Q&R : Le Sénégal accueille une mission de la NASA

Lecture rapide

  • MU69, un objet de la ceinture de Kuiper, est la cible de la mission New Horizons de la NASA
  • L’observation au Sénégal aidera à planifier l’approche de la sonde New Horizons
  • Les scientifiques américains espèrent un impact sur la recherche astronomique locale

Par: Ben Deighton

Une mission de 40 scientifiques de la NASA se rendra au Sénégal début août pour aider à la planification de la dernière étape de la mission spatiale New Horizons, visant à observer les planètes lointaines. Selon David Baratoux, le président de l’Initiative africaine pour les sciences planétaires et spatiales, elle renforcera également les bases de la science dans le pays.

Après avoir dépassé Pluton en 2015, la sonde New Horizons de l’agence spatiale américaine se dirige maintenant vers un objet de la taille d’une petite ville, connue sous le nom de MU69. Dans cette perspective, une équipe de la NASA se rend au Sénégal pour profiter de l’opportunité d’une occultation stellaire – en astronomie, phénomène par lequel un astre est masqué totalement ou partiellement par un autre astre qui passe entre celui-ci et l’observateur – qui lui permettra d’observer le MU69 à l’aide de puissants télescopes.

En plus de fournir des données précieuses sur la forme du MU69, la mission vise à établir des liens entre les astronomes de la NASA et les scientifiques du Sénégal, selon David Baratoux, qui s’est entretenu avec SciDev.Net, en marge d’ESOF 2018 (EuroScience Open Forum) à Toulouse, la semaine dernière (7 juillet).

Quel impact cette mission aura-t-elle sur la recherche ?

C’est une véritable collaboration entre les gens de la NASA, un groupe de huit astronomes français soutenus par le

Centre National d’Etudes spatiales (CNES) et … 21 scientifiques sénégalais qui participeront à cette observation. Chacun de ces scientifiques sénégalais aura la chance de rejoindre les groupes de la NASA et de participer aux sessions de formation qui auront eu lieu avant les événements à proprement parler. Il y aura deux soirées dédiées à la formation, afin qu’ils aient une chance de savoir observer l’occultation, et de plus, ils établiront des liens très étroits avec des confrères de la NASA. Nous espérons donc à partir de cette coopération pouvoir établir une collaboration à long terme entre les scientifiques sénégalais et les astronomes de la NASA.

“Cela peut être un tournant décisif dans une vie, que de participer, en tant qu’adolescent ou enfant, à un tel événement.”

David Baratoux, IRD, France

Vous êtes basé à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), en France. Quel est votre rôle dans ce projet ?

Je suis actuellement président de l’

Initiative africaine pour les sciences planétaires et spatiales, lancée en 2017, à l’origine pour démontrer qu’il y avait une communauté assez grande en Afrique, désireuse de commencer des recherches, des projets d’enseignement supérieur en astronomie et en sciences spatiales et planétaires. Nous voulions également démontrer qu’il existe un soutien international à cette idée [de promouvoir les sciences spatiales en Afrique], ce qui signifie qu’il y avait suffisamment de scientifiques dans le monde prêts à construire de nouveaux partenariats avec des collègues africains. Voilà où nous en sommes maintenant. Nous avons fait cette démonstration [du soutien aux sciences spatiales en Afrique ; nous avons plus de 20 organisations institutionnelles africaines qui ont approuvé l’initiative ; nous avons plus de 350 scientifiques individuels qui ont également approuvé cette initiative, la moitié d’entre eux venant du continent africain. Et nous organiserons un ou deux ateliers avant la fin de l’année, pour aider à définir la stratégie scientifique pour le développement de l’astronomie et des sciences spatiales et planétaires en Afrique.

À quoi ressemblera cette stratégie ?

