes. C’est très important. Ils doivent vraiment prendre leur responsabilité. Pour télécharger l’application madaliouradio clique  sur ce lien :
http://www.makemedroit.com /FR /market/app-apk-150428/
www.madaliouradio.com
www.trouverundjob.org
Siba Toupouvogui depuis Kindia 622413088