La stratégie pour les sciences planétaires et spatiales en Afrique dépendra, bien sûr, des pays. Ce que nous aimerions voir, ce sont des projets basés sur l’expertise locale, les compétences, les installations locales. Par exemple, au Maroc, vous avez l’un des observatoires astronomiques les plus avancés du continent, à l’exclusion de l’Afrique du Sud. Donc, dans ce cas particulier, les astronomes marocains peuvent réfléchir à ce qu’ils aimeraient développer, en termes de recherche, avec ce qu’ils ont. Dans d’autres pays, ils ont des cratères d’impacts [Un cratère d’impact est la dépression de forme plus ou moins circulaire issue de la collision d’un objet sur un autre de taille suffisamment grande pour qu’il ne soit pas complètement détruit par l’impact, NDLR] potentiels, des météorites … D’autres pays pourraient vouloir accéder aux données de la NASA à partir de l’exploration du système solaire. Ils peuvent simplement utiliser leurs connexions Internet et ils sont qualifiés en géophysique, en télédétection, pour travailler sur ces données. Cela dépend donc vraiment de l’expertise locale. Nous espérons voir ce que les gens veulent faire et le faire correspondre avec des experts du monde entier.

Quel est le calendrier exact de l’occultation ?

L’occultation aura lieu dans la nuit du 3 août au 4 août. Elle se produira tôt le matin, avant le lever du soleil. Il y aura une éclipse lunaire juste une semaine avant, le 27 juillet, et certains scientifiques français et de la NASA seront déjà là pour la sensibilisation du public, profitant de cette éclipse lunaire. Il y aura des conférences et des événements liés à l’occultation.

D’où viendront les 21 télescopes ?

Environ cinq tonnes d’équipement sont en train d’être acheminées vers le Sénégal. Certains de ces équipements sont déjà arrivés, et d’autres seront en route cette semaine. Nous aurons donc 21 télescopes, plus des caméras, plus quelques équipements autour de ces télescopes. Nous utiliserons également 21 voitures pour disperser les télescopes à différents points d’observation. L’idée est de trouver le meilleur endroit pour observer, peut-être juste 24 heures avant l’occultation, parce que nous devons faire face à la météo. Au Sénégal, le mois d’août marque le début de la saison des pluies, donc ce sera un énorme souci de s’assurer d’avoir un ciel dégagé pour mener les observations. Nous comptons donc sur les prévisions météorologiques de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile et de la Météorologie (ANACIM) et nous nous assurons de sélectionner les 21 sites à la toute dernière minute pour déployer les télescopes.

Que se passera-t-il, une fois que ces observations auront eu lieu ?

Ce que j’espère, c’est que, comme nous avons [maintenant] un premier étudiant en doctorat en astronomie au Sénégal, [peut-être] qu’il y en aura d’autres. En ce moment, si vous voulez faire un doctorat en astronomie au Sénégal, il est difficile de trouver une supervision, donc la façon la plus simple de commencer quelque chose dans la recherche en astronomie est d’organiser une co-supervision des étudiants, ce qui implique une collaboration étrangère. En établissant de tels types de collaboration, nous aimerions offrir plus d’opportunités d’avoir d’autres étudiants doctorants en astronomie. Cela doit être fait, bien sûr, en coordination avec les projets du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) du Sénégal.

Quelles seront les retombées du passage des scientifiques ?

Les 21 groupes d’astronomes qui seront dispersés dans tout le pays iront dans de petits villages [avec] des gens autour d’eux. Ce sera peut-être la première fois pour les enfants de voir des télescopes. Ils viendront et ils pourront partager, discuter avec les scientifiques. Ce que j’aime avec mes collègues américains, c’est qu’ils viennent vraiment dans l’esprit d’avoir un impact sur la science au Sénégal. Ils ne veulent pas simplement venir, faire de l’observation et repartir. Ils sont vraiment désireux de participer au développement de l’astronomie au Sénégal et ils sont prêts à partager cette expérience avec les gens. Cela peut être un tournant décisif dans une vie, que de participer, en tant qu’adolescent ou enfant, à un tel événement. Nous espérons donc que quelques enfants, voire quelques dizaines d’enfants décideront peut-être de devenir des scientifiques après cet événement.

Source: scidev.net/afrique-sub-saharienne

Santé: Un modèle mathématique pour prédire Ebola

Lecture rapide

  • Un modèle de prédiction a été conçu, à partir des schémas migratoires des chauves-souris
  • Il a été testé de manière rétroactive sur l’épidémie de 2014, en Afrique de l’Ouest
  • Mais un expert insiste sur la complexité des facteurs déclencheurs des épidémies d’Ebola
  • Des chercheurs de l’université de Lehigh, aux Etats-Unis, ont mis au point un modèle mathématique permettant d’analyser les schémas migratoires des chauves-souris pour aider à prédire la prochaine épidémie d’Ebola.

    Javier Buceta, professeur agrégé de bioingénierie et Paolo Bocchini, professeur adjoint d’ingénierie civile et environnementale, avaient reçu une subvention en avril des National Institutes of Health, pour développer un outil pour estimer le risque d’une épidémie d’Ebola à partir des chauves-souris.

    Leurs travaux, publiés fin mai dans la revue Nature, se base sur un modèle utilisant des informations sur les taux de naissance et de décès des chauves-souris, le taux d’infection au virus Ebola, la mobilité, les changements saisonniers et les informations sur la disponibilité de nourriture.

    “Nous avons développé un cadre permettant de prédire dans l’espace et dans le temps les risques d’infection par le filovirus chez les chauves-souris.”

    Javier Buceta – Chercheur à l’université de Lehigh, aux Etats-Unis

    L’auteur principal de l’étude, Javier Buceta, a expliqué à SciDev.Net qu’en « utilisant les données satellitaires et la modélisation mathématique, nous avons développé un cadre permettant de prédire dans l’espace et dans le temps les risques d’infection par le filovirus chez les chauves-souris. »

    Javier Buceta s’est rendu compte que d’autres chercheurs qui s’intéressaient à la dynamique de la transmission du virus suivaient surtout des modèles de transmission interhumaine.

    Pour développer leur outil de prédiction, Javier Buceta a travaillé avec une étudiante de Lehigh, Kaylynn Johnson – actuellement à l’école de médecine vétérinaire de l’Université de Pennsylvanie – et a développé un modèle mathématique pour comprendre comment les dynamiques d’infection au virus Ebola chez les chauves-souris sont liées aux facteurs environnementaux.

    Le modèle informatique développé par les chercheurs est connu sous le nom de Predictive Analysis of the Risk of Ebola Outbreaks (PAREO – Analyse prédictive du risque d’épidémie d’Ebola.)

    De fait, explique-t-il, ce modèle a permis de prédire de manière rétroactive les pics d’infection chez ces chiroptères, lors de l’épidémie d’Ebola de 2014, en Afrique de l’Ouest, en déterminant où et quand l’épidémie avait commencé.

    Cette épidémie a coûté la vie à plus de 11.000 personnes et a été la plus meurtrière enregistrée depuis l’identification du virus dans l’ex-Zaïre, en 1976.
    Le virus Ebola fait en effet partie des zoonoses avec le taux de mortalité le plus élevé – jusqu’à 90% [World Health Organisation – Building the legacy of Ebola: Survivors, health systems, and a blueprint for research and development].

    Par conséquent, la compréhension des facteurs et des mécanismes qui mènent à des épidémies associées aux filovirus est extrêmement importante.

    « Les facteurs culturels et socio-économiques jouent un rôle critique, par exemple, les marchés de la viande de brousse, ainsi que les pratiques d’inhumation », explique Javier Buceta. « De même, l’interaction des humains avec l’environnement est également importante, par exemple, la déforestation. Nous essayons aussi d’aborder ces facteurs dans nos recherches« , précise le chercheur.

    La souche du virus Ebola (EBOV) découverte lors de l’épidémie de 2014 en Afrique de l’Ouest a été identifiée comme étant celle du Zaïre.

    Ceci suggère l’importance des facteurs de mobilité dans les zoonoses, même s’il n’y a pas de preuves définitives sur l’origine du réservoir de l’épidémie, explique l’étude.

    L’Organisation mondiale de la santé a conclu qu’avant le début de l’épidémie, l’enfant qui était à l’origine de la chaîne de transmission était allé jouer dans son jardin près d’un arbre fortement infesté de chauves-souris et pointait l’exposition d’un humain aux chauves-souris.

    Cependant, aucune donnée épidémiologique ou génétique n’associe cette espèce réservoir présumée à l’épidémie de 2014.

    Or, estiment les chercheurs, il existe des preuves que les activités humaines telles que la déforestation, ont un impact sur les habitudes migratoires des animaux, la quête de ressources pour la survie entraînant un contact plus étroit avec les humains.

    La République démocratique du Congo, premier pays où le virus d’Ebola a été découvert, en est aujourd’hui à sa neuvième épidémie.
    Selon le dernier bulletin de l’OMS sur la situation épidémiologique, 38 cas d’Ebola ont été confirmés au 28 juin dernier, 15 cas probables, deux cas suspects, soit un total de 55 cas, dont 29 morts.

    En termes pratiques, selon Javier Buceta, pour que le modèle mathématique fonctionne, il faudrait déjà déterminer si l’épidémie actuelle est liée à l’écologie des chauves-souris ou à d’autres facteurs.

    « Ebola est un problème complexe et dans ce contexte, notre étude vient souligner que l’écologie des chauves-souris est un facteur important à prendre en compte, mais pas le seul. Dans tous les cas, même si l’analyse aboutissait à un résultat ne reliant pas l’épidémie actuelle aux chauves-souris, ce serait un résultat utile car cela permettrait de se concentrer sur d’autres raisons possibles », nuance le chercheur.

    Pour sa part, Sabue Mulangu de l’Institut National pour la Recherche Biomédicale, basé à Kinshasa, insiste aussi sur le fait que la preuve définitive concernant le réservoir naturel du virus Ebola n’est pas encore formellement établie. Ceci, suggère-t-il, rend très limitée la portée de l’étude.

    « Les études menées en RDC et ailleurs en Afrique centrale, notamment au Gabon, ont apporté quelques évidences qui pointent les chauves-souris comme possible réservoir », rappelle-t-il, avant d’ajouter : « C’est une probabilité qui n’est pas encore absolue car jusqu’à présent le virus d’Ebola n’a jamais été trouvé vivant naturellement dans le corps d’une chauve-souris. »

    Le chercheur congolais insiste par ailleurs aussi sur la complexité des facteurs qui concourent à la résurgence du virus d’Ebola.
    « Nous sommes en train de les étudier en utilisant différentes approches, notamment épidémiologiques et écologiques. Cependant nous ne sommes pas encore arrivés à les cerner tous au point de pouvoir prédire les survenues des épidémies d’Ebola. »

    Sabue Mulangu ne sous-estime pas pour autant l’importance de l’étude de l’équipe de chercheurs de l’université de Leigh : « elle essaie d’analyser les données environnementales liées à l’écologie des chauves-souris, pour tenter de construire un modèle de prédiction mathématique. C’est une approche intéressante, du fait qu’elle essaie de prendre en compte le fait qu’une épidémie d’Ebola est multifactorielle. »

    Toutefois, estime-t-il, l’approche de l’équipe de Javier Buceta devrait être testée à une échelle plus réduite.

    « Au lieu de collecter et d’analyser les informations de l’ensemble du continent africain, on pourrait se concentrer sur l’ex-province de l’Equateur, qui a connu quatre des neuf épidémies d’Ebola qui ont sévi en RDC », fait-il valoir.

    « La collecte et l’analyse systématique des données de l’environnement par relevés satellitaires sur une longue période de temps, couplée à des études écologiques de terrain sur les populations de chauves-souris (migration, niche, etc.) pourraient fournir, dans un tel contexte, des informations plus solides concernant la capacité de prédiction ou pas du modèle », assure-t-il.

  • Source: www.scidev.net partenaire de laplumeplus.com
  • https://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/sante/actualites/modele-prediction-ebola.html

Colonel Layaly Camara, directeur national des eaux et forêts « il y a nécessité de prendre contact avec les autorités du ministère de l’éducation nationale… pour inviter les jeunes à préserver, à protéger l’environnement. »

C’est une première pour votre site de donner la parole à un spécialiste de l’environnement. Désormais, nous allons nous intéresser à plusieurs autres aspects de la vie du pays dans la rubrique Science. Nous recevons pour ce numéro colonel Layaly Camara, directeur national des eaux et forêts. Il se prononce sur la dégradation poussé de l’environnement.

Laplumeplus.com : quelle est la situation actuelle des forêts guinéennes ?

Layaly Camara : il faut reconnaitre que la situation n’est pas reluisante. Il y a eu une exploitation effrénée par plusieurs acteurs. Je voudrai parler ici de l’exploitation abusive sous toutes ses formes, le bois d’œuvre, le bois de service. Là c’est au niveau des exploitants forestiers. Il y a aussi le phénomène des feux de brousse qui dévore des massifs forestiers. C’est les plus grands destructeurs des ressources forestières. Mais nous avons aussi l’exploitation forestière qui prend de plus en plus d’envergure dans notre pays. Les domaines forestiers sont beaucoup impactés. Il y a l’agriculture, l’élevage extensif, au tant de pratiques qui contribuent à la dégradation de nos ressources forestières.

Au niveau côtier, il y a la mangrove qui est cet écosystème très riche, mais fragile qui est la proie de plusieurs acteurs.  Je voudrai parler ici des pêcheurs, des artisans, des agriculteurs, des exploitants forestiers. Il suffit d’aller au niveau des débarcadères pour évaluer le grand stock de bois de service, de bois de chauffe. De grandes quantités sont stockées partout. Vraiment c’est une  inquiétude et il y a lieu de réagir très vite parce que la cadence d’exploitation est très accélérée.

Est-ce qu’il y a des chiffres sur le nombre d’hectares que nous perdons par an ?

Il y a des estimations qui sont faites. Certaines institutions parlent de 24.000 hectares par an, d’autres parlent de 30.000 par an. Mais il n’y a pas eu d’inventaire national précis et c’est ce que nous avons sollicités. Cela demande beaucoup de moyens, mais c’est ce qu’il faut pour connaitre réellement l’existant parce que sans  la connaissance de ces ressources il est difficile d’entreprendre des actions durables pour savoir quel type d’action entreprendre sur tel ou tel massif.

Comment expliquer le degré de cette dégradation alors qu’il existe le corps des conservateurs de la nature ?

L’exploitation irrationnelle n’a pas commencé aujourd’hui. Depuis 1984 avec l’avènement de la deuxième république, nous avons assisté à une ruée vers l’or parce que la fonction publique a fermé ses portes. Certains travailleurs se sont retrouvés dans la rue et se sont tournés vers l’or, le travail du bois, donc l’argent facile. L’exploitation a pris de l’ampleur. Cela a continué. Aller aujourd’hui à Bonfi, à Matoto pour voir le nombre de familles impliquées dans le processus là. Heureusement avec l’arrivée de la troisième république, il y a eu la création du corps des conservateurs de la nature avec pour mission essentielle de faire appliquer les textes de lois qui sont là. Une fois que ces gardes forestiers ont été formés, nous avons constatés malheureusement que beaucoup n’avaient pas le niveau. Il fallait les reformater dans le domaine purement forestier. Malheureusement nous avons cette insuffisance en termes de formation, de capacitation. Il y a aussi certains gardes forestiers qui ne sont pas à la hauteur. Sur le plan moral, il y a beaucoup à les reprocher. Ils désertent et font du n’importe quoi sur le terrain, salissant l’image du corps. Donc c’est des pratiques qu’il faut corriger au fur et à mesure.

Ces derniers temps, il y a eu assez de bruits autour des forêts classées de Ziama et Dické. Le collectif ‘’Touche pas à ma forêt’’ s’est rendue en Guinée-forestière. Est-ce que vous pouvez rassurer la population que ces réserves ne seront pas livrées à la société Forêt forte et compagnie ?

C’est une décision purement politique. Nous avons eu à travailler avec cette ONG, nous avons exprimés notre point de vue. Ziama qui est une réserve de biosphère qui a un statut plus pointu, on a expliqué qu’avant, un zonage avait été effectué le long de certains massifs. Il s’agit d’entreprendre s’il y a exploitation, une exploitation à faible impact. Exploiter de manière à ce que l’équilibre soit maintenue. Donc, cette décision relève de l’autorité au plus haut niveau. S’il doit y avoir exploitation, il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter le dérapage parce que cela risquerait d’impacter négativement l’existence de ces deux massifs.

Pourquoi vous-mêmes vous n’encouragerez pas le développement de l’écotourisme pour protéger ces forêts et faire rentrer des devises dans les caisses de l’Etat ?       

C’est ce qu’il faut encourager parce que Ziama c’est un microclimat à part. L’air est pur, c’est des zones à visiter. On peut faire des randonnées sur place. C’est des sites privilégiés très indiqués pour le tourisme.

Il y a même des maisons coloniales abandonnées à Ziama

Oui c’est comme à Kounounkan à Forécariah ici. Ce sont des zones touristiques.

Beaucoup de personnes passent à côté du jardin botanique de la Camayenne sans savoir son importance. Pourquoi ne pas aller vers les ministères en charge de l’éducation pour instaurer une éducation environnementale en Guinée ?

Je suis d’accord avec cette démarche. C’est vrai, le jardin botanique est un patrimoine, un bijou à montrer aux enfants. Leur faire savoir c’est quoi la forêt, son importance sur le plan écologique. C’est vrai il y a nécessité de prendre contact avec les autorités du ministère de l’éducation nationale, organiser des débats, des conférences, des séances de sensibilisation, pour inviter les jeunes à préserver, à protéger l’environnement.

Et la création de zoos…

Pourquoi pas ? On avait prévu la création d’un zoo à Dubréka mais malheureusement, ce site a été utilisé à d’autres fins.

Merci à vous colonel

Je vous remercie très sincèrement. La porte de la direction nationale des eaux et forêts vous est grandement ouverte. Nous avons espoir que vous allez continuer à nous appuyer parce qu’il faut informer le grand public de ce qui se passe, de ce que nous vivons. La protection des forêts n’est pas seulement un problème de la direction nationale. Tout le monde a intérêt à préserver cette ressource parce que si elle est détruite, beaucoup d’autres secteurs seront négativement impactés. Je pense que vous serez les interlocuteurs les plus appropriés pour faire passer le message de sensibilisation.

Je vous remercie !

Mamadou Samba Sow et Abdoul Baldé

Protéger les abeilles pour garantir la production agricole

Lecture rapide

  • Outre le miel, les abeilles produisent plusieurs autres substances aux vertus médicinales
  • En tant que pollinisateurs, elles jouent aussi un grand rôle dans la production agricole
  • Leur protection passe par une réduction de l’usage des pesticides dans l’agriculture
  • Par: Julien Chongwang

    « Protéger les abeilles est la responsabilité de chacun d’entre nous et nous devrions tous faire des choix qui respectent les abeilles ».

    C’est avec véhémence que Dejan Židan, ministre slovène de l’agriculture, de la foresterie et de l’alimentation, s’exprimait ainsi à l’occasion de la toute première journée mondiale des abeilles passée presque inaperçue le 20 mai 2018.

    Ce jour-là, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a lancé un appel solennel à la protection des abeilles à travers le monde.

    Pour l’organisation onusienne, cette protection des abeilles passe par la pratique de l’apiculture, la promotion des plantes à fleurs, ainsi que l’abandon progressif des pesticides chimiques dans l’agriculture, au profit des biopesticides.

    “Les abeilles pollinisent les plantes à fleurs et contribuent donc au maintien de la biodiversité et à une agriculture plus saine.”

    Michèle Danleu, Centre pour l’environnement et le développement (CED)

    « Nous ne pouvons pas continuer d’utiliser principalement des pesticides et des produits chimiques qui menacent les cultures et les pollinisateurs, en vue d’augmenter la production et la productivité », a interpellé José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO.

    Interrogé par SciDev.Net, Hans Dreyer, directeur de la protection et de la production des plantes à la FAO explique que cette sensibilisation se justifie par le rôle des abeilles dans la pollinisation qui est une étape essentielle de la production agricole.

    « Près de 75% des cultures mondiales produisant des fruits et des graines destinés à la consommation humaine dépendent, au moins en partie, des pollinisateurs pour une production, un rendement et une qualité durables », dit-il. Hans Dreyer pousse d’ailleurs plus loin la réflexion et affirme que « les abeilles peuvent, dans un certain sens, être considérées comme du bétail ».

    Car, dit-il, « avec la valeur commerciale croissante du miel, les abeilles deviennent un générateur croissant de revenus, une stratégie de subsistance et un moyen d’assurer la sécurité alimentaire pour de nombreux habitants des zones forestières dans de nombreux pays en développement ».

    « C’est dans ce processus de production de miel que s’effectue le système de pollinisation des abeilles », renchérit Michèle Danleu, responsable des alternatives économiques au Centre pour l’environnement et le développement (CED).

    Basée à Yaoundé au Cameroun, cette ONG a pour missions, entre autres, de « contribuer à changer les politiques et les pratiques de gestion des forêts, de la biodiversité et des industries extractives, pour des raisons d’efficacité et de promotion de la participation ».

    Déforestation

    Dans un entretien avec SciDev.Net, Michèle Danleu précise : « les abeilles transportent les graines de pollen d’une fleur et d’une plante à une autre, aboutissant à la reproduction d’autres cultures de même espèce ».

    « Les abeilles pollinisent les plantes à fleurs et contribuent donc au maintien de la biodiversité et à une agriculture plus saine », conclut-elle.

    Cette dernière est impliquée dans un projet qui, face à la déforestation galopante, encourage les pygmées Baka du Cameroun à la pratique de l’apiculture et à la commercialisation des suppléments de production des produits de la ruche.

    Forte de cette expérience, elle sait qu’en plus de la pollinisation les abeilles rendent de nombreux autres services aux communautés.

    « L’apithérapie consiste à utiliser les différents produits de la ruche tels que le miel, la gelée royale, le pollen, la propolis ou encore le venin d’abeille, à des fins médicinales. Elle se range parmi les médecines douces », indique Michèle Danleu.

    Outre le miel dont les vertus sont connues, elle illustre ses propos en soulignant que la propolis (résine butinée par les abeilles) a des propriétés antifongiques, anesthésiantes et cicatrisantes, tandis que le venin d’abeille est utilisé contre les névralgies et les rhumatismes.

    A la FAO, on tient néanmoins à préciser que les abeilles dans ce message représentent un symbole pour représenter tous les pollinisateurs.

    Utilisation des pesticides

    Car, dit Hans Dreyer, « si les politiques et les pratiques agricoles sont bénéfiques pour les abeilles, il est probable qu’elles seront également bénéfiques pour les autres pollinisateurs ».

    A ce propos, fait remarquer Michèle Danleu, « le véritable risque pour les abeilles vient de l’utilisation de pesticides, qui les tuent lorsqu’elles viennent butiner les plantes traitées ».

    Pour cette dernière en effet, « le danger pour les abeilles ne se trouve pas au niveau de l’urbanisation galopante. Car, même sur une véranda de notre balcon, on peut semer des plantes mellifères (roses, menthes, thym etc.) dont l’abeille a besoin pour se nourrir ».

    « De ce fait une ruche qui sera placée non loin de ce balcon à l’extérieur a des chances d’être colonisée », dit-elle.

    Quid alors des risques de piqûres pour les hommes, surtout quand on sait que des attaques d’abeilles ont provoqué la mort de plusieurs personnes récemment en Afrique ?

    « Les abeilles africaines peuvent être problématiques car elles sont beaucoup plus agressives que leurs homologues européennes et attaquent souvent les gens qui approchent de leurs nids », admet Hans Dreyer.

    Mais, il propose : « Maintenir des habitats naturels suffisants dans les paysages agricoles pourrait être un moyen de réduire les risques de contact étroit entre les populations et les abeilles africaines, tout en donnant aux autres abeilles et pollinisateurs la possibilité de se nourrir et de se reproduire. »

Cameroun : Les petits pas de la gestion des déchets plastiques

Lecture rapide

  • L’un des principaux producteurs de bouteilles en plastique organise déjà le recyclage
  • D’autres organisations moins prospères redonnent une seconde vie aux matières plastiques
  • Après l’échec de l’interdiction des sachets plastiques, le recyclage semble être le seul salut.

Par: Adeline Tchouakak

Les opérateurs camerounais semblent avoir compris par anticipation le message du secrétaire général de l’ONU qui appelle les Etats à prendre des mesures pour réduire la production d’emballages plastiques à usage unique et qui invite les consommateurs à refuser les emballages qu’ils ne peuvent pas réutiliser.

A la faveur d’un partenariat signé il y a peu avec Namé Recycling, une société de recyclage du plastique, une campagne de collecte des bouteilles en plastique vient d’être lancée par la société anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC).

« Ce partenariat stipule que nous devons collecter 350 tonnes d’emballages en plastique pour leur compte », explique Diane Djaba, l’une des responsables de Namé Recycling, interviewée par SciDev.Net.

Pour cela, dit-elle, « nous encourageons nos ménages à pratiquer le tri sélectif en séparant les déchets plastiques des autres ordures. Nous avons développé un système pour récompenser les familles en fonction des bouteilles qu’elles vont apporter ».

Quant à Léonard Ellang Engamba, chef du service environnement à la SABC, il précise que « Namé Recycling récupère les bouteilles sur le marché, les trie, les nettoie, les broie et obtient du broyat qui est utilisé par rapport à la demande locale ou externe. »

Selon son récit, ce broyat sert ensuite de matière première pour la fabrication d’autres objets en plastique.

Ce n’est pas la première fois que la SABC engage une telle initiative. En 2012 déjà, elle avait lancé une campagne de collecte des bouteilles en plastique, en partenariat avec Hysacam (Hygiène et salubrité du Cameroun), la société de collecte des ordures ménagères.

“Nous encourageons nos ménages à pratiquer le tri sélectif en séparant les déchets plastiques des autres ordures.”

Diane Djaba – Namé Recycling

Baptisée Plastic Récup, l’opération n’avait cependant connu qu’un succès mitigé : « le projet s’est malheureusement arrêté en cours de chemin, parce qu’il n’avait pas été bien mûri en interne », explique Léonard Ellang Engamba.

Parmi les autres actions de même nature, il y a celle de l’organisation Madiba & Nature, basée dans la ville portuaire de Kribi, située dans le sud du pays.

Cette organisation s’est distinguée ces derniers temps à travers la fabrication de pirogues, de lustres et autres objets à partir de bouteilles en plastique.

Red-Plast et Cœur d’Afrique (dirigé par l’ancien footballeur Roger Milla) sont deux autres organisations qui travaillent dans le domaine de la récupération de matières plastiques, essentiellement pour en faire des pavés.

Gestion des déchets plastiques

Selon Pierre Hélé, le ministre de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable (Minepded), « le Cameroun produit 6 millions de tonnes de déchets tous les ans, dont 600.000 tonnes de plastique ».

Leader du marché brassicole qui compte quatre grandes entreprises et plusieurs PME, la SABC produit, d’après ses chiffres, quelque 300 millions de bouteilles en plastique par an, servant surtout au conditionnement de boissons gazeuses et de de l’eau minérale.

Aujourd’hui, à en croire le ministre, « nous sommes en train d’élaborer une stratégie de gestion des déchets plastiques qui consiste à retirer 40% des déchets plastiques de la circulation, et recycler 30% ».

Face à la gravité du problème, le gouvernement avait interdit en 2014, à grand renfort de publicité, l’utilisation des emballages plastiques non biodégradables ; en l’occurrence les sachets dont l’épaisseur était supérieure ou égale à 60 microns.

Une mesure qui n’avait malheureusement tenu que le temps de la campagne de sensibilisation, vu que les emballages interdits continuent de circuler…

« La production locale est maîtrisée, mais on s’est retrouvés face au phénomène de la contrebande et à un circuit de commercialisation interne difficile à contrôler », tente de justifier Sidi Baré, délégué régional du Minepded à Douala.

Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs croient que la solution ultime à ce fléau réside davantage dans le recyclage que dans l’interdiction, vu qu’une véritable alternative n’existe pas encore aux emballages en plastique.

Source: https://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/pollution/article-de-fond/cameroun-gestion-dechets.html